Votre navigateur n'est plus à jour et il se peut que notre site ne s'affiche pas correctement sur celui-ci.

Pour une meilleure expérience web, nous vous invitons à mettre à jour votre navigateur.

Déjà inscrit ou abonné ? Connectez-vous ici

Accédez à cet article gratuitement

Il suffit de vous inscrire à nos infolettres

Vous recevrez maintenant nos infolettres par courriel. Sachez que vous pouvez vous désabonner en tout temps en suivant le lien "Me désabonner" dans le bas d'une infolettre.

Crise cardiaque: les femmes ne sont pas épargnées

Par Benoîte Labrosse Mise en ligne : 24 septembre 2019  |  Magazine : octobre 2019 - Photos: Shutterstock.com, Sébastien Lavallée (Dre Thais Coutinho), Réjean Poudrette (Dre Christine Pacheco)

crise-cardiaque - Photos: Shutterstock.com, Sébastien Lavallée (Dre Thais Coutinho), Réjean Poudrette (Dre Christine Pacheco)

La crise cardiaque ne concerne pas que les hommes : les femmes en sont tout autant victimes, mais les signes précurseurs passent trop souvent inaperçus. Comment savoir si vous êtes à risque? Comment reconnaître les symptômes? Et quoi faire en cas de malaise cardiaque?

Au volant de sa voiture, au beau milieu du pont Champlain, Cendrine Mathews a soudain ressenti des palpitations, un essoufflement et un engourdissement dans le bas de son visage. Elle a tout de suite pensé qu’elle était victime d’une crise cardiaque.

Or, elle a dû consulter une bonne douzaine de médecins, dont quelques cardiologues, sur deux ans et demi avant de recevoir le traitement approprié. « Leur verdict était toujours que je faisais de l’anxiété », se souvient-elle. Ayant devant eux une jeune femme d'à peine 37 ans qui mangeait bien et faisait régulièrement de l'exercice, ils n'avaient pas le réflexe de penser à une maladie cardiaque.  

Cette histoire est inquiétante, mais pas surprenante, étant donné que les ouvrages médicaux décrivent des symptômes qui ne ressemblent pas à ceux que la plupart des femmes ressentent lors d’une crise cardiaque. Certains facteurs de risque sont également différents. Même que les signes précurseurs d’une crise cardiaque passent inaperçus chez 53 % des femmes, selon la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC (Cœur + AVC) du Canada.

« Les lignes directrices [cardiovasculaires] – c’est-à-dire les bonnes pratiques médicales – ne font aucune distinction entre les sexes », explique Marie-Pierre Dubé, directrice du Centre de pharmacogénomique Beaulieu-Saucier de l’Institut de cardiologie de Montréal. Néanmoins, depuis une vingtaine d’années, les scientifiques se rendent compte que l’anatomie du cœur des femmes, les symptômes cardiaques de ces dernières et leurs réactions aux traitements contrastent avec ceux des hommes.  

« La différence entre les sexes est importante parce qu’elle influence le diagnostic et le traitement, et donc le taux de survie », souligne la Dre Thais Coutinho, directrice du Centre canadien de santé cardiaque pour les femmes et chef de la Division de prévention et de réadaptation cardiaque de l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa. Ainsi, les lignes directrices subiront sans doute certaines modifications au cours des prochaines années. D’ici là, sachez reconnaître les facteurs de risque et les symptômes d’une crise cardiaque afin de réagir rapidement si vous ou l’une de vos proches deviez en être victime.

Êtes-vous à risque de crise cardiaque ?

La proportion d’hommes et de femmes atteints de maladies cardiovasculaires, dont la crise cardiaque, est assez similaire. Ces affections, qui touchent le cœur et les vaisseaux sanguins, représentent même la première cause de décès prématuré chez les Canadiennes de tous âges : cinq fois plus de femmes meurent de ces maladies que du cancer du sein, selon la Fondation Cœur + AVC.  

Certes, les hormones reproductives – l’œstrogène en particulier – semblent protéger les femmes pendant un certain temps. « Jusqu’à l’âge de la ménopause, le risque d’une crise cardiaque est beaucoup plus bas chez la femme que chez l’homme », explique le Dr Jean-Claude Tardif, directeur du Centre de recherche de l’Institut de cardiologie de Montréal. « Mais, par la suite, le risque féminin augmente énormément », ajoute-t-il.  

Toutes les femmes partagent donc au moins un facteur de risque associé aux maladies du cœur : les changements hormonaux, notamment ceux qui surviennent au moment de la ménopause. Et si vous vous croyez protégée par la prise d’hormones de remplacement (œstrogènes et/ou progestérone) pendant cette période, détrompez-vous. Des études cliniques ont montré que ces médicaments augmentent plutôt le risque de crise cardiaque et d’accident vasculaire cérébral (AVC). « Pour cette raison, les médecins limitent maintenant au strict minimum la prescription de ces hormones », fait remarquer Christine Pacheco, cardiologue à l’Hôpital Pierre-Boucher, à Longueuil, et membre du conseil provincial de la Fondation Cœur + AVC.

Certains facteurs de risque de crise cardiaque bien connus sont communs aux deux sexes. C’est le cas des antécédents familiaux de maladies coronariennes, de l’hypertension artérielle, du cholestérol élevé, du diabète, du tabagisme, de la sédentarité, de la mauvaise alimentation et du surpoids. « Sauf que la plupart semblent avoir des effets plus puissants chez la gent féminine », souligne Thais Coutinho. 

D’autres facteurs concernent uniquement les femmes ; certaines complications survenues pendant la grossesse, par exemple. « L’hypertension, la prééclampsie et le diabète gestationnel augmentent le risque d’avoir une maladie cardiovasculaire plus tard », mentionne la Dre Pacheco. 

Thais Coutinho ajoute à cette liste l’accouchement prématuré d’un bébé très petit ou mort-né, le syndrome des ovaires polykystiques – un déséquilibre hormonal pouvant causer l’infertilité – et la ménopause précoce (avant 40 ans). 

La Fondation Cœur + AVC rapporte quant à elle que les Canadiennes d’origine sud-asiatique, chinoise, afro-caribéenne et autochtone « ont des risques plus élevés de développer des maladies cardiaques » que leurs concitoyennes de race blanche, principalement en raison de leur génétique et de l’ensemble des inégalités socioéconomiques qui touchent ces communautés.

>> À lire aussi: notre test de 14 tensiomètres

Thais-Coutinho - «Beaucoup de gens pensent que les maladies cardiovasculaires sont surtout masculines. Mais, dans les faits, la proportion d’hommes et de femmes touchés est assez similaire. Toutefois, ces maladies se manifestent à des périodes différentes de leur vie. » - Dre Thais Coutinho, directrice du Centre canadien de santé cardiaque pour les femmes et chef de la Division de prévention et de réadaptation cardiaque de l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa

Quels sont les symptômes à surveiller ?

Comme c’est le cas chez les hommes, les femmes qui subissent une crise cardiaque peuvent ressentir des douleurs dans le haut du corps et au bras gauche. Elles ne signalent toutefois pas toujours une douleur thoracique foudroyante, mais plutôt un inconfort à la poitrine qui prend la forme d’un serrement, d’un brûlement ou d’une lourdeur, par exemple. 

Or, certaines femmes ne ressentent rien de tout cela. Elles sont plutôt essoufflées, étourdies, nauséeuses ou profondément fatiguées, tandis que d’autres suent abondamment – le tout sans raison apparente. « J’étais essoufflée, mon cœur battait extrêmement vite et j’ai eu envie d’uriner comme jamais dans ma vie », se rappelle Cendrine Mathews.

Et si on ne vous prend pas au sérieux ?

Fiez-vous à votre instinct et n’hésitez pas à demander une deuxième, voire une troisième opinion. C’est ce qu’a fait Cendrine Mathews lorsqu’on lui a prescrit des anxio­lytiques et un suivi psychologique plutôt que des examens cardiaques. Elle savait distinguer les manifestations d’anxiété de ses autres symptômes, alors inexpliqués. « Quand je suis finalement tombée sur un médecin qui a cru en moi, je n’ai rien fait ou dit de différent, mais il m’a rapidement fait passer un électrocardiogramme qui a montré des résultats anormaux », raconte-t-elle.

Quand vient le temps de décrire vos symptômes, faites des comparaisons précises, conseille la Dre Thais Coutinho : « Vous pourriez par exemple dire qu’il y a trois mois, vous pouviez gravir des escaliers sans problème, alors que maintenant, vous êtes essoufflée après quelques marches. »

7 signes à surveiller

Si vous êtes une femme et qu’une crise cardiaque survient, elle se manifestera de diverses façons. Vous pourriez ressentir :

une douleur ou un inconfort thoracique (pression, serrement ou sensation de brûlure ou de lourdeur à la poitrine, au centre ou sur le côté gauche) ; 

un inconfort dans le haut du corps (douleur à la mâchoire, au cou, dans le haut du dos ou au bras gauche) ;

un essoufflement anormal ;

des étourdissements inexpliqués (pouvant aller jusqu’à une perte de conscience) ;

une fatigue extrême, sans raison apparente ;

des sueurs abondantes et inhabituelles ; 

des nausées, avec ou sans vomissements.

Seuls ou combinés, ces symptômes peuvent se déclarer soudainement et disparaître. Il est aussi possible qu’ils soient dus à d’autres causes qu’une crise cardiaque, mais une chose est sûre : ils méritent une visite à l’urgence. Avant de vous déplacer, vous pouvez téléphoner au 811 (Info-Santé) afin d’en parler à une infirmière.

Christine-Pacheco - «Si vous avez des symptômes qui vous inquiètent, commencez par téléphoner au 811 [Info-Santé] pour parler à une infirmière. En cas de douleur à la poitrine, composez directement le 911 ou rendez-vous à l’urgence. » - Dre Christine Pacheco, cardiologue à l’Hôpital Pierre-Boucher, à Longueuil, et membre du conseil provincial de la Fondation Cœur + AVC

Comment prendre soin de votre cœur ?

Les experts recommandent tout d’abord de vous renseigner sur vos antécédents familiaux en matière de maladies cardiovasculaires et de faire la liste de vos facteurs de risque liés à d’autres problèmes de santé de même qu’à votre mode de vie. « Comme les hommes, les femmes à risque doivent prendre soin d’elles-mêmes : bien manger, arrêter de fumer, faire de l’exercice… » rappelle la Dre Coutinho. La cardiologue Christine Pacheco recommande aussi de « dépister périodiquement la haute pression en pharmacie, et même chez soi, si on possède un tensiomètre et que l’on sait s’en servir ». 

Visitez régulièrement un médecin pour vous faire prescrire les prises de sang nécessaires au diagnostic du diabète et de l’hypercholestérolémie. Mais surtout, questionnez-le au sujet de votre santé cardiaque. « Si une femme nous parle de symptômes suggestifs de maladie cardiaque, nous faisons une investigation plus poussée, qui peut inclure une épreuve d’effort avec ou sans imagerie complémentaire par médecine nucléaire, une échocardiographie, une scannographie ou une résonance magnétique », énumère le Dr Jean-Claude Tardif, du Centre de recherche de l’Institut de cardiologie de Montréal. Toutefois, seulement 20 % des Canadiennes ont fréquemment abordé ce sujet avec leur médecin en 2017, selon un sondage réalisé par la Fondation Cœur + AVC.

Les trois médecins interrogés s’accordent pour dire qu’il faut davantage de sensibilisation aux maladies cardiovasculaires féminines, et ce, tant du côté des professionnels de la santé que de celui des principales intéressées. « Il y a du travail à faire en prévention à court terme, mais aussi en prévention secondaire, après une crise cardiaque », admet la Dre Pacheco. Celle-ci fait référence aux programmes de réadaptation cardiaque qu’offrent certains hôpitaux du Québec dans l’espoir d’éviter les récidives. Leur importance est capitale : les femmes qui font une crise cardiaque sont en effet plus susceptibles que les hommes d’en subir une deuxième. De plus, leur taux de mortalité au cours de l’année suivant une crise cardiaque est 50 % plus élevé que celui des patients de sexe masculin. 

Pourtant, selon la Fondation Cœur + AVC, les femmes sont deux fois moins portées que les hommes à faire de la réadaptation. « On m’a déjà proposé de participer à un programme, mais c’était trop loin de chez moi », indique Cendrine Mathews. La Fondation souligne justement que les femmes sont moins susceptibles que les hommes de se déplacer pour ces traitements. Elles sont aussi plus nombreuses à invoquer le manque de temps et les responsabilités familiales comme des obstacles à la réadaptation.

Des campagnes nationales annuelles, comme #TempsDeVoirRouge et Tout le monde en rouge, ont donc été mises en place pour favoriser une prise de conscience collective. Cendrine Mathews propose quant à elle d’afficher des messages clés sur la santé cardiaque un peu partout, comme cela se fait déjà pour le cancer du sein. « Il faut que le plus grand nombre de personnes possible parle de la santé cardiaque des femmes », approuve la Dre Christine Pacheco. 

>> À lire aussi: Bien manger pour la santé de vos artères, votre cœur et vos os

De nombreuses recherches en cours

À l’heure actuelle, les lignes directrices en matière de santé cardiovasculaire se basent à la fois sur des études cliniques qui comptent en moyenne deux tiers de participants masculins et sur des essais en laboratoire réalisés majoritairement sur des souris mâles. Cette surreprésentation du sexe masculin dans les études ne permet pas de distinguer d’éventuelles différences entre les sexes en matière de santé cardiaque. Maintenant que de récents travaux ont démontré que le cœur féminin n’est pas totalement pareil au cœur masculin, les projets de recherche destinés à améliorer la prévention, le diagnostic, les traitements et le suivi offerts aux femmes se multiplient au Canada, et ce, depuis une décennie.

Par exemple, l’Institut de cardiologie de Montréal (ICM) a lancé plusieurs initiatives de recherche en collaboration avec l’Hôpital Saint-Boniface, à Winnipeg. « Ce sont des projets à multiples facettes qui s’intéressent entre autres aux interactions entre les gènes et le sexe sur le plan cardiovasculaire, à la réaction des femmes aux médicaments de prévention, aux spécificités de l’insuffisance cardiaque chez la femme ainsi qu’au lien entre les hormones sexuelles et les arythmies cardiaques », précise le Dr Jean-Claude Tardif, directeur du Centre de recherche de l’ICM.

À Ottawa, la Dre Thais Coutinho se penche notamment sur les différences dans le vieillissement et la santé des artères selon le sexe des individus, de même que sur leurs nombreuses répercussions. Le Centre canadien de santé cardiaque pour les femmes, qu’elle dirige, coorganise aussi tous les deux ans – avec la Fondation Cœur + AVC – le Sommet canadien sur la santé cardiaque des femmes, l’un des plus grands rassemblements mondiaux de spécialistes du domaine.

chiffre-20-minutes

une Canadienne meurt d’une maladie cardiovasculaire.
Source : Fondation Cœur + AVC. 

>> À lire aussi: Comment faire baisser votre taux de cholestérol

CORRECTION 24/09/2019: Cet article a été modifié afin de faire trois corrections concernant le témoignage de Mme Cendrine Mathews : 

• Il s'est écoulé deux ans et demi entre l'infarctus et l'administration du traitement approprié, et non entre l'infarctus et le diagnostic approprié.

• La version originale de l'article laissait entendre à tort que les médecins consultés après l'infarctus savaient que Mme Mathews avait déià fait de l'anxiété.

• Nous avons aussi corrigé la graphie du nom de famille de Cendrine Mathews.

Ajouter aux favoris
Ajouter aux favoris

Pour suivre toutes les mises à jour et nouveautés sur cet article, vous devez être connecté.

Santé et alimentation

Commentaires 0 Masquer

L'envoi de commentaires est un privilège réservé à nos abonnés.

Il n'y a pas de commentaires, soyez le premier à commenter.