Option consommateurs réclame un meilleur encadrement des finfluenceurs
Les consommateurs sont nombreux à suivre des influenceurs en finances, sans trop savoir si ces derniers ont les qualifications nécessaires pour dispenser des conseils financiers. Un manque d’encadrement qui place les consommateurs en état de vulnérabilité, déplore Option consommateurs.
Une étude d’Option consommateurs montre que les influenceurs financiers, ou finfluenceurs, gagnent en popularité. Un sondage mené auprès de 1014 personnes indique que 40 % des adultes canadiens suivaient au moins un finfluenceur sur un réseau social. Au Québec, c’est 30 % des répondants qui avaient déjà suivi un influenceur en matière de finances.
Ces finfluenceurs publient du contenu sur des sujets aussi diversifiés que la gestion financière, la cryptomonnaie et divers produits d’investissement. Le problème, c’est qu’ils agissent sans véritable encadrement et qu’ils n’ont pas à afficher leurs qualifications, ce qui place les internautes dans un état de vulnérabilité, selon l’étude.
« Le consommateur est vulnérable face à l’information qui lui est présentée. Il la met en pratique en accordant peu d’importance à la qualification professionnelle de ceux qui partagent l’information », explique Clarisse N’Kaa, avocate, analyste et auteure du rapport.
YouTube est le site le plus fréquenté par les Canadiens qui suivent des influenceurs :
- YouTube : 73 %
- Facebook : 59 %
- Instagram : 56 %
- TikTok : 37 %
- X (anciennement Twitter) : 35 %
- LinkedIn : 31 %
Ceci n’est pas un conseil
Les influenceurs financiers peuvent être autant des professionnels qualifiés que des amateurs passionnés qui souhaitent transmettre leurs connaissances. Or, seuls les professionnels enregistrés auprès d’un régulateur sont autorisés à donner un conseil en ligne, si l’on en croit l’Autorité des marchés financiers (AMF).
« Tant que l’activité se fait dans un cadre général, qu’il n’y a pas de conseils personnalisés, il est possible d’être dispensé de l’obligation d’inscription. Or, déterminer si cette limite est respectée exige une analyse au cas par cas, ce qui est difficilement applicable avec la multiplication des contenus sur les réseaux sociaux. Le consommateur risque d’être induit en erreur », soutient Me N’Kaa.
Les finfluenceurs tentent de se protéger des poursuites en émettant des avis ou des mises en garde du genre « Ceci n’est pas un conseil » pour exclure toute responsabilité de leur part en cas de perte.
Ces avertissements démontrent l’importance d’intervenir pour préciser ce qu’est un conseil financier et qui peut les dispenser. « L’information des influenceurs est souvent incomplète et ne tient pas compte du profil réel du consommateur. Un conseiller lié par des obligations doit connaître son client et les produits, et s’assurer que le produit qu’il recommande correspond au profil de l’investisseur », souligne Me N’Kaa.
Le gouvernement provincial et le gouvernement fédéral ainsi que les Autorités canadiennes en valeurs mobilières (ACVM) auraient avantage à préciser ce qu’est un conseil en matière financière sur les réseaux sociaux.
Obliger la publication des qualifications ?
La question se pose à la lecture du rapport. Si Option consommateurs milite pour la divulgation des qualifications des influenceurs, les consommateurs n’accordent pas beaucoup d’importance au fait qu’ils soient inscrits ou non auprès d’une commission des valeurs mobilières, indique le rapport.
Les deux tiers des participants au sondage qui ont identifié correctement le statut de leur finfluenceur préféré ont même affirmé qu’il n’était pas inscrit auprès d’un régulateur, mais qu’il jouissait d’une certaine notoriété.
Certains Québécois interrogés ont souligné que le statut professionnel ne protège pas des erreurs et n’est pas nécessairement un gage de crédibilité. Malgré tout, 53,8 % des répondants au sondage croient que les influenceurs financiers devraient divulguer leur statut professionnel.
Fait intéressant, suivre un finfluenceur ne veut pas dire écouter ses conseils ou recommandations. La plupart des participants à l’étude ont indiqué que l’impact de ces conseils sur leurs décisions financières était plutôt faible. Certains demandent seulement des détails sur les nouvelles tendances financières, ou des informations générales. Un peu plus d’un tiers des participants ont affirmé avoir gagné de l’argent après avoir mis en application un conseil reçu, et environ 11 % disent en avoir perdu.
L’encadrement des influenceurs ailleurs
L’étude invite le Canada à s’inspirer d’initiatives mises en œuvre par d’autres juridictions, comme en France, en Australie et dans l’Union européenne. Me N’Kaa note l’exemple de la France, qui a adopté en 2023 une loi pour clarifier la notion d’« influenceur » et qui offre une formation destinée aux influenceurs de la finance.
L’Australie et l’Union européenne ont élargi la notion de conseil financier sur les réseaux sociaux et développé des sites web éducatifs afin de mieux tenir compte de l’influence réelle exercée par les finfluenceurs sur les décisions des consommateurs et de les rendre responsables devant la loi.
« L’encadrement du secteur est essentiel pour assurer une réelle protection des consommateurs et doit aller de pair avec un effort soutenu de sensibilisation », conclut Clarisse N’Kaa.
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