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Les verres d'Irlen pour enfants en difficulté scolaire, miracle ou supercherie?

Par Rémi Maillard Mise en ligne : 05 Décembre 2009 Paul Brindamour

Les verres d'Irlen, miracle ou supercherie? Paul Brindamour

Selon leurs partisans, les «verres d’Irlen» ont un effet spectaculaire sur les enfants en difficulté scolaire. Des professionnels de la santé crient néanmoins à la supercherie.

Vous n’en avez certainement jamais entendu parler et votre optométriste ou votre ophtalmologiste en ignore lui aussi probablement l’exis­tence.

Selon leurs partisans, les «verres d’Irlen» ont un effet spectaculaire sur les enfants en difficulté scolaire. Des professionnels de la santé crient néanmoins à la supercherie.

Pourtant, depuis plus de 25 ans, l’Institut Irlen, en Californie, a fait du «syndrome d’Irlen» son fonds de commerce aux États-Unis et dans une quinzaine de pays, dont le Canada.

Également baptisé «syndrome de sensibilité scotopique», il se caractériserait par des distorsions dans la perception visuelle chez les jeunes enfants d’âge scolaire, et se manifesterait principalement sous la forme de difficultés de lecture et d’écriture.

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Comment et qui le syndrome touche-t-il?

Paul Brindamour

«Le syndrome d’Irlen est un problème de sensibilité à la lumière, surtout lorsque celle-ci est fluorescente. Les personnes qui en souffrent voient une page imprimée d’une façon différente et elles sont sans cesse obligées de s’adapter, ce qui leur demande beaucoup d’énergie pour lire. Elles sont donc rapidement fatiguées et ont souvent du mal à mémoriser ce qu’elles ont lu», explique Adel Francis, du centre Irlen d’Ottawa.Le phénomène concernerait environ 50 % des enfants et des adultes ayant des difficultés de lecture et d’apprentissage ou des troubles de l’attention, selon l’Institut Irlen.

La solution? Pour réduire ou éliminer les difficultés de perception et la sensibilité à la lumière, la psychologue étasunienne Helen Irlen, fondatrice de la compagnie, propose des filtres de couleur qui peuvent être utilisés sous forme de calques posés sur un texte ou montés dans des lunettes. Si l’on en croit ses promoteurs, cette méthode serait aussi efficace en cas de dyslexie, de trouble déficitaire de l’attention et de migraines, entre autres.

«Plus de 7000 éducateurs ont été formés pour devenir des évaluateurs Irlen» et « des millions de personnes» dans le monde utilisent la méthode d’Irlen, «la seule scientifiquement prouvée» pour remédier aux problèmes associés au syndrome ­d’Irlen, proclame le site Internet de l’Institut. Au Canada, plus de 3000 clients auraient ainsi été traités avec succès au cours des 16 dernières années, assure Adel Francis, dont quelques centaines au Québec – essentiellement en Abitibi. Par ailleurs, la compagnie soutient que les verres colorés qu’elle produit sont uniques et que seuls des «diagnostiqueurs certifiés Irlen» sont capables d’évaluer la couleur qui soulagera un patient.

«Les optométristes et spécialistes de la vue ne disposent pas des bonnes couleurs ni du processus diagnostique adéquat de sélection des couleurs», met en garde l’Institut. Pire, un mauvais choix «peut entraîner des maux de tête, de la fatigue oculaire ainsi qu’une perturbation du fonctionnement cérébral occasionnant plus de distorsions et des difficultés de lecture». Or, si les calques sont plutôt bon marché – de l’ordre de 7 $ pièce –, une paire de verres teintés pour des lunettes coûte autour de 1000 $, dépistage et évaluation inclus, auxquels il faut ajouter le prix de la monture.

Professionnels: de sérieux doutes

Du côté des professionnels de la vue, le scepticisme prévaut. Tout en admettant que les calques et verres de couleur peuvent être des aides utiles à la lecture pour certaines personnes, l’American Optometric Association souligne que des recherches complémentaires doivent être menées.

«Je n’ai jamais entendu parler de ce syndrome, s’étonne quant à elle la Dre Nicole Fallaha, chef du département d’ophtalmologie au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, à Montréal. Certaines conditions oculaires, comme la myopie, l’hypermétropie et l’astigmatisme, peuvent effectivement poser des problèmes aux enfants qui apprennent à lire et à écrire. Toutefois, elles n’interfèrent ni dans la compréhension ni dans le traitement de l’information, puisque l’apprentissage s’effectue dans les sphères supérieures du cerveau et non au niveau du cortex visuel.»

Professeur à l’École d’optométrie de l’Université de Montréal et ex-président de l’Association des optométristes du Québec, Langis Michaud ne mâche pas ses mots: «L’existence du syndrome ­­d’Irlen­ n’a aucune base scientifique. La plupart des symptômes qui lui sont attribués concernent en réalité des problèmes de vision ou de coordination binoculaire. Je ne doute pas que certains retards scolaires ou difficultés de lecture soient associés à une perception visuelle déficiente. Mais rien ne permet de conclure que cela est dû à une mauvaise perception de la couleur, et encore moins qu’on va régler la question en utilisant simplement des filtres colorés.»

Effet placebo

Au contraire, s’insurge Langis Michaud, cela risque d’éloigner les enfants du réseau des professionnels de la vue et de retarder la découverte de problèmes oculaires ou visuels bien réels, comme un défaut de convergence, des troubles de l’accommodation, la myopie, l’astigmatisme ou l’hypermétropie. Autant d’anomalies facilement identifiables et corrigeables grâce à un examen approfondi et à des exercices d’orthoptique, par exemple, «à condition de les détecter rapidement, car elles sont beaucoup plus difficiles à traiter après l’âge de huit ans».

«L’idée d’utiliser des filtres de couleur est vieille comme le monde, notamment dans les cas de dyslexie, précise Langis Michaud. Placer un filtre sur un texte ou sur des lunettes permet en effet de changer le spectre lumineux qui entre dans l’œil. Cela dit, même si certaines rétines sont peut-être plus sensibles à un spectre qu’à un autre, j’ignore ce que la "méthode" et les verres d’Irlen ont de spécial. À ma connaissance, il n’existe pas de test diagnostique permettant d’identifier LA bonne couleur qui aidera l’enfant. Aucune étude longitudinale sérieuse n’a jamais été menée ni publiée et les tests effectués par des chercheurs indépendants ont tous conclu à un effet placebo.»

D'autres points de vue

Pourtant, malgré le manque d’informations crédibles et l’absence d’effets vérifiables sur le plan scientifique, il semble que l’utilisation de calques et de verres colorés soit parfois bénéfique.

«Je ne sais plus trop quoi penser, avoue un optométriste établi en Abitibi. Quand je vois la manière dont l’évaluation est faite par le représentant d’Irlen, je ne peux qu’être sceptique. Sauf que, d’après les parents et les professeurs, cela donne de bons résultats sur certains enfants, notamment au niveau de la lecture. Une adulte qui avait été évaluée m’a aussi déclaré: "Depuis que je porte mes lunettes, c’est le jour et la nuit." Effet placebo ou pas, il se passe donc quelque chose.»

Orthopédagogue à l’école Notre-Dame-de-Fatima, à Val-d’Or, Nancy Delorme estime que 5 % des 325 élèves de l’établissement ont recours à la méthode d’Irlen: «En général, ceux qui commencent très tôt ne peuvent plus s’en passer. Mais attention, le fait d’utiliser les calques ou les lunettes n’élimine pas d’un coup de baguette magique toutes les difficultés d’apprentissage!»

Et avant de se tourner vers cette méthode alternative, tout enfant qui éprouve des difficultés est automatiquement envoyé chez un optométriste pour subir un examen de la vue, insiste-t-elle. «Nous obtenons d’excellents résultats, confirme Ginette Palin, orthopédagogue à l’école Les Explorateurs, à Malartic. Bien sûr, ce n’est pas ça qui apprend à lire aux é­lèves, mais le calque posé sur une feuille blanche­ fait qu’ils sont plus calmes et donc davantage concentrés pour améliorer leur lecture.»

Examen obligatoire

Ces témoignages ne troublent pas Langis Michaud.

«Chacun est libre de croire ou pas au syndrome d’Irlen. Ce que je sais, c’est qu’au Québec de 10 à 20 % des enfants de moins de cinq ans souffrent de problèmes visuels, affirme-t-il. Malheureusement, les deux tiers d’entre eux rentrent à l’école sans avoir subi d’examen complet de la vue qui seul permettrait de savoir s’ils possèdent les outils de base pour apprendre à lire et à écrire. Si l’on veut éviter que les parents ne soient tentés d’avoir recours à des solutions simplistes et sans fondement scientifique, il faut que les pouvoirs publics légifèrent pour rendre obligatoire un tel examen. La santé et la réussite scolaire de nos enfants sont à ce prix», indique-t-il.

«Les verres d’Irlen n’ont rien à voir avec les problèmes dont souffrent les enfants. Jusqu’à preuve du contraire, cette pratique est purement commerciale et s’apparente à du charlatanisme.»
- Langis Michaud, École d’optométrie de l’Université de Montréal

Quoi faire en cas de doute

  • S’assurer aussi tôt que possible que la vision et la santé de l’œil de l’enfant sont normales en consultant un optométriste ou un ophtalmologiste. Si besoin, ceux-ci le dirigeront vers des spécialistes pédiatriques.
  • Faire évaluer l’enfant par un orthopédagogue pour éliminer d’éventuels problèmes de dyslexie ou d’autres difficultés d’apprentissage.
  • Consulter un psychologue spécialisé pour les enfants.
  • Consulter le médecin de famille pour éliminer tout problème physiologique.
  • Assurer un soutien à l’enfant par une présence parentale renforcée et une aide aux devoirs.
  • Les médecins généralistes devraient recommander aux commissions scolaires de n’appliquer que des traitements dont l’efficacité est reconnue, ce qui n’est pas le cas des verres­ ou des filtres teintés.

Sources: American Academy of Ophthalmology; Langis Michaud.

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