Les arbres ont un impact sur votre portefeuille
Stéphanie Perron | 14 juillet 2026, 11h53
Trop souvent, on associe les demandes pour planter davantage d’arbres à des revendications de militants écologistes. Pourtant, les arbres ont un impact concret et positif sur nos finances personnelles.
Imaginez qu’en vous promenant dans votre quartier, vous ayez l’impression de traverser un stationnement de centre commercial en plein midi, au cœur de l’été. C’est ce qu’on appelle un îlot de chaleur. Et c’est le quotidien des gens qui vivent dans des quartiers où les arbres sont rares.
Ce sujet était au menu de l’émission de radio Points de repère, animée par Rose-Aimée Automne T. Morin, à Radio-Canada. Avec la journaliste Megan Foy, j’y explique pourquoi le manque d’arbres dans certains quartiers n’est pas seulement une question environnementale : c’est aussi un enjeu économique. Parce que moins il y a d’arbres, plus il fait chaud. Et cette chaleur finit par coûter cher.
Pour en savoir plus, écoutez cet extrait de l’émission ou lisez ce qui suit.
- À ma gauche, la journaliste Megan Foy, et à ma droite, l’animatrice Rose-Aimée Automne T. Morin, lors de mon passage à l’émission.
La chaleur coûte cher
D’abord, la chaleur a un coût pour les contribuables. Les personnes qui vivent dans des quartiers où les arbres sont rares sont davantage à risque de souffrir d’un coup de chaleur ou d’autres complications liées à la chaleur suffocante. Résultat : plus d’hospitalisations et une facture plus élevée pour le système de santé.
La chaleur a aussi un coût concret pour les citoyens. Quand le soleil nous tape sur la tête et qu’il n’y a pas un seul arbre pour faire de l’ombre, on est beaucoup plus tenté de prendre sa voiture ou un taxi plutôt que de marcher. L’absurde conséquence de cela, c’est qu’on dépense de l’argent pour parcourir une distance qu’on serait normalement capable de faire à pied.
Et évidemment, plus il fait chaud, plus on climatise les lieux. On achète des climatiseurs, on les fait fonctionner davantage, et au bout du compte, la facture d’électricité grimpe.
- Un classique pour illustrer les inégalités sociales : à gauche, la ville de Mont-Royal, surtout peuplée par des gens bien nantis, et à droite, le quartier montréalais Parc-Extension, où vivent des familles à faible revenu. Photo : earth.google.com
Petits commerces de quartier
L’absence d’arbres a aussi un impact sur le commerce local. Je peux en témoigner : j’habite sur une rue où les arbres sont rares et je vois le dépanneur du coin depuis mon balcon… mais je n’y vais jamais à pied l’été, car le trajet est tellement exposé au soleil que j’ai l’impression de marcher dans un stationnement à 40 °C. Résultat : l’été, je n’y dépense pas mon argent !
Et que dire de la belle piste cyclable qui longe ma rue. Beaucoup d’argent public a été investi dans cette infrastructure. Or, elle demeure largement sous-utilisée, car – surprise ! – peu de gens ont envie de sentir leur peau brûler au soleil en l’absence d’ombre. L’argent investi perd ainsi une partie de son potentiel, la municipalité n’ayant pas intégré, sur le trajet, des arbres qui auraient favorisé l’utilisation de la piste.
Parenthèse ici : une autre piste cyclable longera un nouveau boulevard actuellement en construction. Devinez où seront plantés les arbres ? Entre les deux voies de circulation automobile, plutôt que le long de la piste cyclable, laissant ainsi les cyclistes exposés en plein soleil.
Infrastructure naturelle
Ce ne sont là que quelques exemples. Car les conséquences économiques du manque d’arbres ne s’arrêtent pas là. Les maisons situées dans des quartiers avec peu d’arbres valent moins cher. La chaleur suffocante réduit la productivité des travailleurs. Et les quartiers dépourvus d’arbres sont moins attrayants pour les touristes.
Bref, on n’y pense pas, mais les arbres sont une infrastructure naturelle qui fournit gratuitement des services, comme l’ombre et la fraîcheur. S’ils ne sont pas là, cela engendre des coûts indirects… pour tout le monde !
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