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Comprendre les acouphènes et mieux vivre avec

Par Martine Letarte
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Vous souffrez d’acouphènes? Le bruit fera toujours partie de votre quotidien. Cela dit, il existe des stratégies pour maintenir votre qualité de vie.

Comment prévenir les acouphènes?
Les sons de l’acouphène
Qui et quand consulter?
Les problèmes adjacents à l’acouphène
La thérapie sonore

Simon Lévesque, sonorisateur de 32 ans, a réalisé qu’il souffrait d’acouphènes quand il a demandé à ses collègues « est-ce que vous entendez quelque chose? » et que ces derniers ont répondu par la négative. Le jeune homme, alors âgé de 19 ans, entendait un sifflement aigu même s'il se trouvait dans un studio insonorisé. Le son était « dans sa tête ».

« L’acouphène est un peu comme la douleur : on sait qu’elle existe, mais on ne peut pas la prouver, parce que c’est un phénomène subjectif qui repose sur la description de la personne », explique Sylvie Hébert, chercheuse en audiologie à l’Université de Montréal et auteure du livre Acouphènes : les reconnaître et les oublier (éditions Trécarré).

La principale cause de ce phénomène sensoriel est une perte d’audition. Une hypothèse parmi les plus valorisées est que le cerveau réagirait à la perte auditive en augmentant la réponse du système auditif, ce qui créerait cette perception de bruit. Mais cette affection peut être le symptôme de nombreux autres problèmes, comme un bouchon de cérumen, une otite, une artère bloquée, une tumeur ou un problème de joint entre le crâne et la mâchoire.

L’acouphène peut être constant ou intermittent, par exemple en se manifestant à la suite d’un spectacle, pendant quelques heures ou quelques jours. « Ces acouphènes sont provoqués par l’exposition au bruit : c’est un signal d’alarme, parce que du dommage est peut-être en train de se faire dans l’oreille », indique Sylvie Hébert. L'experte ajoute qu’il est possible que ces acouphènes ne partent plus après une ou plusieurs soirées hautes en décibels.

Selon une étude de Statistique Canada publiée en 2019, 37 % des Canadiens souffraient d'acouphènes en 2018. Les jeunes adultes de 19 à 29 ans étaient les plus susceptibles d’en avoir eu (46 %). « C’est inquiétant que près de la moitié des jeunes adultes aient expérimenté un acouphène [en 2018] alors qu’il n’y a pas encore de traitement pour le faire disparaître », souligne la chercheuse. Vous êtes cependant en mesure de prendre des précautions pour éviter de développer des acouphènes, et si vous en avez, des stratégies existent pour améliorer votre qualité de vie.

Comment prévenir les acouphènes?

Si Simon Lévesque souffre d'acouphènes, c’est sans doute parce qu’il a été dur avec ses oreilles à l’adolescence et au début de l’âge adulte. Il écoutait beaucoup de musique à fort volume et sortait souvent dans les bars. « Les gens me disaient d’être prudent, mais jeune, on se sent invincible. J’ai commencé à faire attention à mes oreilles après l’arrivée des acouphènes », dit-il. Écouter de la musique trop forte, trop longtemps : c’est précisément le comportement à changer si vous voulez éviter les acouphènes, d’après Sylvie Hébert, de l’Université de Montréal.

Selon l’étude de Statistique Canada mentionnée plus tôt, les jeunes adultes, soit les personnes les plus touchées par ce trouble de l’audition, étaient aussi, en 2018, les plus susceptibles d’utiliser des écouteurs ou un casque d’écoute à plus haut volume, et ce, un plus grand nombre d’heures par semaine. Des appareils mobiles peuvent néanmoins vous envoyer des notifications si vous dépassez le niveau sonore recommandé sur sept jours et réduire automatiquement les sons les plus élevés. Pour faire ces réglages sur un iPhone, allez dans Réglages > Sons et vibrations > Sécurité des écouteurs.

Certains outils, comme la scie à chaîne, sont également très bruyants. Pour éviter d’endommager votre ouïe lorsque vous les utilisez, des bouchons ou des coquilles antibruit s'avèrent essentiels. Toutefois, de tels accessoires bloquent les fréquences aiguës et rendent la communication difficile.

Les simples bouchons souples ou en plastique se vendent à la pharmacie pour quelques dollars. Les coquilles, quant à elles, sont offertes à partir d’une trentaine de dollars. Les divers modèles réduisent le bruit à différents niveaux de décibels (dB), selon votre besoin.

Si vous assistez souvent à des concerts ou à des spectacles et que la qualité sonore est importante pour vous, envisagez le port de bouchons filtrés – aussi appelés « bouchons de musiciens » –, que vous trouverez dans les cliniques d’audiologie. « Contrairement aux modèles sans filtre, ils ne coupent pas seulement les fréquences aiguës, donc ils ne créent pas de distorsion; vous entendrez toutes les conversations, la musique et les bruits, mais avec moins de décibels », décrit Sylvie Auger, audiologiste et propriétaire de la clinique privée Audiologie Centre-Ouest.

Elle précise qu’il existe des modèles « universels », se détaillant une quarantaine de dollars environ, qui réduisent le niveau de bruit de 15 dB. Sont aussi offertes des options « sur mesure », avec un choix de filtres de 9, 15 ou 25 dB, qui se vendent autour de 300 $. « L’avantage, c’est que vous pouvez acheter une autre paire de filtres, pour une centaine de dollars, et les changer au besoin », ajoute-t-elle.

Les sons de l’acouphène

Les acouphènes sont fréquents, mais tous les sons n’en sont pas le signe. « Entendre un petit “iiiiii” à l’occasion, c’est normal : tout le monde vit ce phénomène sensoriel sans raison et ce n’est pas un acouphène », nuance Sylvie Hébert.

L’acouphène peut être décrit comme un bourdonnement, un silement, une pulsation, une chute d’eau, un cliquetis, un grondement… « C’est souvent un son à haute fréquence, donc aigu, surtout chez les jeunes », poursuit l’experte en audiologie.

Quand et qui consulter?

Si un acouphène apparaît, vous trouverez des réponses à vos questions auprès d’un audiologiste, soit à l’hôpital ou dans une clinique universitaire, publique ou privée. « Par exemple, si vous avez un acouphène qui ne disparaît pas quelques jours après l’exposition à de la musique très forte, vous pouvez aller consulter en audiologie pour évaluer les dommages », suggère Sylvie Hébert.

L’audiologiste fera un examen complet pour voir s’il est en mesure d'identifier une cause autre que la perte auditive et, si c’est le cas, il vous dirigera vers un spécialiste – oto-rhino-laryngologiste, cardiologue, oncologue, orthodontiste, physiothérapeute, etc. – qui pourra traiter le problème dont l’acouphène est le symptôme.

Les problèmes adjacents à l’acouphène

Si l’acouphène est causé par une perte auditive, une raison inconnue ou un problème de santé qui ne peut être traité, il vous faudra alors trouver des stratégies pour mieux vivre avec ce trouble de l’audition. « La personne entendra toujours des bruits, alors c’est certain qu’elle doit faire un gros deuil : celui du silence », affirme la chercheuse.

L’incertitude liée au développement d’un problème de santé plus ou moins connu peut se révéler stressante. Dans certains cas, aller chercher des réponses au bon endroit suffit à calmer la personne. « J’ai déjà vu un patient qui était en détresse parce qu’il pensait que l’acouphène le rendrait sourd, et donc qu’il ne pourrait plus entendre ses petits-enfants », raconte Ronald Choquette, professeur en audiologie qui pratique à la Clinique universitaire en orthophonie et en audiologie de l’Université de Montréal. Ce spécialiste témoigne qu’il lui a enlevé un poids immense sur les épaules en lui expliquant que l’acouphène n’entraîne pas la surdité; c’est plutôt l’inverse qui peut se produire.

« Si des pathologies se sont développées avec l’arrivée de l’acouphène, comme la dépression ou l’anxiété, il faut les traiter, signale Sylvie Hébert. On envoie alors le patient vers un médecin ou un psychologue. »

La thérapie cognitive comportementale est utilisée pour aider une personne à s’adapter à son état. « On l’amène à prendre conscience de sa réaction émotionnelle : vit-elle de la colère, ou du découragement? Puis on regarde pourquoi elle se sent ainsi. Il est possible que ce soit parce que ces bruits contrecarrent ses plans ou l’empêchent d’avoir du plaisir », illustre la psychologue Marie-Josée Rivard, qui travaille dans le domaine de la douleur chronique depuis plus de 20 ans et qui a reçu en thérapie des patients souffrant d’acouphènes.

Une fois le sentiment identifié, il faut travailler à diminuer son intensité, sa fréquence et sa durée et, idéalement, le transformer. La psychologue indique que refuser la réalité ne fera pas disparaître l’acouphène, mais que cela entraînera plutôt de la détresse psychologique. « Les pensées ont des conséquences, fait-elle valoir. Si vous vous levez en vous disant que votre journée sera infernale parce que l’acouphène est fort, c’est différent de si vous vous levez en vous demandant ce que vous ferez pour rendre votre journée moins difficile. On amène donc la personne à reprendre des activités satisfaisantes et on lui présente des techniques de gestion du stress, comme la respiration, pour l’outiller et l’aider à améliorer sa qualité de vie. »

Par ailleurs, ces techniques sont également susceptibles de vous aider à combattre l’insomnie. En effet, les sons de l’acouphène empêchent certaines personnes de bien dormir. « Et si vous ne dormez pas bien, vous devenez plus irritable, alors le silement n’aide en rien et ça devient un cercle vicieux », observe Ronald Choquette.

La thérapie sonore

Un appareil auditif peut atténuer l’acouphène de manière satisfaisante, à supposer que ce dernier soit dû à une perte auditive plus ou moins grande. Si cela n’est pas suffisant, vous pouvez envisager la thérapie sonore, qui consiste à détourner l’attention du cerveau en produisant des bruits autres que ceux de l’acouphène. Le but est, pour être plus précis, de « calmer » la réponse du cerveau, qui « cherche » les sons qu’il ne parvient plus à entendre, comme l'explique Sylvie Hébert, de l’Université de Montréal.

La chercheuse précise toutefois que les preuves de l’efficacité de la thérapie sonore ne sont pas encore très fortes. D’abord parce que les fonds de recherche sont très rares dans le domaine, ensuite parce que les études sont difficiles à mener. « Mais on pense que ça aide », confirme-t-elle.

Norman Chenail, pour sa part, peut en témoigner. Dans la nuit du 18 juillet 1997, il s’est fait réveiller par un bruit de cigales. Le problème, c’est qu’il n’y avait pas de trace de ces insectes… Après qu’un oto-rhino-laryngologiste lui eut dit qu’il n’y avait pas grand-chose à faire avec un acouphène, il s’est débrouillé seul pendant 15 ans. Radio, télévision : il y avait toujours un bruit de fond pour détourner son attention. Puis, après avoir assisté à une rencontre d’Acouphènes Québec, l'homme a décidé de consulter un audiologiste. Il s’est ensuite procuré un appareil auditif avec générateur de sons. « Ça ne règle pas tout, mais ça fait partie des solutions pour gérer les symptômes », affirme-t-il.

La solution maison

Si votre acouphène est léger ou que vous n’avez pas les moyens de vous procurer les coûteux appareils générateurs de sons, envisagez d'écouter de la musique – mais pas trop forte! – pour vous distraire, en utilisant par exemple votre cellulaire avec des écouteurs. Cette solution n’est toutefois pas toujours bien acceptée dans les milieux de travail. Sinon, Sylvie Auger, de la clinique Audiologie Centre-Ouest, ajoute qu’il est aussi possible d’employer n’importe quel autre appareil pour produire des sons que vous aimez, comme celui de la pluie, des vagues, etc.

« Pour la nuit, il existe des oreillers avec des haut-parleurs intégrés, et vous pouvez y connecter votre téléphone pour écouter des bruits ou de la musique à très bas volume sans déranger votre conjoint, conseille l’audiologiste. Dans la même veine, on trouve de petits haut-parleurs qu’il y a moyen de placer sous votre oreiller. »

Les générateurs de sons

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Les générateurs de sons (seuls, non intégrés à un appareil auditif), vendus autour de 2 600 $ la paire, se portent discrètement à l’oreille. « Il n’y a pas de danger à en porter, assure Sylvie Auger, mais il vous faut être bien suivi par un audiologiste pour ajuster le volume et vous permettre de bien vous adapter au port de l’appareil. Le bruit généré peut faire fluctuer le volume de l’acouphène ou le faire se promener d’une oreille à une autre, ce qui est bon signe, parce que vous êtes en train de reprogrammer la perception au niveau du cerveau. »

L’appareil auditif avec générateur de sons

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Si votre acouphène est causé par une perte d’audition et que vous avez donc besoin d’un appareil auditif, vous pouvez opter pour un modèle avec générateur de sons intégré. Ces modèles sont vendus par les audioprothésistes et coûtent au moins 4 000 $ la paire. Ils produisent plusieurs types de bruits, et l’audiologiste ajuste la fréquence pour reproduire un son semblable à l’acouphène, mais en moins fort. « Ainsi, le bruit généré n’empêche pas d’entendre les autres sons », explique la chercheuse Sylvie Hébert.

« Grâce à une approche centrée sur la personne, qui peut inclure de l’information et des conseils d’un audiologiste, la consultation en psychologie et la thérapie sonore, on arrive à des résultats », résume le professeur en audiologie Ronald Choquette. Pour vous donner une idée, il précise : « On demande aux patients à la première rencontre d’évaluer à quel point leur acouphène est intolérable sur une échelle de 0 à 10. Il est possible que ce soit 8 ou 9, et après le traitement, c’est souvent 2 ou 3. »

Photos : sites internet des fabricants (softtouchlabs.com, Oticon.qc.ca)

>> À lire aussi : Comment choisir des prothèses auditives

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