Allergie alimentaire et intolérance alimentaire... quelle est la différence?

Par Rémi Leroux Mise en ligne : 29 septembre 2016 Shutterstock

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Vous venez de croquer dans une belle pomme rouge et vos lèvres commencent à gonfler… allergie ou intolérance? Dès que vous buvez un verre de vin rouge, la peau vous démange, à quoi est-ce dû?

Un allergène alimentaire est généralement une protéine qui déclenche ou favorise l’allergie. Il peut être de nature animale, végétale ou même chimique. Au Canada, les aliments les plus susceptibles de provoquer une réaction allergique sont appelés «allergènes prioritaires». Santé Canada en a dénombré dix. Ils sont responsables d’environ 90 % des réactions allergiques.

Une allergie alimentaire est une réaction inadaptée et excessive du système immunitaire généralement provoquée par l’exposition à une ou à plusieurs protéines d’un aliment. Le système immunitaire considère à tort l’allergène comme un danger pour l’organisme et tente de l’éliminer. La réaction peut avoir lieu même si l’exposition est minime. Le mode d’exposition le plus courant est l’ingestion, mais l’inhalation ou le simple contact avec la peau sont aussi possibles dans le cas de personnes très sensibles. La réaction peut être immédiate ou retardée, d’une vingtaine de minutes jusqu’à 24 heures après l’exposition.

Au moment de la première exposition à un allergène, l’organisme produit des anticorps (immunoglobulines E, ou IgE); c’est ce qu’on appelle la sensibilisation. La personne ne présente alors aucun symptôme. Par la suite, chaque fois qu’elle est exposée, l’histamine et les autres produits inflammatoires sont libérés par le contact entre l’allergène et l’anticorps. Cela peut affecter l’organisme de diverses manières: problèmes respiratoires, réactions cutanées, troubles gastro-intestinaux, difficultés cardiovasculaires. Dans les cas les plus graves, les allergies alimentaires peuvent être mortelles.

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Une intolérance alimentaire n’est pas une allergie. Il s’agit plutôt d’une sensibilité alimentaire provoquée généralement par l’ingestion d’une portion normale d’un aliment. L’intolérance affecte principalement le système digestif avec des symptômes tels que des ballonnements, des crampes, de la diarrhée ou encore des vomissements. On rapporte également des maux de tête, des migraines et de l’urticaire. La réaction peut intervenir plusieurs heures après l’ingestion.

Allergie et intolérance alimentaire: quelques différences
(Avec l'exemple du lait de vache)

Allergie

Intolérance

Cause
Réaction anormale du système immunitaire aux protéines de lait.
Symptômes
- Digestion: nausées, vomissements, diarrhée, crampes d'estomac.
- Voies respiratoires: nez qui coule, congestion nasale, respiration sifflante, toux.
- Réactions cutanées (très fréquentes chez l'enfant): rougeurs, urticaire.
- Yeux rouges, enflés, qui piquent, qui larmoient.
- Réaction anaphylactique: réaction grave du système immunitaire, rare et parfois difficile à maîtriser; peut mettre la vie en danger.
Traitement
- Éliminer les aliments contenant des protéines de lait de vache.
- Allaiter si possible et aussi longtemps que possible.
- Utiliser des préparations lactées hypoallergéniques complètes pour nourrissons.

Cause
Insuffisance des enzymes (lactase) nécessaires à la digestion du lactose (sucre contenu dans le lait).
Symptômes
Digestion: ballonnements, vomissements, diarrhée, crampes d'estomac, gaz.
 
 
 
 
 
 
 
Traitement
Les symptômes dépendent généralement de la quantité ingérée, de sorte qu'une petite quantité d'aliments contenant du lactose (125 ml ou ½ tasse de lait) peut être bien tolérée.
Il existe des produits laitiers sans lactose et des suppléments de lactase.

Source: Carnet d'information: les allergies alimentaires, MAPAQ, 2007, mis à jour en 2011.

Quant à la pseudo-allergie, il s’agit d’une réaction alimentaire dans laquelle aucun mécanisme immunologique n’intervient. Elle traduit une incapacité de l’organisme à supporter un aliment aux doses tolérées par d’autres individus. On distingue trois types de pseudo-allergie selon qu’elle est: liée à un déficit d’enzymes (par exemple une intolérance aux sulfites), on parle alors d’intolérance alimentaire; liée à l’ingestion de certains additifs (par exemple la tartrazine, un colorant alimentaire jaune); liée à la consommation d’aliments riches en histamine ou en tyramine (comme le chocolat ou le fromage). Si ces réactions peuvent être incommodantes (réactions cutanées, parfois respiratoires), elles sont généralement moins graves que celles des allergies alimentaires. Il arrive toutefois que certaines réactions, aux sulfites notamment, soient très fortes jusqu’à prendre parfois la forme de broncho­spasmes violents.

La réaction anaphylactique, ou l’anaphylaxie, est une réaction allergique généralisée et grave. En l’absence d’un traitement, cette réaction est susceptible d’entraîner la mort. Une intervention immédiate est donc nécessaire. Les signes et symptômes sont divers et nombreux:

  • difficultés respiratoires: dyspnée (difficulté à inspirer ou à expirer de l’air), sensation de gonflement de la gorge, sensation d’étouffement, toux;
  • troubles digestifs: vomissements, nausées, douleurs abdominales, diarrhée;
  • signes cutanés: éruptions, prurit (démangeaisons dans la région des lèvres, de la bouche, des yeux), œdème sur le visage, rougeurs;
  • vertiges, palpitations, frissons et parfois perte de conscience pouvant entraîner un coma.

On parle de choc anaphylactique lorsqu’il y a une chute de la pression artérielle. Le traitement d’une réaction anaphylactique est l’utilisation de l’adrénaline (épinéphrine) par voie intramusculaire ou intraveineuse (en milieu hospitalier).

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Le syndrome d’allergie locale est une réaction allergique localisée qui se limite le plus souvent à des démangeaisons de la zone située autour et à l’intérieur de la bouche: lèvres, bouche, gorge. Si la langue vous picote quand vous croquez une pomme, il se peut que vous souffriez aussi d’une allergie au pollen. On parle alors d’une allergie croisée. L’allergie locale est donc provoquée par la réaction croisée entre certains aliments frais (melon, kiwi, carotte, cerise, pomme) et certains pollens présents dans l’environnement (bouleau, herbe à poux, graminées). Ce phénomène se produit avec l’aliment cru mais pratiquement jamais avec l’aliment cuit. Dans la majorité des cas, ces symptômes sont bénins, de courte durée et ne nécessitent pas de traitement.

L’atopie est une prédisposition génétique à développer une allergie. Plus précisément, une personne atopique montre une hypersensibilité aux allergènes communs. Ainsi, en cas d’exposition, son système immunitaire aura une réaction allergique immédiate alors qu’une personne sans prédisposition ne développera pas nécessairement d’allergie. L’atopie se manifeste dès l’enfance ou au cours de l’adolescence. L’asthme, l’eczéma dans sa forme atopique ou encore la rhinite allergique font également partie des allergies courantes qui impliquent un phénomène d’hypersensibilité avec production d’IgE.

À ne pas confondre avec des allergies alimentaires:

  • Les maladies inflammatoires de l’intestin regroupent des affections inflammatoires du tube digestif.
  • La maladie de Crohn. Elle peut affecter une ou plusieurs parties de l’appareil digestif (le côlon, l’intestin grêle ou l’anus). Elle se caractérise par des douleurs abdominales, une diarrhée chronique et souvent une perte de poids. Rare, cette maladie se déclare le plus souvent chez les adolescents et les adultes âgés de 20 à 40 ans.
  • Le syndrome du côlon irritable. Il provoque des douleurs abdominales souvent accompagnées de constipation ou de diarrhée, ou d’une alternance des deux symptômes. Les causes de ce trouble ne sont pas connues avec certitude, et plusieurs facteurs pourraient l’expliquer (sensibilité accrue du côlon, dérèglements hormonaux, déséquilibre de la flore intestinale). De 10 à 20 % de la population des pays occidentaux en souffrirait. Les femmes sont plus touchées que les hommes.

L’évolution

Selon les estimations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la prévalence des allergies alimentaires était de 1 à 3 % chez l’adulte et de 4 à 6 % chez l’enfant en 2006. Au Canada, environ 7 % de la population déclare souffrir d’allergie alimentaire, selon l’étude «Overall prevalence of self-reported food allergy in Canada» parue en 2012 dans le Journal of Allergy and Clinical Immunology.

Les différences entre groupes d’âge

Les enfants sont plus touchés, particulièrement ceux âgés de zéro à cinq ans. En effet, la plupart des allergies apparaissent pour la première fois avant l’âge de deux ans. La proportion des adultes souffrant d’allergie alimentaire est moindre. De nombreuses études épidémiologiques ont démontré que, chez les enfants, les allergènes en cause dans plus de 90 % des cas sont le lait de vache, les œufs, le soya, la farine de blé, les arachides, les noix et les poissons.

Les estimations de la prévalence divergent parfois d’une étude à l’autre. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette situation. D’une part, il existe des disparités entre la perception et les allergies alimentaires confirmées, si bien que, selon les méthodologies retenues, les études peuvent donner des résultats différents. D’autre part, les allergies alimentaires évoluent avec le temps: les allergies aux œufs et au lait, fréquentes chez les jeunes enfants, disparaissent souvent avec le temps, alors que l’allergie aux fruits de mer, par exemple, est plus fréquente chez l’adulte que chez l’enfant. Ce que l’on appelle «l’histoire naturelle» d’une allergie est donc difficile à prendre en compte.

La maladie cœliaque

On connaît la maladie cœliaque sous l’appellation «intolérance au gluten». Il s’agit d’une perturbation d’ordre immunologique (ce qui la rapprocherait de l’allergie) de la muqueuse intestinale en réaction à une protéine de certaines céréales qui contiennent du gluten (blé, avoine, orge, seigle, kamut, épeautre et triticale). Située dans l’intestin grêle, cette inflammation endommage la paroi intestinale et réduit la capacité d’absorption de certains nutriments dont le fer, l’acide folique, le calcium, les protéines, les graisses ou encore la vitamine D.La maladie, qui affecte près de 1 % de la population au Canada, se manifeste par divers troubles gastro-intestinaux (diarrhée, douleurs abdominales, digestion difficile, reflux), de l’hypotrophie (diminution du volume ou du poids d’un tissu, d’un organe), une perte de poids, des vomissements, une fatigue chronique provoquée par des carences en vitamines, des problèmes articulaires et parfois des troubles neurologiques.

Qu'est-ce que le gluten?

Le gluten est une combinaison de deux protéines, la gliadine et la gluténine, qui se trouve dans le blé et, en quantité moindre, dans l’orge, l’avoine et le seigle. Il constitue environ 80 % des protéines contenues dans le blé, ce qui explique qu’on en trouve des traces dans de très nombreux aliments. Le gluten est responsable de l’élasticité et du moelleux des produits de boulangerie à base de céréales. Le maïs, le riz complet et le millet sont des céréales sans gluten; le quinoa et le sarrasin n’en contiennent pas non plus. Santé Canada précise que les sources de gluten doivent faire l’objet d’une déclaration et a détaillé les conditions d’utilisation de la mention «sans gluten».

Cet article a initialement été publié dans notre guide «Alimentation, régimes et allergies» publié en 2013.

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