Aider un proche qui vit une fraude : comprendre avant de convaincre
Audrey Potz | 17 juin 2026, 15h03
Quand un proche est pris dans l’engrenage d’une fraude, l’instinct est souvent de lui faire entendre raison. Mais cette approche risque de lui nuire davantage. Voici comment l’accompagner sans briser votre lien.
Lorsqu’un proche est victime d’une fraude, votre premier réflexe est probablement de vouloir lui ouvrir les yeux le plus rapidement possible.
« C’est évident que c’est une fraude. »
« Arrête de lui parler ! »
« Comment peux-tu encore y croire ? »
Bien que normales, ces réactions sont néfastes.
Quand vous voyez une personne que vous aimez vivre une situation qui semble frauduleuse, vous voulez la protéger avant que les conséquences s’aggravent. Mais, dans plusieurs cas, la mettre au pied du mur ne fonctionne pas. Au contraire, cette approche peut pousser la personne à se refermer encore plus sur elle-même.
Pourquoi votre proche continue d’y croire
Le problème, c’est que votre proche ne voit pas nécessairement la situation comme une fraude. Pour lui, il peut s’agir d’une vraie relation, d’une occasion légitime d’investissement ou d’un individu avec lequel il a établi un lien de confiance ; dans tous les cas, il a parfois investi beaucoup de temps, d’énergie et d’argent.
Admettre qu’il s’agit d’une fraude peut être difficile, déchirant. Cela implique de reconnaître qu’on a été manipulé ou trompé. Plusieurs personnes victimes ressentent alors de la honte, de la culpabilité ou un fort sentiment d’humiliation.
Elles peuvent même défendre le fraudeur, minimiser les signaux d’alerte ou éviter les conversations sur le sujet. Plus les échanges deviennent tendus, plus votre proche peut se détourner de vous et se rapprocher du fraudeur, qui apparaît parfois comme la seule personne qui le comprenne encore.
La personne victime peut sentir que vous remettez la relation ou toute l’histoire en question, et avoir l’impression que c’est elle que vous attaquez.
Comment aborder la situation
Cela ne veut pas dire qu’il faut éviter le sujet. Poser des questions ouvertes, écouter sans juger et laisser de l’espace à la réflexion peut être plus aidant que de raisonner la personne.
Préserver votre relation devient alors prioritaire. Par exemple, vous pouvez demander :
« Est-ce qu’il y a des éléments qui t’ont déjà rendu mal à l’aise ? »
« Si une amie vivait la même situation, qu’est-ce que tu lui dirais ? »
L’objectif n’est pas de provoquer une prise de conscience immédiate, mais plutôt d’aider la personne à poser un regard critique sans se tenir sur la défensive.
Quand c’est vous qui êtes épuisé
Même en adoptant cette approche, la démarche reste longue et exigeante. S’efforcer de convaincre une personne qu’elle est victime de fraude peut être éprouvant. Vous pouvez ressentir de la colère, de l’impuissance, de l’anxiété ou une grande fatigue émotionnelle.
Avec le temps, certains proches finissent par s’oublier eux-mêmes. Lorsque toute votre énergie est absorbée par la situation, il devient difficile de rester calme, patient et présent pour l’autre.
Prendre soin de soi pour pouvoir aider
Prendre soin de soi est important pour préserver votre capacité à être là pour votre proche. Cela peut vouloir dire prendre temporairement de la distance lors de discussions trop intenses, accepter le fait de ne pas pouvoir contrôler les décisions de l’autre, ou aller chercher du soutien pour vous-même.
Gardez aussi en tête que la prise de conscience de votre proche risque d’être graduelle. Souvent, ce qui aide le plus à long terme, ce n’est pas de réussir à le convaincre immédiatement, mais plutôt de préserver à la fois le lien avec votre proche et votre propre équilibre émotionnel.
Vous n’avez pas à traverser cela seul. Si vous ou un proche avez besoin d’accompagnement, visitez le site de la Clinique de cyber-criminologie de l’Université de Montréal ou appelez au 438 901-4395.