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Le pangasius: à rayer de sa liste d’épicerie?

Par Catherine Meilleur
Pangasius danger

Plusieurs lecteurs nous ont fait parvenir un courriel qui circule sur le Web en ce moment: le pangasius, ce poisson vendu en filet dans presque toutes nos épiceries, serait contaminé. Légende urbaine?

Pour sa chair blanche sans arêtes, son goût peu prononcé et son prix abordable, cette espèce de poisson-chat développée par les Vietnamiens dans les années 1990 envahit désormais les marchés mondiaux. Toutefois, comme en fait état un courriel alarmiste qui circule actuellement sur le Web, plusieurs consommateurs se questionnent sur la salubrité et l’impact environnemental de ce poisson d’élevage.

On lui reproche entre autres de contenir des résidus toxiques présents dans le Mékong (fleuve d’Asie du Sud-Est), de recevoir une alimentation semblable à celle des bovins ayant contracté la maladie de la vache folle, et de se faire injecter des hormones douteuses.

>> À lire aussi: Pêche au thon, existe-t-il des choix responsables ?

Se questionner oui, s’alarmer non

«Oui, il y a lieu de s’inquiéter, au même titre qu’il est normal de se questionner sur la qualité des produits de la mer qui nous viennent de partout dans le monde, y compris du Québec. Mais je trouve le ton de ce courriel un peu extrémiste», remarque d’entrée de jeu Catherine Jumarie, professeure au Département des sciences biologiques et membre du Centre de recherche en toxicologie de l’environnement (TOXEN) de l’Université du Québec à Montréal.

De son côté, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA), responsable entre autres de la salubrité des aliments importés au pays, n’en fait pas de cas: «L’ACIA effectue ses activités d’inspection à l’égard des poissons importés du Vietnam de la même façon que pour ceux importés d’autres pays», explique le porte-parole Guy Gravelle, qui ajoute que les poissons importés au Canada doivent répondre aux normes édictées par le Règlement sur l’inspection du poisson (C.R.C., ch. 802) et qu’advenant une non-conformité, leur entrée au pays peut être refusée.

«Évidemment, l’ACIA doit se concentrer sur les produits qui posent les plus grands risques pour la santé et ne peut analyser systématiquement tous les produits alimentaires», remarque Mme Jumarie.

Une question complexe

En ce qui concerne le contrôle et la réglementation dans le domaine des pêcheries en Asie du Sud-Est, Loïc Tassé, politologue et spécialiste de la Chine et de l’Asie, soutient que «la corruption y est telle que les règles sont souvent contournées», bien qu’il reconnaisse détenir peu d’information à ce sujet.

«Il s’agit d’une question complexe», insiste Catherine Jumarie, qui trouve exagéré de rejeter en bloc tout poisson provenant d’Asie ou encore de faire des associations douteuses comme de comparer l’alimentation des pangasius aux farines animales à l’origine de la crise de la vache folle

«Dans toutes les piscicultures, y compris les meilleures, la moulée contient des huiles de poisson. Je ne dis pas qu’il ne faut pas faire d’études là-dessus, mais cette forme d’alimentation n’est pas propre à l’élevage du pangasius.»

Contrairement aux poissons d’ici, dont on connaît les teneurs en contaminants, Mme Jumarie note que peu de publications font état de celles du poisson-chat du Mékong. «On sait que le Mékong est pollué, précise-t-elle, mais il faut aussi tenir compte de la capacité de chaque espèce de poisson à accumuler ces substances.» À cet effet, des études indiquent que le pangasius ne compterait pas parmi celles qui accumulent le plus de toxines. Il se comparerait notamment au saumon, à la truite ou au tilapia.

Notons que c’est Santé Canada qui fixe les niveaux de contaminants acceptables dans les aliments au pays. Et comme le rappelle Mme Jumarie, le risque que peut poser un aliment est tributaire de la fréquence à laquelle on le consomme.

>> À lire aussi: Évaluation de plus de 100 thons en conserve

Entre deux eaux

Outre la question des contaminants, il y a celle du contrôle des antibiotiques, des hormones utilisées pour fertiliser les femelles ainsi que des maladies et pathogènes qui affectent les poissons.

«Pour ce qui est des antibiotiques, des traces ont été retrouvées dans le pangasius, mais à des niveaux qui respectent ceux admis en Europe, et on sait que leurs normes sont sévères», dit Mme Jumarie. En fin de compte, le problème résiderait selon elle dans le manque d’information. «Dans ce contexte, je dirais qu’il vaut quand même mieux être prudent.»

Parce qu’il représente une ressource alimentaire et économique très importante, l’élevage du pangasius mériterait, selon Mme Jumarie, qu’on s’y penche sérieusement. «Pouvoir produire du poisson peu cher pour la population mondiale, et qui rapporte autant au Vietnam, c’est non négligeable. Maintenant, il faut vérifier la qualité de ce poisson, pas seulement parce qu’on s’en méfie, mais aussi pour améliorer et favoriser cette ressource s’il y a lieu de le faire.»

À lire: Agriculture et Agroalimentaire Canada: Types de poisson et de fruits de mer à consommer moins souvent

Photo: Shutterstock

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  • Par Alexandre Legault
    15 Juin 2013

    Encore des interviews avec du monde qui n'ont pas étudié à fond la question posée par votre article. Je termine la lecture de cet article sans savoir la réponse, outre que "d'être prudent" (?). Pourquoi Protégez-vous n'a pas fait analyser le poisson en question par des biologistes et des toxicologues? D'autres l'aurait fait assurément. Mon abonnement annuel tire à sa fin et je ne le renouvellerai pas car encore une fois je suis déçu devant l’approximation de vos articles, études et conclusions. Dommage, j'aurais voulu que vous soyez un rempart contre la médiocrité, un phare pour nous guider, mais il n'en est rien.

    A. Legault, Montréal

     32
    Par NORMAND BILODEAU
    05 Mars 2013

    Je partage totalement ce commentaire.Il est important que Protégez.vous investisse dans la recherche pour compenser le laxisme dangeureux de Santé Canada.
    N BILODEAU DE SAGUENAY

     1
  • Par ANNE DESLAURIERS
    21 Février 2013

    Les analyses de ce type sont dispendieuses... Peut-être que la revue, un OBNL, manque-t-il de budget pour faire ce genre d'enquête plus coûteuse?

     20
  • Par JANA HAVRANKOVA
    11 Février 2013

    Je n'ai pas appris grand-chose sur le pangassius. Plutôt que de nous servir des généralités : les aliments sont inspectés, mais pas tous,il faut être prudent, il eût fallu nous informer sur les résultats de l'examen toxicologique des échantillons du pangassius. Ou avouer que l'on a pas testé ce produit...

     17
    journalist
    Par Catherine Meilleur de Protégez-Vous
    06 Mars 2013

    Bonjour Mme Havrankova,
    Comme en fait état Catherine Jumarie, professeure au Département des sciences biologiques et membre du Centre de recherche en toxicologie de l’environnement (TOXEN) de l'Université du Québec à Montréal, la toxicité du pangasius est une question complexe à plusieurs paramètres qui requiert un traitement nuancé. 
    C'est ce que Protégez-Vous s'efforce de faire chaque semaine, en publiant des nouvelles qui présentent des sujets d'actualité en consommation. Nous contactons des experts pour obtenir leur opinion, afin d'aider les consommateurs à mieux s'y retrouver. Il est ensuite possible que nous reprenions un sujet dans le cadre d'un test ou d'une enquête, si notre équipe le juge pertinent ou si plusieurs lecteurs nous en font la demande.

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  • Par André Dupuis
    20 Août 2013

    L'ACIA ne dit rien (avec la langue de bois) et Protégez-vous ne nous éclaire pas plus. À quoi sert tout ça et on paie pour quoi finalement? Si PV n'a pas les moyens d'analyser du poisson, faudrait au moins pousser l'ACIA à en faire plus.

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  • Par denise charbonneau
    21 Février 2013

    Une amie m'avait parlé en bien du pangasius.J'ai l'ai donc consommé sans problème pendant une bonne année sans me soucier du courriel reçu au sujet de ce poisson.Mais lors des 2 dernières fois,j'ai été malade,une indigestion carabinée.Ce n'est qu'après coup que j'ai fait le lien entre la consommation du pangasius et l'indigestion.Depuis ce jour,je n'ose plus en manger.Y a-t-il un lien?

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