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Sécurité dans les festivals: actions légitimes ou «power trip»?

Par Maxime Bilodeau Mise en ligne : 26 juillet 2019 Shuttertock.com

festival-droits Shuttertock.com

Osheaga, ÎleSoniq, le Festival de la poutine de Drummondville : toutes des occasions de s’amuser entre amis… à moins qu’un agent de sécurité un peu zélé vienne « casser le party ». Mais jusqu'où peut-il vraiment aller ?

La soirée est chaude ; l’atmosphère, électrique. À l’instar de dizaines de milliers d’autres Québécois, vous prenez la route des festivals pour assister au spectacle de votre artiste préféré. Comme tout le monde le sait, le prodige du rap québécois Loud se produit presque partout cet été...

À l’entrée du site, l’habituelle file de sécurité s’allonge. Chaque sac est soupesé et ouvert par des agents de sécurité à la recherche d’objets interdits (comme les armes blanches, les feux d’artifice et les équipements professionnels de captation)… et ils en ont tout à fait le droit.

« Les festivals, spectacles et autres événements sont des organisations privées. Les gardiens de sécurité engagés pour l’occasion sont habilités à réaliser de telles fouilles », indique Véronique Robert, avocate en droit criminel chez Roy Robert Avocats.

La fouille des sacs

Votre ami se fait demander de vider de son contenu sa bouteille d’eau en plastique ; il y a des fontaines pour la remplir gratuitement sur le site, lui dit-on. L’agent de sécurité force-t-il la note ? Non, dans la mesure où l’interdiction figure dans les règlements de l’événement – bref, qu’elle n’est pas arbitraire.

Le mieux est donc de consulter la liste complète des objets interdits, qui figure sur le site web de chaque festival ou chaque salle de spectacle, avant de vous rendre à des événements de ce genre. Vous saurez ainsi reconnaître si le gardien fait du zèle en confisquant votre sandwich préparé pour éviter de gonfler vos dépenses en restauration…

Si votre ami ou vous-même n’êtes pas satisfaits, vous pouvez toujours rebrousser chemin et rentrer chez vous. Rien ne vous oblige à vous conformer à la fouille du sac, dont il est possible de se soustraire en tout temps. Dans le cas contraire, on parlerait de détention forcée et de fouille abusive. « Le gardien de sécurité emprunte alors le rôle d’un policier. C’est illégal en vertu de la Loi sur la sécurité privée et de ses règlements, qui établissent les actes qu’il peut ou ne peut pas poser », souligne Véronique Robert.

Aucune chance de faire rembourser votre billet, toutefois : celui-ci a été acheté présumément en connaissance de cause, comme lorsque vous signez un « contrat ». Et ce contrat, c’est aussi le simple fait d’entrer sur le site ou la salle en question à l’occasion d’un événement gratuit ou non.

Il faut savoir que l’organisation ne fait généralement que respecter un cahier de charges déterminé par les artistes et promoteurs, souvent américains. Les services locaux de police et les administrations municipales s'assurent du respect de certaines règles en délivrant des permis qui rendent légaux l'occupation d'espaces publics et le cahier de charges en question.

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La fouille corporelle, c’est non!

Il est illégal pour un agent de sécurité, et même pour un policier, de procéder à une fouille corporelle sur des festivaliers choisis au hasard. « Il y a une nuance importante à faire entre une fouille de sac – qui est somme toute banale – et une fouille corporelle, qui, parce qu'elle constitue une grave violation de la vie privée, nécessite de très bonnes raisons pour être réalisée », affirme l'avocate. Une fouille sans mandat est habituellement présumée abusive devant la loi.

Dans toute situation qui vous semble illégale ou abusive – vous pourriez alors intenter un recours civil contre l’organisation de l’événement et la firme de sécurité. Il vous faudra alors prouver un dommage (physique et/ou psychologique ; perte de jouissance ; etc.) et une faute pour espérer avoir gain de cause. Il peut être utile, lors de l'incident, de récolter des preuves ; notamment sous la forme de notes (date, heure et détails précis de la mésaventure), de photos et de témoignages.

Une autre option : vous pouvez aussi déposer une plainte auprès du Bureau de la sécurité privée (BSP), l’organisme paragouvernemental qui régit l’industrie de la sécurité privée au Québec. La démarche, dont vous trouverez les détails en ligne, implique de remplir un formulaire à acheminer à la Direction des enquêtes et des inspections du BSP.

Oui, on peut vous expulser d'un festival!

Il n’y a pas que votre artiste préféré qui soit en forme ce soir-là : vos voisins aussi pètent le feu. Peut-être même un peu trop, d’ailleurs ; leur remue-ménage attire l’attention des agents de sécurité chargés de surveiller la foule. Après quelques avertissements, c’en est trop : ces gardiens les expulsent manu militari.

Bon débarras, vous dites-vous! Rien n’empêche un agent de sécurité de « sortir » un ou des trouble-fêtes, s’il a des motifs raisonnables de procéder ainsi ; par exemple si ces personnes ont posé des gestes violents, ou encore si elles ont apporté des objets ou produits interdits, comme de l’alcool ou des pétards.

À la limite, tout objet défendu peut entraîner de telles conséquences : « Si, par exemple, la règle est de ne pas avoir de contenant en verre en ta possession et que tu l’enfreins, tu peux légitimement te faire expulser. Il faut voir cela comme un bris de contrat », illustre Véronique Robert, de Roy Robert Avocats.

Ô malheur : dans la confusion, la sécurité vous demande aussi d’évacuer les lieux. Et pas de place pour la négociation ! Vous vous retrouvez donc penauds de l’autre côté des barrières, sans pouvoir retourner dans la foule… et ce, juste avant le show que vous attendiez avec impatience !

Il y a fort à parier que vous vous sentez lésés, surtout considérant le prix de votre billet ! Dans une telle situation, vous pourriez par exemple intenter un recours civil en plaidant entre autres la perte du coût du billet.

Dans la foulée de #MoiAussi, des brigades antiharcèlement

Insultes, rapprochements non désirés, attouchements sexuels : les gestes déplacés envers les femmes sont malheureusement légion durant la saison des festivals. Pas moins de 56 % de femmes rapportent avoir été victimes de paroles ou de gestes déplacés, et 4 % disent avoir été agressées sexuellement dans un festival qui avait lieu à Montréal en 2016. Voilà ce que révèle le Conseil des Montréalaises, qui a étudié la question et sondé 976 festivalières à la demande de la Ville de Montréal en 2017.

Pour enrayer ce fléau – aussi mis en lumière pendant cette même période avec le mouvement mondial #MoiAussi sur les médias sociaux –, certains festivals ont depuis adopté des mesures concrètes. C’est le cas du Festival international de jazz de Montréal, du Festival d’été de Québec et d’Osheaga, qui, dans la foulée du dévoilement de cette étude, ont mis sur pied des brigades d’agents formés pour intervenir en cas d’agression ou de harcèlement.

Vous êtes victime de gestes semblables ? N’hésitez pas à chercher de l’aide et à dénoncer la ou les personnes. À Osheaga par exemple, vous trouverez une brigade nommée Les Hirondelles qui offre ses services spécialisés durant ce festival comme dans d’autres événements. Un espace sécuritaire pour les femmes et les personnes cisgenres ou transgenres est aussi offert. Le chandail rose des membres de ce groupe d’aide est facilement repérable, mais si vous ne les voyez pas au moment critique, demandez l’aide d’une personne responsable de la sécurité.

Bienvenue en « zone de dégrisement »

Du cannabis dans les festivals ? Eh oui, mais pas seulement : speed, ecstasy, MDA, GHB et autres champignons magiques sont aussi de la partie. Et avec leur consommation, c’est tout un lot de malaises et de conséquences qui risque de surgir. Parfois, les festivaliers ignorent eux-mêmes ce qu’ils ingèrent, ce qui ouvre la porte à des situations graves, voire à des cas de surdoses mortelles.

Bien conscients de ce phénomène, de plus en plus d’événements se sortent la tête du sable et prennent le problème à bras-le-corps. Depuis quelques années, Osheaga offre ainsi une zone de dégrisement (safe space), où se trouvent des ressources du Groupe de recherche et d’intervention psychosociale (GRIP) en mesure de répondre aux questions des spectateurs. Par ailleurs, contrairement à ce qu’on peut voir ailleurs sur la planète, aucun service d’analyse de drogues n’est à ce jour offert sur les sites de festivals québécois.

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60 %
Augmentation, de 2013 à 2017, des frais de sécurité des grands événements organisés au Québec et au Canada, selon le Regroupement des événements majeurs internationaux (REMI) et Festivals et événements majeurs Canada (FAME). « Cette hausse est certes due à la mise en place d’infrastructures comme les détecteurs de métal, mais surtout à l’embauche d’agents de sécurité privés sur les sites des événements », explique Martin Roy, président-directeur général des deux regroupements.

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Loisirs et famille

Commentaires 2 Masquer

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  • Par Kevin Descent | 02 août 2019

    Faisant beaucoup de festival/événements je suis habitué et je ne m'oppose pas pour les sacs, je comprends très bien que c'est pour la sécurité de tout le monde, armes / bouteilles de vitre / drogues et etc. par contre j'ai remarqué qu'il y a malheureusement beaucoup d'abus sur quelque chose d'aussi simple qu'une bouteille d'eau en plastique! Cela peut aller de vous demander à vider votre bouteille d'eau et ce même si celle ci n'est pas encore ouverte jusqu'à confisquer complètement les bouteilles d'eau. De l'eau c'est vital alors je trouve ces comportement abusif, surtout si on y pense un peu plus, on viens dépenser de l'argent dans ces événements et on y reste souvent des heures alors même si quelqu'un entre avec une bouteille d'eau il devra probablement acheter quelque chose d'autre à boire, que ce soit de l'eau ou une boisson quelconque. Bref, je trouve ça très abusif et je m'y oppose à chaque fois! Ne vous laisser pas marcher sur les pieds et ne soyez pas naifs!

  • Par LOUISE SEXTON | 01 août 2019

    Il peut être pas mal vexatoire, quand on paie des taxes foncières à Montréal et que la place des Festivals est le plus court chemin pour rentrer chez soi, de s'en faire interdire l'accès parce qu'on charrie deux bouteilles de vin dans un sac d'épicerie... et qu'on a 60 ans +. Les festivals, en plus de parasiter la voie et les installations publiques, semblent y faire la loi.