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Les bienfaits (et les limites) de la zoothérapie

Par Catherine Meilleur

De plus en plus populaire, la zoothérapie est utilisée dans divers contextes comme l’ergothérapie, le travail social et l’éducation spécialisée. Voyage au cœur d’une discipline qui fonctionne bien pour certains, mais dont les bases ne sont pas encore clairement établies.

Flavie Lavoie, 16 ans, a senti un mur s’écrouler entre elle et sa psychologue depuis que des animaux participent à leurs séances. «Au début des rencontres j’avais beaucoup de difficulté à communiquer avec ma psychologue, mais c’est devenu plus facile quand elle m’a proposé de faire des exercices à l’extérieur avec des chevaux, plutôt que de parler dans un bureau.» Flavie s’est notamment prêtée à un exercice de rapprochement avec un cheval: «Je devais m’avancer petit à petit vers lui. Au début, il était distant, puis la connexion a fini par se faire. Vers la fin, je n’avais qu’à le regarder pour qu’il vienne vers moi. Ça m’a permis de me dire que j’étais capable de donner confiance [aux autres].»

De plus en plus populaire, la zoothérapie est utilisée dans divers contextes comme l’ergothérapie, le travail social et l’éducation spécialisée. L’organisme sans but lucratif Zoothérapie Québec offre ses services en institutions, surtout aux aînés en perte d’autonomie. «On travaille avec des gens qui ont eu un vécu difficile, qui sont affligés par la maladie, alors on leur propose des activités simples et concrètes pour qu’ils vivent des réalisations», dit la directrice clinique de l’organisme, Annie Bernatchez.

La zoothérapie vous intéresse ? Voyage au coeur d’une discipline qui fonctionne bien pour certains, mais dont les bases ne sont pas encore clairement établies.

Une discipline à définir

Depuis que le psychiatre américain Boris M. Levinson a jeté les bases de la zoothérapie dans les années 1950, les approches se multiplient. Si l’on vous propose une zoothérapie, il faut creuser: dans certains cas, il s’agit d’une simple activité, plutôt que de thérapie.

La Delta Society, un organisme américain qui travaille depuis une vingtaine d’années à standardiser cette discipline, encourage l’usage des termes «activités assistées par l’animal (AAA)» et «thérapie assistée par l’animal (TAA)» pour distinguer les deux champs d’intervention de la discipline. Les AAA, appelées zoo-animations dans le jargon de la Corporation des zoothérapeutes du Québec, visent surtout à motiver, à divertir ou à éduquer, sans présenter d’objectif d’intervention. La TAA se veut plutôt une intervention dirigée, comme celle dont a bénéficié Flavie Lavoie.

Cette dernière méthode concorde avec la vision de la psychologue Emmanuelle Fournier Chouinard, qui pratique la thérapie assistée par l’animal. «Cela suppose la présence de trois acteurs: une personne qui a besoin d’aide, un animal sélectionné pour ce travail et un intervenant formé dans le domaine. La prochaine étape sera de mettre la table pour qu’une belle relation entre un humain et un animal se tisse, mais ce n’est pas une fin en soi. Le but, c’est d’utiliser cette relation humain-animal pour atteindre des objectifs d’intervention.»

Mais attention : peu importe les termes utilisés, les données scientifiques manquent pour démontrer ou expliquer l’efficacité de la zoothérapie, même dans les cas de la maladie d’Alzheimer et de l’autisme. « Les données sont surtout anecdotiques. Il y a beaucoup de témoignages, mais peu d’études comprenant des mesures comparatives », atteste Régine Hétu, qui s’est penchée sur les effets de la zoothérapie sur la démence chez les personnes âgées dans le cadre de sa maîtrise en psychoéducation.

Néanmoins, pendant son stage de deux ans à Zoothérapie Québec, elle a pu constater que les gens âgés atteints de démence (à des degrés divers) manifestent davantage de comportements sociaux en contexte de zoothérapie.

Chez les enfants autistes, les effets de la zoothérapie ne se manifestent pas clairement, ajoute le Dr Laurent Mottron, titulaire de la Chaire de recherche Marcel et Rolande Gosselin en ­neurosciences cognitives fondamentales et appliquées du spectre autistique et professeur titulaire au département de psychiatrie de l’Université de Montréal. Or, bien que la zoothérapie ne modifie pas la façon dont l’autisme se manifeste, une simple interaction avec un animal pourrait avoir des effets insoupçonnés, selon une étude publiée en 2010 par une ­équipe de chercheurs de l’Université de ­Montréal.

Dans le cadre de cette recherche, la Fondation a prêté 42 chiens à des familles d’enfants autistes pendant quatre semaines. Des analyses de salive ont montré que les enfants avaient un taux de cortisol (une hormone de stress qui influence les zones du cerveau liées à l’apprentissage, à la mémoire et aux émotions) considérablement plus bas au terme de l’expérience que deux semaines avant et deux semaines plus tard. Ces résultats ont par ailleurs incité la Fondation Mira à mettre au point un nouveau programme destiné aux enfants souffrant d’un trouble envahissant du développement (TED).

Emmanuelle Fournier Chouinard, qui a aussi consacré son mémoire de maîtrise en psychologie à la zoothérapie, confirme qu’il y a encore peu d’explications. «On en est à l’étape de discriminer quels sont les ingrédients actifs de la zoothérapie. Est-ce que c’est la simple présence de l’animal ? Est-ce que c’est le fait d’inscrire ça dans une thérapie traditionnelle qui a fait ses preuves et que l’intégration de l’animal rend encore plus puissante?»

« Rien ne nous permet de dire que l’animal a “des compétences de thérapeute”, la capacité de décoder l’émotion, par exemple », ajoute Rose-Marie Charest, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec. «Je ne nie pas que les animaux puissent être sensibles aux émotions humaines, mais de là à en déduire que tel comportement d’un animal a tel sens pour telle personne dans tel contexte, ce serait exagéré.»

Qui est zoothérapeute?

L’utilisation des termes zoothérapie et zoothérapeute peut laisser croire qu’un intervenant possède des compétences en relation d’aide, ce qui n’est pas toujours le cas. «Les actes de zoothérapie ne sont pas protégés non plus. Donc un peu tout le monde peut s’improviser spécialiste dans le domaine», déplore Emmanuelle Fournier Chouinard, qui enseigne en Stratégies d’intervention en zoothérapie au Cégep de La Pocatière. Même l’entrée en vigueur du projet de loi 21 modifiant le Code des professions dans le domaine de la santé mentale et des relations humaines, prévue au printemps 2012, n’y changera rien. L’activité de psychothérapie et le titre de psychothérapeute seront désormais protégés. Mais quelqu’un qui se dit zoothérapeute pourra continuer de le faire, peu importe sa formation.

Pour l’instant, l’attestation d’études collégiales (AEC) de 585 heures au Cégep de La Pocatière est le seul programme reconnu par l’État. Au privé, des formations non réglementées se donnent aussi, mais elles peuvent durer aussi peu que 60 heures. «La zoothérapie n’est pas une profession à part entière, mais une forme d’intervention qui se greffe à un champ disciplinaire de base», ajoute Emmanuelle Fournier ­Chouinard. L’AEC du Cégep de La Pocatière accueille deux types d’étudiants: des professionnels de la santé et de la relation d’aide (psychologues, ergothérapeutes, etc.) qui veulent ajouter une corde à leur arc, et des non-professionnels qui veulent les assister. En tout temps, seuls les professionnels seront aptes à établir des diagnostics, à fixer des objectifs pour les patients et à élaborer des plans d’intervention.

«Si l’utilisation d’animaux en thérapie est faite dans les normes et que toutes les autres étapes de la psychothérapie sont respectées, l’Ordre n’aura rien à redire. Cela dit, la personne qui ne possède que cette formation ne remplira pas les critères qui permettent de porter le titre de psychothérapeute et de faire de la psychothérapie. L’attestation d’études collégiales en zoothérapie l’indique très bien», dit Rose-Marie Charest. En tout temps, il faut donc s’assurer que la thérapie est menée par un professionnel.

Trouver un intervenant

Rares sont les «vrais» thérapeutes qui pratiquent la zoothérapie au Québec. Pour les trouver, faites une recherche dans le Web. Vous pouvez aussi consulter le bottin de la Corporation des zoothérapeutes du Québec. Mais avant de choisir un praticien, posez-lui les questions suivantes:

• Quelle est votre formation? Il faut s’assurer que l’intervenant qui supervise la thérapie est un professionnel de la santé ou des relations humaines et qu’il possède également une formation en zoothérapie ou qu’il s’adjoint la collaboration d’une personne formée en zoothérapie. «On devrait absolument opter pour des praticiens qui détiennent une formation puisque, habituellement, ils possèdent les connaissances nécessaires en évaluation et en sélection de l’animal», affirme Josée Brunelle. Au Cégep de La Pocatière, Emmanuelle Fournier Chouinard enseigne notamment à ses étudiants de ne jamais laisser un patient seul avec un animal, et de toujours garder l’animal à l’œil, en laisse ou en cage. «Un enfant qui enlace un chien autour du cou pour lui transmettre de l’affection, c’est un comportement de primate. Pour le chien, c’est un geste soit d’accouplement, soit de domination. Les animaux vont le tolérer, parce qu’ils ont appris que c’est la façon d’entrer en relation avec nous. Toutefois, à la base, ce n’est pas de cette manière qu’un chien communique son affection.»

• Quel animal avez-vous choisi, et pourquoi? «Un intervenant compétent saura vous aider à éclaircir le motif de votre consultation et vous expliquer les possibilités de cette intervention avec l’animal tout comme ses limites, soutient Emmanuelle Fournier Chouinard. Il doit aussi vous préciser avec quel genre d’animal il travaille et quel bagage il possède à cette fin.»

• Avez-vous des assurances? «[Si l’intervenant] vous dit simplement que ses animaux sont tellement doux qu’ils ne mordent jamais, c’est louche», dit Emmanuelle Fournier Chouinard. Un thérapeute bien formé devrait savoir prévenir les situations dangereuses, explique Josée Brunelle: «Il reste qu’il est impossible d’affirmer que son animal n’aura jamais aucune réaction», en précisant que tous les membres de la Corporation ­souscrivent à une police d’assurances qui protège leurs clients des risques pouvant survenir dans le cadre des interventions.

• Avez-vous des références? «Pour en savoir plus sur un intervenant, vous pouvez demander des références à des établissements où celui-ci a fait de la zoothérapie, à la famille d’accueil des animaux avec lesquels il travaille, à un professionnel (psychologue, travailleur social, etc.) avec qui il collabore ou encore contacter la ­Corporation», explique la présidente de la Corporation des zoothérapeutes du Québec.

• Quel est votre tarif? Seuls les patients qui bénéficient d’une thérapie assistée par l’animal dans un établissement de santé public n’ont pas à payer pour ce service, puisqu’il fait partie de leur traitement. Au privé, attendez-vous à payer un peu plus cher que pour une thérapie plus traditionnelle, les animaux devant être nourris, hébergés et soignés. La Corporation des zoothérapeutes du Québec recommande à ses membres non-professionnels qui ne possèdent qu’une formation en zoothérapie d’établir leur tarif horaire entre 40 et 80 $ de l’heure. Ce tarif devra donc être additionné à celui du professionnel qui est responsable de la thérapie (psychologue, ergothérapeute ou autre), si ce dernier n’est pas lui-même formé en zoothérapie. Pour ce qui est des professionnels, les tarifs peuvent varier grandement en fonction de la spécialisation, de l’expérience, de la région de pratique et de la clientèle.

Bon pour le corps aussi?

En réadaptation physique, la présence d’un animal peut favoriser la motivation. «Avec les enfants, on s’installe dans le couloir pour lancer la balle au chien. Sans chien, l’enfant aurait peut-être refusé de faire quelques fois le mouvement, tandis que là, il recommence en riant», raconte Marie-Chantal Picard, ergothérapeute qui pratique la thérapie assistée par l’animal en pédiatrie à l’Institut de réadaptation en déficience physique de Québec (IRDPQ). Un adulte qui réapprend à marcher progressera plus rapidement en thérapie avec un chien en laisse, puisque l’exercice sera plus naturel qu’avec une canne, même quadripode, affirme Marie-Chantal Picard.

Gare aux faux chiens-aidants

Connue notamment pour ses chiens-guides, la Fondation Mira forme désormais des chiens d’assistance pour les personnes atteintes d’un handicap moteur et les enfants atteints de TED. Noël Champagne, psychologue associé à Mira depuis 30 ans, s’inquiète de l’émergence d’organisations qui improvisent selon lui dans la sélection et l’entraînement de chiens qu’ils vendent ensuite à fort prix à des parents d’enfants autistes. «Ces chiens peuvent provenir de la SPCA; ils n’ont pas nécessairement un bon tempérament. Ils vont être entraînés, mais c’est de la foutaise. Ça prend des protocoles, parce qu’un chien, c’est dangereux.» Avant d’entreprendre des démarches pour trouver un chien, les parents d’enfants autistes devraient demander conseil au professionnel qui suit leur enfant.

Ressources utiles

Corporation des zoothérapeutes du Québec
Delta Society
Fédération québécoise d’équitation thérapeutique
Institut français de zoothérapie
Mira
Zoothérapie Québec

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