Dans ma pratique, je rencontre régulièrement des clients qui me présentent leurs actifs avec fierté : un REER à la Banque A, un CELI à la Caisse B, un compte non enregistré chez un courtier en ligne, et quelques fonds dans une compagnie d’assurance. Quatre institutions. L’impression d’être bien organisé. Pourtant, à y regarder de plus près, tous ces comptes détiennent sensiblement les mêmes types de placements (des fonds équilibrés à 60 % d’actions, 40 % d’obligations) et les frais de gestion s’accumulent sans que les clients profitent d’un rabais lié au volume d’actifs. C’est ce qu’on appelle l’éparpillement, et c’est bien différent de la diversification.
Ce qu’est vraiment la diversification
La diversification, c’est réduire le risque en répartissant ses investissements entre des actifs qui ne réagissent pas de la même façon aux conditions du marché. En pratique, cela signifie investir dans différentes classes d’actifs (actions, obligations, immobilier, liquidités), dans plusieurs régions géographiques (Canada, États-Unis, marchés émergents) et dans divers secteurs économiques (technologie, santé, énergie, finance).
Un exemple concret : quand le prix du pétrole monte fortement, comme ce fut le cas en 2021-2022 après la reprise post-COVID, les entreprises pétrolières, par exemple Canadian Natural Resources, voient leurs profits exploser. À l’inverse, les compagnies aériennes comme Air Canada souffrent, car le carburant représente leur principal coût d’exploitation. Un investisseur qui détient des actions dans ces deux secteurs voit donc une partie des gains compenser les pertes ailleurs. C’est exactement ce que la diversification cherche à accomplir.
L’objectif est simple : quand un secteur chute, un autre peut tenir bon ou progresser. C’est ce principe qui amortit les turbulences dans un portefeuille.
Selon l’Autorité des marchés financiers (AMF), la diversification est l’un des piliers fondamentaux de toute stratégie d’investissement saine. Ce n’est pas une opinion, c’est une réalité mathématique documentée depuis les travaux du prix Nobel Harry Markowitz dans les années 1950.
L’éparpillement : quand la multiplication devient un problème
L’éparpillement, lui, c’est la multiplication des institutions ou des comptes sans logique de complémentarité. On croit se diversifier, mais, en réalité, on reproduit les mêmes placements à plusieurs endroits.
Le premier piège est la fausse impression de sécurité. Détenir quatre fonds équilibrés dans quatre institutions différentes, c’est toujours un seul et même type de risque, simplement morcelé. Si les marchés boursiers plongent, tous ces fonds plongeront en même temps.
Le deuxième piège, souvent moins visible, est celui des frais. Regrouper ses actifs sous un même toit peut permettre d’accéder à des séries de fonds moins coûteuses ou à des structures tarifaires plus avantageuses. Économiser seulement 0,5 % en frais annuels sur une période de 20 ans peut représenter des dizaines de milliers de dollars supplémentaires dans votre poche à la retraite. Un écart qui paraît minime à court terme, mais qui devient important avec le temps.
Le troisième piège est la complexité inutile. Plus vous faites affaire avec plusieurs institutions, plus la vue d’ensemble est difficile à maintenir. Votre répartition réelle entre actions et obligations devient floue, votre rééquilibrage est ardu, et vos conseillers n’ont qu’une vision partielle de votre situation.
Comment distinguer les deux
La bonne question à se poser n’est pas « Avec combien d’institutions fais-je affaire ? », mais bien « Mes actifs se complètent-ils vraiment ? ». Un portefeuille correctement diversifié peut très bien tenir dans une seule institution, pourvu que les classes d’actifs, les régions et les secteurs soient bien représentés.
À l’inverse, avoir des comptes partout ne garantit rien si leur contenu est uniforme.
Faire le bilan
Si vous n’avez jamais dressé la liste complète de vos placements, institution par institution, produit par produit, c’est le bon moment de le faire. Demandez à un conseiller en services financiers de consolider cette vision globale. Il pourra identifier les doublons, évaluer vos frais réels et s’assurer que votre répartition est cohérente avec votre profil d’investisseur.
Diversifier intelligemment, c’est coordonner. Éparpiller, c’est accumuler. La nuance est mince, mais son impact sur votre patrimoine peut être considérable.