Se faire passer des hybrides pour des électriques

Daniel Rochefort | 02 juin 2026, 13h34

Hybride, électrifié, électrique : les mots se brouillent et la confusion profite au marketing. Or, tous les véhicules dits « hybrides » ne participent pas à la transition énergétique.

Certains constructeurs et commentateurs de l’industrie automobile font de l’écoblanchiment (greenwashing) lorsqu’ils parlent de véhicules « électrifiés ». Les appellations « électrifié » ou « électrique » se multiplient lorsqu’il est question de véhicules hybrides légers (mild hybrids) et d’hybrides conventionnels.

Les marques qui proposent des véhicules hybrides en font un argument de vente imparable : profiter des avantages de l’électrique, sans même avoir besoin de recharger son auto. Résultat : il s’installe une réelle confusion chez les consommateurs. Cette confusion risque d’avoir des conséquences importantes sur les politiques publiques et sur la lutte aux changements climatiques.

L’hybride non rechargeable, un véhicule non électrifié

Il est fondamental de comprendre que les véhicules hybrides non rechargeables (dits « conventionnels ») n’ont rien à voir avec des véhicules électriques, car ils roulent 100 % du temps grâce à l’essence. Jamais grâce à l’électricité du réseau.

Démêlons donc les appellations des véhicules hybrides non rechargeables :

Le véhicule hybride léger (mild hybrid)

Un véhicule à essence très légèrement amélioré, avec une économie de carburant d’au plus 10 %. Une petite batterie 48 V et un démarreur-moteur assistent le moteur pour le « start & stop » et l’accélération. Qu’on les appelle MHEV, eAssist, EQ Boost ou eTSI, ils restent des véhicules à essence.

Le véhicule hybride (hybrid electric vehicle ou HEV)

C’est un véhicule à essence grandement amélioré, mais aucunement électrique. L’économie de carburant est d’au plus 50 %. Il peut avancer en mode électrique à très basse vitesse (moins de 25 km/h) et récupérer un peu d’énergie au freinage, mais cette électricité est toujours générée par le moteur à essence. Vous entendrez le moteur démarrer un peu n’importe quand. De façon ponctuelle, le véhicule peut même consommer plus d’essence puisque son moteur doit à la fois le faire avancer et charger la batterie.

Certes, l’hybride peut être un moindre mal lorsque l’électrification est plus difficile, par exemple pour les citadins en multilogement sans accès à une borne privée, ou pour ceux vivant dans des régions très éloignées moins bien desservies par les réseaux de recharge publics, mais il n’offre pas les avantages concrets du véhicule rechargeable (VHR ou VE).

Qu’est-ce qui constitue un véhicule électrique ?

Petit truc : dès qu’on peut brancher un véhicule pour le recharger, celui-ci rentre dans la catégorie des véhicules rechargeables et sera immatriculé par la SAAQ avec une plaque verte. Si on essaie de vous vendre un véhicule « électrique » qui n’a pas de port de recharge, ce n’est pas un véhicule électrifié !

Le véhicule hybride rechargeable (VHR)

Un véhicule hybride rechargeable possède un moteur électrique de même qu’un moteur à combustion. Comme l’autonomie varie de 20 à 85 km selon le modèle, les déplacements quotidiens peuvent aisément se faire en mode 100 % électrique. Une fois l’autonomie électrique épuisée, le véhicule fonctionne à l’essence, comme un hybride conventionnel. Les frais d’entretien d’un VHR se trouvent réduits avec des changements d’huile moins fréquents, surtout si on maximise l’utilisation de l’électrique.

Le véhicule 100 % électrique (VE)

Un véhicule 100 % électrique est uniquement alimenté par un moteur électrique, ce qui permet de réduire les coûts énergétiques, les frais d’entretien et de rouler sans émettre de gaz à effet de serre (GES). L’autonomie des VE peut varier grandement d’un modèle à l’autre, mais on trouve de plus en plus de modèles ayant de 400 à 500 km d’autonomie.

Les avantages concrets des véhicules rechargeables

Rouler avec un véhicule hybride rechargeable ou 100 % électrique offre des bénéfices majeurs, dont voici les principaux :

Impact environnemental minimal au Québec : l’hydroélectricité émet très peu de CO2 et permet une réduction de 80 % des émissions de GES durant la vie utile du véhicule, comparativement à un modèle à essence.

Économies réelles et prévisibles : rouler électrique coûte environ 2 $/100 km au Québec, soit huit fois moins cher qu’avec un véhicule à essence. Les économies sur l’entretien sont importantes. De plus, une étude de l’Université du Michigan a conclu que les VE d’occasion affichent le coût total d’utilisation le moins élevé du marché, sans exception.

• Plaisir, santé et confort de conduite : conduire un VE, c’est très agréable ! Le VE offre une réponse instantanée, une meilleure tenue de route et une conduite beaucoup plus silencieuse qu’un véhicule à essence. Fini les fuites de gaz d’échappement quand le véhicule vieillit, l’odeur d’essence et le risque d’inhaler des vapeurs cancérigènes à la pompe.

• Toujours plein chaque matin et au chaud : la recharge se fait à la maison, la nuit, pour la majorité des électromobilistes, ce qui permet de partir chaque matin avec une batterie pleine. On peut aussi préchauffer ou climatiser la voiture sans polluer et sans réduire l’autonomie du véhicule s’il est branché.

Passer à l’électrique en 2026, c’est une option tout à fait réaliste pour la plupart des Québécois. Le réseau de recharge est étendu et l’offre de modèles est diversifiée, certains étant maintenant plus abordables que les modèles à essence équivalents.

À cet effet, la campagne Roulons électrique d’Équiterre propose un catalogue de véhicules électriques en ligne qui inclut les prix et les subventions actuellement en vigueur.

L’enjeu politique qui nous concerne tous

La question de l’hybride non rechargeable va au-delà de la sémantique : elle est éminemment politique. La norme québécoise sur les VZE (véhicules zéro émission) oblige les manufacturiers à augmenter leur offre de VE au Québec, mais le lobby automobile a bataillé avec acharnement pour que les véhicules hybrides non rechargeables soient inclus depuis août 2025.

Au niveau fédéral, l’entente Canada-Chine sur l’importation de véhicules « électriques » chinois inclut aussi les hybrides non rechargeables. Cela constitue un risque bien réel, car en Europe, les hybrides conventionnels chinois ont représenté la moitié des ventes de ces véhicules en 2025.

Équiterre a tiré, dernièrement, la sonnette d’alarme auprès du gouvernement du Canada. Cette inclusion des hybrides dans la définition des véhicules électriques menace la transition énergétique. En incitant les constructeurs à privilégier l’hybride pour satisfaire leurs quotas, cette inclusion pourrait freiner la décarbonation des transports et maintenir notre dépendance collective à l’essence plus longtemps que nécessaire.

L’hybride conventionnelle : une voiture à essence, point final !

Ne vous laissez plus berner par des appellations marketing qui cherchent à vous embrouiller. Si vous optez pour l’hybride non rechargeable comme nouveau véhicule, votre choix ‒ tout de même légitime ‒ ne participe pas à la transition énergétique et à la lutte aux changements climatiques.

L’hybride non rechargeable n’est que l’étape ultime d’amélioration du moteur à essence. Il n’est pas un véhicule de transition vers l’électrification : il ne fait que prolonger notre dépendance aux combustibles fossiles.

Pour profiter des avantages de l’électrification, il faut plutôt se tourner vers des véhicules rechargeables à partir du réseau électrique. Et c’est beaucoup plus facile et accessible que certains pourraient le croire…

Il est temps que les décideurs, les chroniqueurs et les vendeurs d’automobiles n’acceptent plus ce discours d’écoblanchiment qui associe les hybrides à des véhicules « électrifiés », car la véritable électrification est en marche partout dans le monde, à vitesse grand V, et elle est l’un des plus grands espoirs pour la réduction de la dépendance au pétrole et pour la lutte aux changements climatiques.