Finfluenceurs : entre éducation et prospection déguisée
Jean-Sébastien Jutras | 29 mai 2026, 16h00
Votre fil Instagram regorge de conseils financiers percutants. Mais, derrière la vidéo, qui cherche vraiment à vous aider ?
Vous avez probablement déjà vu passer une courte vidéo Facebook ou Instagram, dans laquelle on vous explique d’un ton assuré et avec des graphiques à l’appui que votre fonds de pension RREGOP est « une arnaque », que vous devriez absolument souscrire une assurance vie avec participation, ou encore prendre votre rente du RRQ dès 60 ans pour « faire travailler votre argent ».
Bienvenue dans l’univers des finfluenceurs.
Un modèle d’affaires qu’il faut comprendre
Derrière ces contenus, l’objectif n’est pas toujours l’éducation financière : il est souvent de récolter votre nom et votre consentement. Une fois le formulaire rempli, un conseiller vous contacte pour vous présenter des stratégies « légales mais peu connues ». La suite ressemble davantage à une présentation de vente qu’à un plan financier personnalisé.
Rappelons une vérité simple : rien n’est gratuit. Si le contenu est gratuit, c’est souvent que vous êtes le produit.
Certains finfluenceurs sont des représentants inscrits à l’Autorité des marchés financiers (AMF), donc soumis à un encadrement réglementaire et à des obligations envers leurs clients. D’autres, en revanche, ne le sont pas, et ils orientent généralement leur auditoire vers des produits non réglementés, dont les cryptomonnaies, avec une promesse de rendements spectaculaires. Cela dit, l’inscription à l’AMF n’est pas une garantie de neutralité : un représentant inscrit peut tout à fait créer du contenu orienté vers des produits qui l’avantagent plus que vous.
Quand le conseil contient une part de vérité
Ce qui rend ces vidéos efficaces, c’est qu’elles ne sont pas toujours fausses. Il arrive effectivement qu’un transfert du Régime de retraite du personnel employé du gouvernement et des organismes publics (RREGOP) vers une institution financière soit pertinent, même si c’est rare. Une assurance vie avec participation peut s’avérer un outil utile dans certaines situations précises. Et reporter ou devancer la rente du Régime de rentes du Québec (RRQ) peut être la bonne décision selon votre profil.
Le problème n’est pas le sujet abordé, mais plutôt la généralisation. Une stratégie présentée comme universellement avantageuse dans une vidéo de 90 secondes ignore ce qui devrait toujours primer : votre situation personnelle.
Ce que vous devriez exiger avant toute décision
Si un conseiller rencontré via ce type de contenu vous propose de modifier votre régime de retraite, de contracter une assurance ou de restructurer vos revenus, demandez systématiquement :
- un plan écrit et chiffré, pas une présentation verbale ;
- la démonstration de la rentabilité, avec les hypothèses clairement expliquées (taux de rendement supposé, taux d’imposition, durée, etc.) ;
- une comparaison avec le statu quo, c’est-à-dire votre situation actuelle comme scénario de référence ;
- la confirmation que le conseiller est inscrit à l’AMF (vérifiable directement sur le registre public de l’AMF à lautorite.qc.ca).
Un bon conseiller n’hésitera pas à vous remettre tout cela par écrit. S’il esquive vos demandes, c’est un signal.
Il existe aussi du contenu de qualité
Il serait injuste de mettre tous les finfluenceurs dans le même panier. Plusieurs conseillers inscrits produisent du contenu éducatif rigoureux, dans un but commercial assumé, certes, mais avec une réelle valeur pour le public. J’ai en tête plusieurs noms de professionnels qui vulgarisent honnêtement des concepts complexes, qui nuancent leurs propos et qui incitent à consulter avant d’agir.
La différence se reconnaît assez facilement : un contenu de qualité soulève des questions, un contenu de prospection vous donne des certitudes.
Avant de remplir un formulaire ou de rappeler un numéro au bas d’une vidéo, posez-vous une question simple : est-ce qu’on m’explique, ou est-ce qu’on me vend quelque chose ?