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Mon psy est un robot

Par Mathilde Roy Mise en ligne : 14 janvier 2019  |  Magazine : février 2019 Photos: Shutterstock.com, Réjean Poudrette

Photos: Shutterstock.com, Réjean Poudrette

Applications mobiles et autres outils thérapeutiques en ligne peuvent-ils aider à déceler une dépression et à entamer une psychothérapie? L'intelligence artificielle le promet, mais elle ne remplace pas les psychologues. Tour d’horizon de ses avancées… et de ses limites en santé mentale.

«J’aimerais savoir si vous vous sentez en détresse en ce moment. Quel énoncé correspond le mieux à ce que vous éprouvez?» Plantée devant mon ordi, je clique sur : «Je me sens en détresse.» Une nouvelle bulle de texte, lue par la voix robotique d’ISA_, apparaît. Parmi les choix suggérés, je coche : «J’ai besoin d’outils pour m’aider à gérer le stress.»

ISA_ (pour Interface de soutien assisté) n’est pas ma psychologue, bien qu’elle me pose différentes questions sur mon état d’esprit. Pendant notre conversation mi-humaine mi-machine, j’aurai à tout moment l’option de parler à quelqu’un de vive voix sur une ligne de soutien, comme Tel-Aide. ISA_ s’assurera aussi que je n’ai pas d’idées suicidaires. 

Créée par Optania, une entreprise saguenéenne spécialisée dans la conception d’interfaces interactives et intelligentes, cette technologie personnalisée fait partie des nombreux outils thérapeutiques issus de l’intelligence artificielle (IA) qui aspirent à révolutionner le domaine de la santé mentale, au même titre qu’Amazon l’a fait avec le commerce de détail et Netflix avec votre consommation télévisuelle. Mais attention, ces outils ne remplacent pas les psychologues en chair et en os, s’entendent pour dire les experts consultés.

>> À lire aussi: Comment choisir une lampe de luminothérapie pour contrer la dépression saisonnière

À l’heure actuelle, tous en parlent plutôt comme d’outils «d’accompagnement» à la psychothérapie. Certains ont même troqué l’acronyme IA contre IHA (intelligence humaine augmentée), car les algorithmes aident la médecine à intervenir plus vite et plus efficacement. Non seulement les nouvelles technologies thérapeutiques sont capables de détecter si vous montrez des signes de dépression, mais elles proposent aussi des stratégies qui aident à se sentir mieux et facilitent l’accès aux ressources de soutien.

Ces avancées représentent ainsi un réel espoir pour les personnes souffrant de dépression de même que pour les cliniciens. Mais la technologie soulève également de nombreuses questions en matière d’éthique et de confidentialité.

Posologie améliorée

L’intelligence artificielle pourrait bientôt parfaire les ordonnances d’antidépresseurs. C’est du moins ce sur quoi planche Sonia Israel, cofondatrice d’Aifred Health, une jeune pousse qui utilise l’apprentissage automatique (machine learning) pour améliorer les traitements en santé mentale.

Fraîchement diplômée en neuroscience de l’Université McGill, Sonia Israel, 23 ans, développe avec son équipe une plateforme en ligne au service des médecins, qui leur permettra de prescrire le bon médicament et la bonne dose du premier coup. Comment ? En utilisant les techniques de l’IA, comme l’apprentissage profond, pour analyser les informations médicales du patient et les jumeler avec les lignes directrices actuellement en vigueur en médecine pour traiter la dépression.

« Environ 70 % des victimes de dépression ne constatent aucune amélioration avec le premier traitement qui leur est prescrit lors d’une première consultation. Elles doivent retourner plusieurs fois chez le médecin et fonctionner par essais et erreurs », s’insurge la jeune entrepreneure. Sonia Israel croit être capable de faire passer le taux de précision de 30 à 80 % dès la première visite chez le médecin.

Lever la barrière humaine

Pour soigner la dépression, les thérapies et la médication ont fait leurs preuves. Mais encore faut-il avoir accès aux services. Et c’est là que le bât blesse, déplore Réal Labelle, clinicien et professeur titulaire au Département de psychologie de l’UQAM, spécialisé en troubles de l’humeur. Entre la pénurie de spécialistes dans le système public et le coût élevé des consultations en cabinet privé, un nombre impressionnant de personnes broient du noir sans recevoir la moindre aide. «C’est un problème de santé publique», lance-t-il.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé, plus de 300 millions d’individus dans le monde vivent aujourd'hui avec la dépression, un chiffre qui a bondi de 18 % entre 2005 et 2015. Et, au Canada, la moitié de ceux qui croient avoir souffert de dépression ou d’anxiété n’ont jamais consulté de professionnel à ce sujet, indique l’Association canadienne pour la santé mentale.

Avec ISA_, Louis-Raphaël Tremblay, PDG d’Optania, veut offrir une porte d’entrée vers les services de soutien psychologique déjà en place. «Le premier réflexe des personnes en détresse n’est pas de prendre rendez-vous chez le psy, mais d’aller sur Internet. C’est encore plus vrai pour la jeune génération», estime-t-il.

Voilà pourquoi, avec l’aide de développeurs, mais aussi de psychologues, de travailleurs sociaux, de professeurs et d’orthopédagogues, l’ancien enseignant de mathématiques et de sciences au secondaire – qui a axé sa maîtrise sur l’utilisation de la technologie en classe – a mis au point un outil thérapeutique en ligne. Ce dialogue entre les personnes en proie à des idées noires et l’outil vise à les amener à s’autoévaluer et à trouver les meilleures stratégies pour remonter la pente.

Grâce à la plateforme, il sera aussi possible d’entrer en contact avec des intervenants et de prendre rendez-vous pour une consultation en personne. «ISA_ ne fait pas de diagnostic. C’est un pont entre les individus et les professionnels de la santé mentale», précise Louis-Raphaël Tremblay. Le logiciel Psylio – qui utilise la technologie ISA_ et que j’ai testé en début de reportage en version préliminaire – sera accessible gratuitement sur Psylio.ca au cours des prochains mois.

- [Les applications mobiles] effectuent un dépistage pour une fraction du prix de celui que vous obtiendriez lors d’une consultation au privé. » Stéphane Guay, directeur scientifique du Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (CRIUSMM)

Une panoplie d’autres applications, téléchargeables dans l'App Store ou dans Google Play, proposent aussi de vous aider à définir votre mal-être. Ces outils de soutien comportent un avantage de taille : «Ils effectuent un dépistage pour une fraction du prix de celui [que vous obtiendriez lors] d’une consultation au privé», indique Stéphane Guay, directeur scientifique du Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (CRIUSMM). Mais toutes ces applis n’ont pas été approuvées scientifiquement, met-il en garde.

14,4%

des assurés du régime québécois public d’assurance médicaments reçoivent des ordonnances d’antidépresseurs.
Source: Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS), 2011

Test de dépistage

La clinique PsyMontréal est l’une des rares à proposer des tests d’autoévaluation en ligne, validés empiriquement, pour mesurer votre niveau de dépression ou d’anxiété. Une visite sur son site web ou une recherche dans Google vous permet d’y accéder sans frais. Vous répondez à une dizaine de questions, qui sondent notamment votre sommeil, votre niveau d’énergie et votre appétit. Un algorithme traite ensuite vos réponses et vous donne, quelques secondes plus tard, un score qui évalue votre niveau de détresse, allant de «aucun» à «prononcé».

«Beaucoup de gens pensent que la souffrance qu’ils vivent est normale et qu’elle finira par passer. Ils ne voient pas la nécessité de consulter», remarque Jean-Marc Assaad, psychologue et cofondateur de la clinique PsyMontréal, laquelle offre aussi des consultations par appel vidéo. «L’autoévaluation incite à entamer une réflexion personnelle. Mais elle ne remplace en rien le travail d’un professionnel», insiste le DAssaad. D’après ses calculs, les questionnaires ont été remplis des milliers de fois depuis leur intégration sur le site, il y a un peu plus d’un an.

Téléphone à la rescousse

Tout comme Jean-Marc Assaad, Réal Labelle croit beaucoup en l’utilité de la technologie pour aider les personnes déprimées à faire le point. Le psychologue-chercheur est d’ailleurs l’un des premiers au Québec à avoir développé, avec l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, un gestionnaire de l’humeur sur mobile, PsyAssistance, validé, lui aussi, par la communauté scientifique.

Du bout des doigts, vous pouvez accéder à un répertoire de ressources, tenir un journal de votre humeur et effectuer des exercices basés sur l’approche cognitivo-comportementale pour améliorer votre niveau de bien-être. En cas de crise ou d’idées suicidaires, l’application téléphone successivement à cinq personnes de votre entourage disposées à vous porter assistance, puis à votre thérapeute, et enfin, à un centre de crise ou au 911. «PsyAssistance n’est pas un traitement, mais un outil de prévention», souligne avec force Réal Labelle. Dans certains cas, cet outil peut être utilisé en complément à un traitement professionnel.   

- L’application gratuite PsyAssistance vise à améliorer votre niveau de bien-être et contient un plan d’urgence en cas de crise ou d’idées suicidaires.

Les chances que votre thérapeute vous invite à utiliser une telle appli sont toutefois minces. Moins de 1 % des cliniciens se servent des nouvelles technologies dans leur pratique, indique Stéphane Guay, du CRIUSMM. Une réalité qui est cependant appelée à changer, s’entendent les chercheurs à qui nous avons parlé. «L’avenir des soins en santé mentale va passer inévitablement par la technologie», soutient M. Guay, qui, en janvier 2018, a lancé Axel, un centre voué entièrement aux innovations technologiques dans le domaine de la santé mentale, affilié au CRIUSMM.

Comme plus d’un Québécois sur deux possède un téléphone intelligent – une proportion qui atteignait 90 % chez les 25-34 ans en 2017, selon le CEFRIO, organisme québécois de recherche et d’innovation –, ça permet de rejoindre beaucoup de monde. Et d’offrir du soutien ainsi qu'un accès à des soins en santé mentale à ceux qui en ont besoin.

Si vous souhaitez utiliser un tel outil en prévention ou comme accompagnement à un traitement prescrit, sachez que le Centre Axel est en train de mettre sur pied un répertoire des applis qui ont été validées par la science. Il sera disponible sur son site au cours de 2019.

Ce que cachent vos publications

Les réseaux sociaux ouvrent aussi une nouvelle porte à la détection de la dépression. En recourant à l’apprentissage automatique – un champ d’études de l’IA qui permet aux ordinateurs d’apprendre à partir de données –, deux chercheurs américains ont réussi, en colligeant plus de 40 000 images publiées sur Instagram, à dépister les signes de dépression chez une centaine d’utilisateurs avec un taux de fiabilité de 70 %.

Un taux supérieur à celui obtenu lors des évaluations faites en personne par les médecins généralistes, qui, lui, s’élève à 42 %, selon une étude parue en 2017 dans EPJ Data Science. Explication : le contenu des images en dirait plus long sur la vie sociale d’une personne – élément central de son bien-être – qu’une consultation médicale seule, concluent les chercheurs de Harvard et de l’Université du Vermont.

>> À lire aussi: Comment soigner une dépression et remonter la pente

Depuis quatre ans, Marie-Jean Meurs, professeure au Département d’informatique de l’UQAM, s’intéresse elle aussi aux signes avant-coureurs de la dépression sur les forums et les réseaux sociaux. Grâce à l’apprentissage automatique et au traitement du langage naturel, la cofondatrice du groupe de recherche HumanIA à l’UQAM développe avec ses étudiants des algorithmes qui analysent les publications des utilisateurs de plateformes de discussion, comme Reddit. Ces algorithmes scrutent par exemple leur fréquence, leur longueur et leur contenu dans son ensemble. Le robot repère une personne qui entretient des idées noires? Il pourrait en alerter les modérateurs, qui n’ont pas le temps de lire tous les contenus générés sur leur réseau.

«Ce qui est révolutionnaire, c’est le volume de données et la rapidité avec laquelle on les traite», explique la chercheuse qui espère, à travers ses travaux, aider les professionnels à repérer le plus de cas possible, et plus vite.

Comparables à la thérapie?

Ces technologies un brin futuristes ont de quoi séduire : plus douces pour le portefeuille qu’une consultation à 100 $ l’heure (les applications sont généralement gratuites ou coûtent quelques dollars), elles permettent de se livrer en tout anonymat, dans le confort de son salon, et vous suivent en tout temps sur votre téléphone intelligent. Mais sont-elles efficaces pour autant?

Une méta-analyse parue dans la revue JAMA Psychiatry concluait en 2017 que les outils thérapeutiques en ligne qui se basent sur la thérapie cognitivo-comportementale – comme ISA_ ou PsyAssistance – réduisent de manière importante les symptômes de la dépression parce qu’ils facilitent l’accès à une première ligne d’intervention.

Des résultats qui trouvent écho dans les recherches de Réal Labelle. «Les gens qui ont essayé PsyAssistance nous ont dit avoir l’impression que la thérapie était plus près d’eux, comme s’ils avaient un psy à leur disposition en tout temps», évoque son ex-étudiant Antoine Bibaud-De Serres, aujourd’hui psychologue, qui a mené les entrevues auprès des utilisateurs. L’Ordre des psychologues du Québec, de son côté, n’a pas répondu à nos demandes d’entrevue et n’a pas pris position publiquement sur cette question.

En revanche, Réal Labelle précise que la technologie ne convient pas à tous. La recherche montre que, pour la dépression légère à modérée, les outils de soutien et de suivi en ligne aident à remonter la pente, mais doivent être utilisés sous la supervision d’un praticien. «C’est un leurre de penser qu’on peut se soigner avec une application. Ce serait croire qu’on peut s’autodiagnostiquer, s’autotraiter et faire fi de la relation avec l’autre», soutient-il.  

- C’est un leurre de penser qu’on peut se soigner avec une application. Ce serait croire qu’on peut s’autodiagnostiquer, s’autotraiter et faire fi de la relation avec l’autre. » - Réal Labelle, clinicien et professeur titulaire au Département de psychologie de l’UQAM

Dans le cas d’une dépression majeure, les traitements proposés par un robot ne peuvent rien pour vous, poursuit-il. La personne dépressive aura tendance à s’isoler, alors qu’elle aurait besoin de quelqu’un à ses côtés en tout temps. «Le lien affectif pour cette personne est une clé très importante, qui ne peut pas être remplacée», dit Réal Labelle.

14%

des Canadiens utilisent des outils numériques pour évaluer leur humeur, leur état émotionnel et pour gérer leur stress.
Source : Diffusion de la santé connectée au Canada, CEFRIO, Inforoute Santé du Canada et HEC Montréal, 2017.

Les limites de l’IA

Pleine de promesses, l’intelligence artificielle en soutien psychologique soulève néanmoins des questions légales, éthiques et de confidentialité. «Même si un praticien est capable de reconnaître les gens au profil suicidaire, doit-il intervenir ou pas? À qui revient la responsabilité légale si le professionnel reçoit à 2 h du matin l’alerte qu’un jeune est suicidaire, et s’il ne fait rien pour le sauver? Ça pose de fichues bonnes questions», dit Réal Labelle. Questions qui n’ont pas toutes été élucidées par les différents ordres professionnels en santé.

La protection de vos renseignements personnels est un autre enjeu à surveiller. La plupart des applications consultées jurent respecter la confidentialité de leurs utilisateurs. Mais fournir vos données les plus personnelles comporte tout de même des risques. «On joue sur un terrain très glissant», admet Louis-Raphaël Tremblay, d’Optania. Il assure néanmoins que lorsqu’une personne quitte sa plateforme, la conversation est détruite et ne devient qu’une séquence de codification dans le système. Impossible, alors, de recréer la discussion.

Lorsqu’il est question de sécurité des données, Marie-Jean Meurs reste malgré tout méfiante. L’informaticienne – que vous ne trouverez pas sur Facebook – ne se dit pas contre les applis lorsqu’elles garantissent la confidentialité des données. «Mais même avec les meilleures intentions du monde, le diable est dans les détails. Va-t-on découvrir qu’une application X a capturé la totalité de vos informations sur votre téléphone? Quand c’est votre carte bancaire, c’est grave. Mais quand il s’agit de données personnelles sur votre santé, c’est plus grave encore!» Difficile de connaître le niveau de risque, admet Marie-Jean Meurs.

Il ne fait malgré tout pas de doute aux yeux des experts interrogés que ces applis et systèmes d’accompagnement numériques prendront de plus en plus de place en santé mentale, alors que l’accessibilité aux soins psychologiques ne va pas en s’améliorant. «De nombreuses entreprises se montrent intéressées à développer de tels outils, avance Stéphane Guay. On doit maintenant assurer le transfert des connaissances aux praticiens, aux étudiants universitaires en santé mentale et à la population en général.» Un chantier qui, selon lui, ne fait que commencer.

Entre-temps, je retourne à mes exercices proposés par ISA_ pour gérer mon stress…

Vous avez un message

Suivre une thérapie par texto ou courriel, voilà ce que propose l’entreprise ontarienne BEACON, qui offre ses services partout au Canada, dans les deux langues officielles. Pour la somme de 500 $, la personne qui y adhère doit d’abord se soumettre à une évaluation personnelle en ligne. Les réponses ont pour but d’aider le thérapeute (un humain, pas un robot!) à personnaliser les soins, qui se basent sur l’approche cognitivo-comportementale. Par la suite, le patient peut à tout moment envoyer un message à son thérapeute pendant une période de 12 semaines. Le praticien, titulaire d’une maîtrise en travail social, lui répond dans les 48 heures, et suggère lectures et exercices qui lui permettront de réfléchir à son bien-être mental. L’entreprise précise sur son site qu’il ne s’agit pas d’un service de crise, mais d’aide «à la dépression légère et modérée, l’anxiété, la panique et le trouble du stress post-traumatique». Pour plus de détails: mindbeacon.com  

Où trouver de l’aide psychologique ?

Si vous souhaitez prendre en main votre santé mentale, voici différents liens vers les outils en ligne qui ont été détaillés dans ce reportage. Ils permettent de vous autoévaluer et de trouver des stratégies pour vous aider à vous sentir mieux, et facilitent l’accès aux ressources de soutien. Mais ils ne remplacent en rien les services d’un professionnel de la santé.

Pour autoévaluer votre niveau de dépression ou d’anxiété
psymontreal.com

Services Psylio
psylio.ca 

Centre Axel
centreaxel.com

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Santé et alimentation

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