Prévoir ses funérailles : les préarrangements sont-ils avantageux ?
Jean-Sébastien Jutras | 04 août 2026, 08h33
Prévoir ses funérailles n’est pas un sujet agréable, mais cette décision peut éviter bien des soucis à vos proches. Les préarrangements funéraires permettent de fixer vos volontés et de bloquer les coûts, à condition de bien comprendre leurs avantages et leurs limites.
Un préarrangement funéraire permet de déterminer soi-même le type de cérémonie, les rituels, le mode de disposition du corps et le budget qui y sera consacré. Selon la Corporation des thanatologues du Québec, planifier longtemps à l’avance, c’est éviter aux proches d’avoir à prendre des décisions importantes dans un moment déjà chargé d’émotions, sans pouvoir valider ce que la personne décédée aurait souhaité. C’est là, à mon avis, le véritable avantage financier de la démarche : elle évite des choix précipités, parfois coûteux, faits sous le coup du deuil.
Geler le prix aujourd’hui, ou investir pour payer plus tard ?
Sur le plan strictement financier, les sommes versées pour un préarrangement doivent être déposées en fiducie. La loi encadrant ces contrats exige qu’au moins 90 % des sommes prépayées soient placées en fiducie dans les 45 jours suivant le paiement. Les intérêts générés, appliqués selon l’Indice des prix à la consommation, servent ensuite à absorber la hausse future des coûts. Ainsi, les services inclus au contrat initial n’entraînent généralement aucun coût supplémentaire au moment du décès, même des décennies plus tard.
Dominic Bouchard, vice-président de la maison funéraire FX Bouchard, résume bien le principe : « Préarranger, c’est essentiellement geler le prix d’aujourd’hui pour un service qui sera rendu dans plusieurs années. » Sur des périodes de 20 à 25 ans, les hausses observées sont importantes : des rituels funéraires incluant la location de la salle qui coûtaient environ 1 500 $ en 2002 avoisinent aujourd’hui les 4 000 $, soit une progression d’environ 100 $ par année. Les hausses sont parfois plus marquées encore du côté des grandes entreprises funéraires, où des services funéraires sont passés de 5 000 $ à 15 000 $ sur une période comparable.
Si les coûts funéraires augmentent essentiellement au rythme de l’inflation, il est possible, en théorie, de faire mieux que la protection offerte par le gel de prix en plaçant soi-même les sommes équivalentes. Mais cette stratégie exige une discipline réelle : des cotisations régulières, année après année, et un profil d’investisseur qui va d’équilibré à audacieux, capable de tolérer les fluctuations des marchés sur un horizon de 20 à 25 ans. Le préarrangement demeure malgré tout un outil intéressant de gestion du risque. À l’image d’une assurance, il élimine l’incertitude, retire une décision financière des mains de proches en deuil et contribue au respect des volontés de la personne décédée.
Le testament n’est pas le bon endroit pour vos volontés funéraires
Il s’agit probablement de l’une des confusions les plus coûteuses en planification successorale : croire que le testament réglera également les questions funéraires. Annie Saint-Pierre, la directrice générale de la Corporation des thanatologues du Québec, est catégorique sur ce point : le testament est un document essentiel, mais ce n’est tout simplement pas le bon véhicule pour exprimer ses volontés funéraires. Et le problème n’est pas qu’une question de principe, il est purement chronologique.
Dans les faits, le testament est obligatoirement lu après les funérailles, jamais avant. Le liquidateur, lui-même en deuil, doit d’abord procéder à une recherche testamentaire obligatoire pour retrouver et prouver la véracité du dernier testament, puis le faire vérifier ou homologuer, avant de coordonner un moment pour en faire la lecture avec l’ensemble des héritiers. Ce processus prend fréquemment plusieurs semaines. Pendant ce temps, quelqu’un doit déjà avoir choisi entre l’inhumation et la crémation, désigné une entreprise funéraire, arrêté une date de cérémonie. Ces décisions ne peuvent tout simplement pas attendre l’ouverture du testament, même si c’est justement là que reposaient les dernières volontés de la personne décédée. Autrement dit, même si vous inscrivez vos volontés funéraires dans votre testament, cette précaution est pratiquement inutile : au moment où le document sera ouvert, toutes les décisions auront déjà été prises.
Le testament règle la transmission du patrimoine : qui hérite de quoi, dans quelles proportions, selon quelles conditions. Il n’a jamais été conçu comme un outil de communication urgente. Vos volontés funéraires doivent plutôt être consignées dans un contrat de préarrangement, ou à tout le moins être connues et discutées de votre vivant avec la ou les personnes qui devront agir en votre nom. C’est une distinction simple, mais qui échappe encore à une bonne partie de la population et qui explique bien des malentendus vécus par les familles en deuil.
Un exemple qui aurait pu être évité
J’ai vu ce scénario se produire chez un client. Aucun préarrangement n’avait été fait et aucune discussion n’avait eu lieu avec ses enfants sur ses dernières volontés. Ceux-ci ont organisé une crémation et une petite cérémonie sobre, à leur image. Quelques semaines plus tard, à la lecture du testament, ils ont découvert en annexe que leur père souhaitait être enterré auprès de ses parents et voulait une grande fête pour célébrer sa vie, à l’image de sa personnalité. Le mal était fait. Une conversation de dix minutes ou un contrat de préarrangement aurait suffi à éviter ce malaise.
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