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Que valent vraiment les médailles sur les bouteilles de vin?

Par Mise en ligne : 12 avril 2019  |  Magazine : mai 2019

Photos: Shutterstock, Réjean Poudrette

Photos: Shutterstock, Réjean Poudrette

Concours général agricole de Paris, Decanter World Wine Awards, Critics Challenge International Wine and Spirit Competition… Les sceaux qu’arborent plusieurs bouteilles de vin à la SAQ ne sont pas tous un gage de qualité. Comment différencier les grands crus de la piquette ? Pour savoir si vous pouvez vous fier aux concours de vin, lisez ce qui suit.

Au milieu des centaines de bouteilles de vin disponibles à votre succursale de la Société des alcools du Québec (SAQ), il peut être difficile de vous y retrouver. Et c’est encore plus vrai quand les conseillers en vente se font rares sur le plancher. Les médailles d’or et d’argent qui ornent certains produits peuvent donc vous sembler un bon indicateur pour faire un choix éclairé.

La réalité n’est pas si simple, soutient la sommelière et auteure du Guide du vin Phaneuf, Nadia Fournier. Active dans le monde du vin depuis un peu plus de 10 ans, elle pose un regard très critique sur la plupart de ces sceaux d’excellence. « J’ai entendu et vu beaucoup de choses dans les coulisses du milieu, qui m’ont appris à me tenir sur mes gardes lorsqu’on parle de concours. Hormis quelques exceptions – qui se comptent, à mon avis, sur les doigts d’une main –, je dirais que la plupart des concours ne sont pas du tout un gage de qualité. Au mieux, ils servent à départir le vraiment mauvais du juste correct. »

Michelle Bouffard, qui est membre des jurys de quelques compétitions vinicoles, au Canada et à l’étranger, reconnaît que les concours de vins ne sont pas tous égaux et qu’à ce titre, ils ne devraient peut-être pas tous avoir la même visibilité auprès du grand public.

C’est qu’à peine quelques concours, comme le Decanter World Wine Awards (Grande-Bretagne) et les Vinalies Internationales (France), ont une réputation bien établie. Et que les domaines et producteurs de renom participent très peu aux compétitions vinicoles.

« Pour les producteurs émergents, ça peut être l’occasion de tester la qualité de leurs produits », nuance toutefois la directrice des communications de la division québécoise de l’Association canadienne des sommeliers professionnels, Caroline Leblanc. À défaut d’être le gage d’une qualité assurée, « les médailles peuvent vous permettre de faire de belles découvertes », dit-elle.

Le critique vinicole Marc Chapleau considère même qu'à prix et caractéristiques comparables, une médaille d’or demeure une bonne façon de départager deux bouteilles. « Dans le doute, je suggère toujours aux gens d’y aller avec les sceaux d’excellence. Au moins, vous savez que ce produit a été goûté et apprécié par certaines personnes.»

Intrigué par les concours ? Suivez nos conseils pour repérer ceux qui vous guideront le mieux.

>> À lire aussi: nos évaluations de 23 vins blancs québécois, 27 vins rosés et 13 vins d’épicerie

À chaque vin sa médaille ?

Les compétitions vinicoles ne sont pas comme les Jeux olympiques, où il n’y a que trois lauréats par catégorie. Celles qui récompensent les vins peuvent décerner autant de médailles qu’elles le souhaitent.

Dans le cas de certains concours, le nombre de médailles attribuées est si élevé qu’il peut même être quasi impossible pour un producteur de repartir les mains vides, précise la sommelière Michelle Bouffard. « J’ai déjà eu de la pression de la part d’un organisateur de concours parce que je ne donnais pas assez de médailles d’or, raconte la chroniqueuse, visiblement vexée. Pourtant, j’ai pour mon dire que, dans la vie, ce n’est pas tout le monde qui mérite d’avoir 100 %. J’ai refusé ; on ne m’a plus invitée. »

Malgré tout, pour beaucoup de consommateurs, les médailles peuvent paraître rassurantes quand vient le temps de passer à la caisse. « Si vous y tenez, il vaut mieux privilégier les médailles d’or et de platine, insiste la sommelière Nadia Fournier. À la limite, celles d’argent passent, mais il faut absolument éviter le bronze. C’est ce que l’on donne à ceux qui n’ont pas réussi à tirer leur épingle du jeu. » Les lauréats doivent payer des frais aux organisateurs des concours pour pouvoir apposer le sceau sur leur produit, rappelle la chroniqueuse. Selon elle, un producteur qui paie pour une médaille sans mérite n’a pas beaucoup d’autres arguments de vente : « Au prix que sont les médailles, un producteur doit être vraiment désespéré. »

Les limites en succursale

En outre, la SAQ ne reconnaît pas officiellement tous les sceaux d’excellence et les médailles, expose la porte-parole de l’organisation, Linda Bouchard. Dans la plupart des cas, la société d’État ne fait que s’assurer de la validité des certificats d’authentification, afin d’être sûre que les bouteilles qui arborent ces prix les ont bel et bien remportés.

Il existe tout de même une liste – restreinte – des concours, palmarès de magazines et guides annuels auxquels la SAQ accorde une valeur. Ces derniers ne sont toutefois pas mis de l’avant dans les succursales, les bouteilles primées côtoyant sans distinction celles n’ayant jamais été présentées dans un concours, note celle qui travaille pour la société d’État depuis une vingtaine d’années. Un rapide passage en magasin suffit d’ailleurs pour le constater : plus que les médailles, ce sont les pays d’origine et les pastilles de goût qui sont mis en évidence.

Inutile donc de tenter de départager les différents concours en succursale, précisent les experts, ou de rechercher des informations sur les médailles pour reconnaître un concours fiable, d’ailleurs. « C’est malheureux, mais pour le grand public, il n’y a à peu près rien sur ces sceaux pour départir les bons concours des mauvais », déplore la sommelière Nadia Fournier.

Faute de mieux, l’expert-conseil en vin Marc Chapleau suggère donc aux consommateurs de retenir le nom de certains concours, histoire de savoir au moins par où commencer. À ce titre, il cite en exemple le Concours général agricole de Paris et le Concours des Grands Vins de France de Mâcon, dont certains médaillés sont vendus à la SAQ.

5 médailles qui valent leur pesant d’or

Les vins médaillés d’or et de platine des compétitions suivantes – dont la réputation et la crédibilité ne sont plus à faire, selon les experts consultés – sont un bon repère de qualité. Bien que les lauréats ne soient pas tous disponibles à la SAQ, il s’agit de médailles que l’on peut retrouver sur ses tablettes et auxquelles la société d'État accorde une valeur.

Concours mondial de Bruxelles

Decanter World Wine Awards

Vinalies Internationales

Canadian Wine Awards

Concours général agricole Paris

Comment reconnaître un concours de vin fiable ?

À défaut de pouvoir trouver une bouteille primée d’un concours réputé et reconnu par les experts, il vaut mieux faire un peu de recherches en amont avant d’arrêter votre choix sur un produit affichant un sceau d’excellence. Vous aurez ainsi un meilleur indice de son sérieux et de sa fiabilité. Pour y arriver, tournez-vous vers les sites internet des concours.

Dans le cas des compétitions internationales, par exemple, recherchez d’abord une reconnaissance de l’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV) ou de la Fédération mondiale des Grands concours internationaux de vins et spiritueux (VINOFED), propose le président de l’Association canadienne des œnologues, Richard Bastien.

Portez aussi une attention particulière aux méthodes de dégustation employées (toujours à l’aveugle), au nombre d’échantillons inscrits (règle générale, il vaut mieux miser sur la quantité – les Vinalies, entre autres, jugent de la qualité de près de 3500 vins différents) et, surtout, aux jurés invités. À noter qu’il est préférable que ces derniers soient issus du milieu, avance Michelle Bouffard, comme des sommeliers et des œnologues professionnels, ou encore des critiques et des journalistes spécialisés.

Il est aussi préférable, selon Nadia Fournier, de se méfier des jurys où siègent un nombre important de producteurs et de garder un œil sur les commanditaires des différents concours. Certains grands domaines, par exemple, détiennent parfois les cordons de la bourse, ce qui peut influencer les résultats en fin de course. Idem pour les acheteurs, qui ont tendance à favoriser des vins qui sauront plaire, parfois au détriment de la qualité. « C’est de notoriété publique que certains organisateurs manipulent les résultats pour bien faire paraître leurs partenaires », souligne l’auteure du Guide du vin Phaneuf, qui préfère taire l’identité de ces organisations compte tenu du rôle qu’elle joue toujours dans le domaine.

« Même moi, qui suis un connaisseur, j’ai parfois de la difficulté à m’y retrouver, affirme Marc Chapleau. C’est très technique tout ça. » Si vous manquez de temps pour vous renseigner, le journaliste vous conseille de plutôt vous fier aux recommandations d’un chroniqueur ou d’un sommelier dont les goûts s’apparentent aux vôtres. « [Une fois en succursale], ça reste la meilleure façon de vous y retrouver ! »

Deux médailles sous la loupe

Les vins californiens de marque Barefoot, vendus quelque 10 $ la bouteille, affichent des médailles d’or et de platine qui laissent songeur. Prenons par exemple le zinfandel de cette gamme, qui affichait en 2018 la médaille d’or du Critics Challenge International Wine and Spirit Competition 2016. Ce concours n’est reconnu par aucune organisation ou fédération officielle. Le site du concours révèle bien peu de choses au sujet de la méthodologie et des critères d’évaluation. On y apprend que la médaille platine est réservée aux meilleurs vins (94 points et plus), suivie par l’or (90 points et plus), mais on n’y explique pas la mention « Fiabilité, rapport qualité-prix », accordée au zinfandel Barefoot. Le directeur et juge en chef du concours, Robert Whitley, tient un blogue, et la plupart des jurés collaborent à ce blogue. Robert Whitley a fondé trois autres concours, qu’il regroupe sous le titre Wine Cellar Production : Winemaker Challenge, San Diego International et Sommelier Challenge.

La médaille d’or vue ici sur un vin blanc alsacien, le Pinot Gris de Pfaff 2016 (16,95 $ à la SAQ), provient quant à elle d’un concours qui répond aux critères de fiabilité de nos experts. Sélections mondiales des vins Canada, une compétition qui se déroule à Québec, jouit de la reconnaissance de l’OIV et de VINOFED. Son site web présente une description détaillée de la dégustation à l’aveugle, des critères d’évaluation et des normes d’indépendance du jury (qui comprend obligatoirement des œnologues). Il affiche aussi ouvertement ses cinq partenaires officiels, qui incluent la SAQ, mais aucun producteur de vin. Les critères des trois principaux prix – Grande Médaille d’Or (92 points et plus), Médaille d’Or (85 points et plus) et Médaille d’Argent (82 points et plus) – sont basés sur la qualité des produits, qui sont divisés par catégories selon la norme OIV des concours internationaux des vins.

Les sceaux d’agences privées

En plus des médailles de concours, certaines bouteilles de vin arborent des sceaux d’agences privées. Parmi les plus connues au Québec : réZin et Balthazard, toutes deux présentes sur le marché depuis 1995. Ces agences promotionnelles font du repérage sur le terrain pour dénicher de nouveaux produits, qu’ils représentent ensuite auprès de la SAQ et des restaurateurs. Selon l’expert-conseil en vin Marc Chapleau, ces écussons sont un autre bon indicateur à surveiller. « Ce n’est pas infaillible, mais si vous aimez un produit représenté par une agence, il y a de bonnes chances que vous aimiez le reste de sa sélection », indique-t-il.

TROUVEZ UN VIN QUÉBÉCOIS PRIMÉ

www.saq.com 

DÉCOUVREZ LES CONCOURS ET MAGAZINES RECONNUS PAR LA SAQ

www.saq-b2b.com (PDF)

DÉCOUVREZ LES DESSOUS D’UN CONCOURS FIABLE

www.vinalies-internationales.com/fr

« Je comprends pourquoi ces médailles peuvent agir comme repère pour certains consommateurs. Par contre, il faut savoir qu’elles ne garantissent pas toujours la qualité des produits. » — Michelle Bouffard, sommelière et jurée de compétitions vinicoles

« De manière générale, les vignerons qui ont déjà la cote auprès des consommateurs ne courent pas après les médailles. On est plutôt ici devant des producteurs en quête de reconnaissance ou qui cherchent à faire mousser leurs ventes. » — Nadia Fournier, sommelière

>> À lire aussi: Quels sont les bienfaits du défi 28 jours sans alcool ?

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Santé et alimentation

Commentaires 1 Masquer

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  • Par ANDRE JACOB | 01 mai 2019

    Très intéressant à lire et à relire pour un profane