Votre navigateur n'est plus à jour et il se peut que notre site ne s'affiche pas correctement sur celui-ci.

Pour une meilleure expérience web, nous vous invitons à mettre à jour votre navigateur.

Le point sur les parfums d'ambiance et «purificateurs d’air»

Par Dominique Forget Mise en ligne : 04 Octobre 2008

Le point sur les parfums d'ambiance et «purificateurs d’air»

Vouloir vivre à tout prix dans une maison qui «sent le propre» aurait des effets indésirables sur la santé. Les coupables: les phtalates.

Incommodés par les odeurs qui émanent de leurs sacs de sport, de la litière de Minou ou de la salle de toilette, les Nord-Américains recourent par millions aux «purificateurs d’air» ou parfums d’ambiance. Armés de bombes à air comprimé, et poussés par une publicité aussi intempestive que convaincante, ils tirent plus vite que leur ombre, vaporisant poubelles, tapis ou canapés. D’autres préfèrent les diffuseurs qui, une fois branchés dans une prise de courant ou équipés d’une pile, répandent un parfum de façon continue dans la pièce. Ou encore les bons vieux gels qui se désagrègent avec le temps.

«C’est un grand paradoxe», souligne Linda Greer, directrice du programme de santé publique au Natural Resources Defence Council (NRDC), une organisation américaine engagée dans la protection de l’environnement. «Les fabricants nous promettent un air frais et pur, mais en réalité, lorsqu’on vaporise leurs produits, on répand une nuée de substances chimiques dans nos maisons.»

Celles-ci sont-elles nocives pour la santé?

Linda Greer, spécialiste de la toxicologie environnementale, a publié en septembre 2007 une étude qui invite pour le moins à la prudence. Ce document s’ajoute à deux autres études (une américaine et une européenne) publiées depuis 2006, qui mettent les fabricants dans l’eau chaude.  L’équipe de Linda Greer a sélectionné au hasard, dans une pharmacie, 14 purificateurs d’air. Dans 12 d’entre eux, elle a trouvé des phtalates, une famille de composés chimiques couramment utilisés pour assouplir les plastiques… ou pour véhiculer des fragrances. «Lorsqu’ils se retrouvent dans l’air, les phtalates peuvent être inhalés par les voies respiratoires, explique la toxicologue. Si des gouttelettes se déposent sur la peau, les molécules peuvent la traverser et rejoindre le système sanguin.»

Des études antérieures, réalisées avec des animaux de laboratoire, ont montré une association entre certains phtalates et des cancers, ou encore des problèmes de fertilité. L’analyse du National Resources Defence Council a montré que la concentration des produits chimiques variait sensiblement d’un produit à l’autre. Le type de phtalates détectés aussi.

Le di-n-butyl phtalate (DBP) est particulièrement reconnu pour ses effets délétères sur la santé reproductive et a été banni des jouets pour enfants en Europe. L’équipe de Linda Greer en a trouvé dans six des produits testés. Mais selon la toxicologue, si les preuves à l’égard d’autres phtalates sont moins convaincantes, c’est souvent parce qu’ils ont été moins étudiés. Tous devraient inspirer une certaine méfiance. Fait intéressant: on a détecté les phtalates tant dans les vaporisateurs que dans les gels et les huiles utilisées dans les diffuseurs. «Si vous sentez le parfum, c’est fort possible qu’il y ait des phtalates dans l’air», dit Linda Greer.

Les fabricants réagissent

Les fabricants ont vivement réagi à l’étude du NRDC. La Consumer Specialty Products Association – qui représente notamment Procter & Gamble (Febreze), SC Johnson (Glade et Oust) et Reckitt Benckiser (Lysol et Air Wick) – a embauché une firme d’avocats pour défendre sa position, notamment auprès de l’Environmental Protection Agency, à qui le NRDC demande de bannir les phtalates. «Les niveaux de phtalates qu’on trouve dans une pièce après l’usage d’un purificateur sont bien en dessous des concentrations qui pourraient s’avérer nocives pour la santé», avance Bill Lafield, vice-président aux affaires publiques de l’Association. Linda Greer reconnaît qu’elle n’a pas mesuré la concentration de phtalates dans l’atmosphère après vaporisation. «Ce qu’on sait toutefois, c’est qu’il y a des phtalates dans le sang d’à peu près tous les Nord-Américains, selon des études qui ont testé aléatoirement des centaines d’individus. Ils doivent bien venir de quelque part.»

Solutions de rechange

Linda Greer admet que les études sur les purificateurs d’air sont encore partielles et que d’autres recherches seront nécessaires pour faire contrepoids aux fabricants. «Mais ce n’est pas à nous de faire ça, dit-elle. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités et contrôler les produits mis sur le marché. Pour l’instant, les fabricants ne sont même pas tenus d’indiquer la liste des substances qui se trouvent dans leurs produits.» Le même laxisme prévaut au Canada. Le Natural Resources Defence Council (NRDC) s’est adjoint de solides alliés pour convaincre le gouvernement d’agir. Le Sierra Club, l’Alliance for Healthy Homes et le National Center for Healthy Housing lui ont apporté leur soutien pour demander à l’Environmental Protection Agency et à la Consumer Product Safety Commission d’adopter une réglementation plus stricte à l’égard des purificateurs d’air.

Le regroupement demande l’étiquetage obligatoire et l’interdiction d’utiliser certains produits jugés dangereux, comme le di-n-butyl phtalate. «Il faut aussi poursuivre les études en toxicologie pour mieux identifier quels produits sont réellement dangereux, et à partir de quelle concentration», ajoute Linda Greer. Que faire en attendant? La toxicologue recommande de tenir la maison propre, d’aérer en ouvrant les fenêtres et de sortir les ordures régulièrement. Au besoin, on peut aussi mettre un peu de bicarbonate de soude au fond de la poubelle pour neutraliser les odeurs.

Asthmatiques s'abstenir

Les résultats d’une autre étude sur les purificateurs d’air ont été publiés en octobre 2007 dans l’American Journal of Respiratory and Critical Care Medecine par une équipe internationale pilotée par Jan Paul Zock, de l’Institut municipal d’investigation médicale de Barcelone (Espagne). Cette étude a porté sur 4200 Européens issus de 10 pays et a mis en évidence un lien entre l’utilisation de vaporisateurs ménagers et l’apparition de nouveaux cas d’asthme. Plus spécifiquement, l’usage fréquent de tels vaporisateurs augmenterait le risque de développer de l’asthme de 30 à 50 %. Les scientifiques ont regardé tant des vaporisateurs servant à nettoyer les meubles, les vitres, les tapis ou les fours que des vaporisateurs d’ambiance, censés rafraîchir ou désodoriser l’air environnant. Or, ces derniers se sont révélés les plus dangereux. Ils contiennent des particules de petite taille qui pénètrent facilement dans les poumons et sont donc susceptibles d’irriter les bronches. En outre, plusieurs terpènes, comme le limonène, sont des allergènes connus.

L'équipe de Linda Greer, au Natural Resources Defence Council, a classé les produits testés en quatre grande catégories.

Catégorie «rouge»
Quatre purificateurs sont classés dans la catégorie «rouge», parce que la concentration et le type de phtalates qu’on y a trouvés ont été jugés particulièrement préoccupants. Bonne nouvelle pour les Canadiens: aucun de ces produits n’est vendu au nord de la frontière. Trois d’entre eux portaient la marque maison Walgreens (une chaîne de pharmacies américaines) et ont été retirés du marché depuis la publication des résultats du NRDC.

Catégorie «orange»
Dans la catégorie «orange» (niveau de préoccupation intermédiaire), toutefois, on trouve cinq purificateurs… tous vendus au Canada. Il s’agit de l’huile parfumée Air Wick, de l’assainisseur d’air Oust, de l’huile parfumée Glade Branchées, de l’huile Febreze Notables et du vaporisateur Glade Air infusions. 

Catégorie «jaune»
La catégorie «jaune», où seulement des traces de phtalates ont été détectées, réunit trois purificateurs, dont deux sont vendus au Canada: l’huile à diffuser Oust et le désinfectant Lysol.

Catégorie «verte»
Enfin, deux produits ne contenaient aucun phtalate et appartenaient à la catégorie «verte», tous deux vendus chez nous: le Febreze Air Effects et le Renuzit Subtle Effects. «Ça prouve qu’on peut fabriquer des purificateurs d’air sans phtalates, dit Linda Greer. En même temps, on est en droit de s’interroger sur ce que les compagnies utilisent pour les remplacer. Nous n’avons pas analysé les autres produits chimiques.»

D'autres molécules réactives

Professeur à l’Université de Californie à Berkeley, William Nazaroff s’est penché sur une tout autre catégorie de composés chimiques présents dans les purificateurs d’air: les terpènes. Ces molécules, qu’on trouve notamment dans les résines des conifères, donnent des propriétés odoriférantes à de nombreux végétaux, qu’on pense aux pins, aux oranges, aux citrons, à la lavande, etc. L’industrie des produits nettoyants les utilise abondamment pour parfumer ses préparations. Le professeur Nazaroff a analysé 17 produits nettoyants et quatre purificateurs d’air. Parmi ces quatre derniers, trois renfermaient des terpènes. «En soi, les terpènes ne sont pas nocifs pour la santé, explique le professeur. Toutefois, il s’agit de molécules très réactives. Elles réagissent notamment avec l’ozone pour former des sous-produits comme le formaldéhyde.»

Or, le formaldéhyde est classé comme «cancérigène certain» par le Centre international de recherche sur le cancer, qui dépend de l’Organisation mondiale de la Santé. L’ozone est-il présent dans nos maisons? Certainement, répond William Nazaroff. On le trouve dans le smog, qui peut entrer dans les maisons quand on ouvre les fenêtres. Il est aussi généré en petites quantités par les photocopieurs et les imprimantes au laser. L’équipe du professeur Nazaroff a vaporisé les purificateurs d’air dans une pièce de 21 mètres carrés (230 pieds carrés), ventilée normalement. De petites quantités d’ozone ont été introduites, de façon à reproduire les conditions susceptibles de prévaloir en ville, en présence de smog.

«Les concentrations de formaldéhyde qui ont été formées n’étaient pas alarmantes, dit-il. Toutefois, quand on les additionne aux autres émissions de formaldéhyde qui proviennent, par exemple, des produits de bois pressé, elles peuvent devenir préoccupantes. Disons que je ne les vaporiserais pas dans la chambre de mon bébé.»