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Pénurie de préparation pour nourrisson: le pire est passé

Par Jean-François Gazaille
lait-matenise 279photo Studio/Shutterstock.com

C’est du jamais vu en Amérique du Nord: la santé de millions de bébés est menacée par une pénurie de préparation pour nourrisson intolérant ou allergique aux protéines bovines! Comment en est-on arrivé là?

À la mi-février, le géant pharmaceutique Abbott ferme volontairement son usine de Sturgis, au Michigan, et rappelle tous ses stocks d’Alimentum, d’Elecare et de Similac. Les autorités sanitaires américaines soupçonnent que l’une ou l’autre des préparations hypoallergéniques est à l’origine de quatre cas d’infection bactérienne grave, dont deux mortels.

La panique s’empare des parents, puis les stocks des pharmacies et autres commerces de détails, toutes marques confondues, fondent en quelques semaines. Pas étonnant: Abbott occupe à elle seule 40 % d’un marché intérieur monopolisé par une poignée d’entreprises et fermé à l’importation. Le manque de main-d’œuvre explique aussi en partie cette incapacité à assurer un approvisionnement constant. Depuis, les plus fortunés paient à prix d’or des boîtes de préparation revendues par l’entremise d’Amazon et eBay, tandis que les plus désespérés expérimentent des recettes de substitution dénichées sur les réseaux sociaux et YouTube.

La semaine dernière, un pont aérien mis en place par l’administration Biden a permis d’acheminer aux États-Unis 31 tonnes de préparation nutritive en provenance d’Europe. Par ailleurs, Abbott entend rouvrir son usine du Michigan le 4 juin et reprendre dès le 20 juin la livraison des poudres de marques Alimentum, Elecare et Similac.

Évidemment, il fallait s’attendre à ce que cette crise alimentaire déborde des frontières. La pénurie chez nous, confirmée par Santé Canada le 19 mai dernier, peut-elle avoir une solution locale? Il y a bien un manufacturier de préparation pour nourrisson à Kingston, mais l’usine de Canada Royal Milk appartient à des intérêts chinois et exporte toute sa production… vers la Chine! N’empêche, même si le Québec a été particulièrement touché par cette crise, le pire est passé, selon Pierre-Marc Gervais, directeur principal des services pharmaceutiques à l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires.

P.-V. Comment cette pénurie s’est-elle amorcée chez nous?

P.-M. G. Nos membres nous ont rapporté que certains clients se sont mis à faire provision de grandes quantités de préparation hypoallergénique. Au Québec, la préparation la plus populaire est l’Alimentum. C’est d’abord ce produit qui est tombé en rupture de stock. Puis il y a eu un effet boule de neige: les gens se sont rués sur le Nutramigen et le Pregestimil. Quand nous avons pris la mesure de la crise, nous avons demandé aux pharmaciens de placer les stocks derrière le comptoir et de les mettre à la disposition des parents ayant une ordonnance.

P.-V. Pourquoi la crise semble-t-elle avoir affecté davantage le Québec?

P.-M. G. Le Québec a été plus touché que les autres provinces parce que les préparations hypoallergéniques sont inscrites sur la liste des médicaments reconnus par la Régie de l’assurance maladie. Prescrit par un médecin, ce type de formule nutritive pour nourrisson est remboursé autant par les assureurs privés que par le régime d’assurance-médicaments.

P.-V. Qu’en est-il des autres catégories de préparation pour nourrisson?

P.-M. G. Il n’y a pas d’inquiétude de ce côté pour l’instant. Nestlé nous dit que la situation est stable et que ce type de produit n’est pas susceptible d’être en rupture de stock ni au Québec ni au Canada.

P.-V. Quand peut-on espérer un retour à la normale?

P.-M. G. Pour les préparations hypoallergéniques, la pénurie risque de durer encore un certain temps. Le réapprovisionnement se fait au compte-gouttes. Mais on est au sommet de la crise: le gouvernement du Québec a déployé des efforts importants pour importer des stocks en provenance d’Europe – et même des États-Unis, puisque Nestlé a augmenté la production d’une de ses usines au Wisconsin pour combler la demande.

P.-V. Quelles sont les solutions de rechange?

P.-M. G. Dans certains cas, il y a des mamans qui ont pu reprendre l’allaitement complet, soit parce qu’elles venaient tout juste de l’arrêter ou qu’elles combinaient allaitement et biberon. Mais beaucoup d’enfants doivent changer de préparation: c’est tout un stress pour les parents qui doivent remplacer le produit idéal qu’ils avaient finalement trouvé après en avoir essayé d’autres qui posaient problème. Le mieux, c’est de consulter un médecin, une infirmière ou un pharmacien. Surtout pas Dr Google! Le ministère de la Santé, avec les CISSS et les CIUSSS, a mis en place un algorithme décisionnel qui permet aux professionnels de la santé d’évaluer les besoins de l’enfant avant de proposer tout substitut à sa préparation nutritive hypoallergénique habituelle.

>> À lire aussi: Préparations lactées: ce qu’il faut rechercher en priorité et Allergie alimentaire et intolérance alimentaire... quelle est la différence?

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