Le risque de ne pas prendre de risque avec ses placements
Jean-Sébastien Jutras | 13 mars 2026, 14h27
Et si le vrai risque en placement était… d’en prendre trop peu ? À vouloir tout miser sur la sécurité, vous pouvez freiner la croissance de votre épargne et compromettre vos objectifs financiers à long terme.
Quand il est question de placements, le mot « risque » fait souvent peur. Beaucoup d’épargnants cherchent avant tout à protéger leur argent et choisissent des produits très sécuritaires : comptes d’épargne, certificats de placement garantis ou placements à capital protégé. Cette prudence peut sembler logique. Après tout, personne n’aime voir la valeur de ses placements fluctuer. Pourtant, cette recherche absolue de sécurité peut elle-même représenter un risque important : celui de ne pas atteindre ses objectifs financiers.
La relation incontournable entre risque et rendement
En matière d’investissement, il existe une relation bien connue : plus un placement est sécuritaire, plus son rendement potentiel est limité. À l’inverse, les placements qui offrent un potentiel de rendement plus élevé comportent généralement davantage de fluctuations à court terme. Cette réalité n’est pas une règle arbitraire : elle reflète simplement la manière dont les marchés fonctionnent. Les investisseurs exigent une compensation pour accepter l’incertitude.
Le problème survient lorsque l’on tente d’éliminer presque tout risque de son portefeuille. En choisissant uniquement des placements très prudents, il devient souvent difficile de faire croître suffisamment son épargne pour financer des objectifs à long terme, comme la retraite ou le maintien de son niveau de vie. À première vue, votre capital semble protégé. Mais, à long terme, la situation peut être moins rassurante.
L’inflation, un risque souvent oublié
Un des facteurs les plus souvent sous-estimés est l’inflation. L’augmentation graduelle du coût de la vie agit comme un voleur silencieux : elle réduit votre pouvoir d’achat au fil des années. Si votre épargne génère un rendement trop faible, elle peut perdre de la valeur en termes réels, même si le montant sur votre relevé ne diminue jamais.
Prenons un exemple simple. Supposons qu’une personne conserve la majorité de son épargne dans des placements très sécuritaires qui rapportent environ 2 % par année, alors que l’inflation moyenne est de 3 %. Sur papier, l’épargne semble progresser. En réalité, son pouvoir d’achat diminue lentement mais sûrement. Après plusieurs années, cette différence peut représenter une perte importante.
Si vous ne prenez pas de risque, vous devrez épargner davantage
Voici une réalité qu’on mentionne trop rarement : si vous choisissez une stratégie de placement très prudente, vous devrez presque toujours compenser ailleurs. Et cette compensation se fait généralement par l’épargne.
Autrement dit, moins vos placements génèrent de rendement, plus vous devrez mettre de l’argent de côté chaque mois ou chaque année pour atteindre le même objectif. L’équation est simple : si votre argent ne travaille pas beaucoup pour vous, c’est vous qui devrez travailler davantage pour votre argent.
Prenons un exemple. Deux personnes souhaitent accumuler le même capital pour leur retraite. Si l’une investit dans des placements très sécuritaires qui génèrent peu de rendement, elle devra épargner beaucoup plus que l’autre pour arriver au même résultat. À long terme, cette différence peut représenter des dizaines de milliers, parfois même des centaines de milliers de dollars supplémentaires.
Refuser tout risque n’élimine donc pas le risque : cela le déplace. Au lieu d’affronter la volatilité des marchés, vous prenez le risque de devoir épargner beaucoup plus, de repousser votre retraite ou de réduire votre niveau de vie plus tard.
Le risque dépend aussi de l’horizon de placement
Il faut aussi rappeler que le risque en placement ne se mesure pas uniquement à court terme. Les marchés peuvent connaître des périodes de volatilité, parfois même des baisses importantes. Mais historiquement, les placements diversifiés comportant une portion d’actions ont offert des rendements supérieurs sur de longues périodes. Pour les investisseurs ayant un horizon de placement de dix, vingt ou trente ans, cette perspective change souvent la manière d’évaluer le risque.
La vraie question devient alors : quel niveau de risque est nécessaire pour atteindre vos objectifs ? Trop de prudence peut être aussi problématique qu’un excès d’audace. Dans un cas, vous risquez de voir votre épargne croître trop lentement ; dans l’autre, vous vous exposez à la volatilité.
Comparez les scénarios plutôt que de deviner
Si vous hésitez entre différentes approches, il existe une façon simple d’y voir plus clair. Faites préparer un plan de retraite avec deux scénarios : l’un basé sur un portefeuille très prudent, l’autre sur une stratégie un peu plus dynamique. Vous pourrez comparer concrètement les résultats : le revenu de retraite possible, la probabilité d’épuiser votre capital et la marge de manœuvre en cas d’imprévu.
Souvent, ces simulations révèlent une réalité que plusieurs épargnants soupçonnent déjà : éviter tout risque peut sembler rassurant à court terme, mais cela peut aussi limiter sérieusement vos possibilités à long terme. Parfois, le véritable risque n’est pas la volatilité des marchés, mais le fait de choisir une stratégie trop sécuritaire pour atteindre ses objectifs.