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Produits alimentaires: gare aux portions de référence irréalistes!

Par Lise Bergeron
Produits alimentaires: gare aux portions de référence irréalistes!

On a souvent tendance à surestimer les portions qui devraient composer notre assiette. Celles du resto sont la plupart du temps trop grosses, comme l'a démontré notre enquête dans les restaurants familiaux. Résultat: l’épidémie d’obésité en Amérique du Nord résulte en grande partie de cette exagération des portions qui ne fait plus sourciller qui que ce soit.

En revanche, les valeurs nutritives indiquées sur les produits sont parfois basées sur une portion tout juste raisonnable, voire même ridiculement petite. Comme un Feuilleté de lapin aux chanterelles des Cochonnailles Champenoises trouvé sur le marché, et dont la portion de 30 g indiquée sur l’emballage équivaut à… un doigt. Ramenées à une portion réaliste, le nombre de calories passe de 83 à 346, et la quantité de gras, de 5,1 à 21 g. Le fabricant dit avoir corrigé son emballage et indiquer dorénavant les valeurs nutritives d’une portion de 125 g. Alors, au diable le tableau de la valeur nutritive?

Exemples de portions irréalistes

Bouchées aux dattes
La valeur nutritive de ces dattes à la noix de coco, de marque Caramel Naturel, est basée sur 40 g, soit... une bouchée et demie. Dans son guide d’étiquetage, l’ACIA décourage les fabricants d’utiliser les demi-portions quand il s’agit d’un aliment qu’on mange en une seule bouchée.

Tourtière
Ramenées à une portion réaliste, le nombre de calories passe de 83 à 346, et la quantité de gras, de 5,1 à 21 g. Le fabricant, Les Cochonnailles Champenoises, dit avoir corrigé son emballage et indiquer les valeurs nutritives d’une portion de 125 g.

Doit-on se fier au tableau de la valeur nutritive?

Le tableau de la valeur nutritive, que doivent afficher la quasi-totalité des produits vendus à l’épicerie, doit nous informer. «Ceux qui vivent avec une maladie chronique comme le diabète ou l’hypertension doivent pouvoir s’y fier, c’est très important pour eux. Les fabricants devraient utiliser une portion qui s’approche de celles du Guide alimentaire canadien», estime ­Anne-Marie Morel, nutritionniste à la Coalition Poids, rattachée à l’Association pour la santé publique du Québec. Si plusieurs fabricants s’en inspirent pour déterminer le tableau de la valeur nutritive de leurs produits, rien ne les y oblige. ­Ainsi, ­Santé Canada fixe à 125 g la portion de fromage cottage, mais le fabricant, lui, peut choisir une portion de 60 à 250 g pour établir la valeur nutritive qu’il affichera sur le contenant. Des règles différentes s’appliquent selon la nature des aliments, par exemple s’il s’agit d’une pizza complète, d’un gâteau en format individuel ou d’un paquet de bonbons.

En gros, la taille d’une portion doit correspondre à «la quantité pouvant raisonnablement être consommée par une personne en une seule occasion», dit le règlement sur l’étiquetage nutritionnel des aliments. Récemment, Santé Canada a d’ailleurs revu à la hausse la quantité de référence des croustilles et des boissons gazeuses: la portion de grignotises est passée de 30 à 50 g et celle des boissons gazeuses, de 250 à 355 ml. Ces changements reflètent mieux la réalité, puisqu’une canette contient non pas 250 ml de liquide, mais plutôt 355, et qu’on la boit généralement en une seule fois.

Vous avez intérêt à être bon en math!

Outre la question des portions, ­l’étiquetage nutritionnel reste pour bien du monde un véritable casse-tête. «Plusieurs personnes ne comprennent tout simplement pas le tableau de la valeur nutritive. Comment le rendre plus facile à consulter? Il y a beaucoup de débats sur le sujet», souligne Anne-Marie Morel. Surtout que les allégations se multiplient sur les produits et que la lecture des étiquettes peut parfois s’avérer fastidieuse. Un produit a beau se proclamer «sans sucre ajouté» ou «sans gras trans», ça ne le rend pas nécessairement plus sain que son voisin. Pour Santé Canada, le tableau de la valeur nutritive sert de base de comparaison: vous le consultez et, si la portion indiquée ne correspond pas à ce que vous mangez, vous faites le calcul approprié. Autrement dit, si vous consommez toujours deux cuillères à table de beurre d’arachide plutôt qu’une, vous devez multiplier par deux les données indiquées dans le tableau de la valeur nutritive.

Faites attention aux différentes versions d’un même produit dont les portions, et donc les valeurs nutritives, peuvent varier grandement: ainsi, la pâte de tomate Hunt ordinaire fournit 20 mg de sodium par portion, mais sa version à l’ail en procure 300. C’est 15 fois plus! Même chose avec le Cheez Whiz: le tableau de la valeur nutritive de la version originale est basé sur deux cuillères à table, alors que celui de la version au piment jalapeno est basé sur une seule.

L'indice NuVal

Comment voir clair dans l’avalanche d’informations qui apparaissent sur les produits vendus à l’épicerie? Un programme d’une grande simplicité, créé par des professionnels de la santé, a vu le jour aux États-Unis en 2008. Il s’agit de l’indice NuVal (en anglais seulement), qui attribue une note entre 1 et 100 aux produits alimentaires. Par exemple, pour savoir comment se comparent les craquelins, vous n’avez qu’à aller dans la catégorie désignée et choisir le produit dont le score est le plus élevé. Pas besoin de vous casser la tête avec la teneur en lipides, en sodium ou en glucides: tout le travail d’analyse a été fait par une équipe d’experts indépendants des fabricants. L’indice NuVal est proposé uniquement aux États-Unis. Le verrons-nous au pays bientôt? «À ma connaissance, on ne parle pas d’implanter NuVal au Canada pour le moment.» explique Anne-Marie Morel, la nutritionniste.

Le système Guiding Stars

«Au Canada, le système Guiding Stars est celui qui progresse le plus, car Loblaw l’utilise dans le cadre d’un projet pilote en Ontario. Si les résultats sont concluants, la chaîne pourrait l’étendre à tous ses magasins», dit Anne-Marie Morel. Ce système est aussi très simple: une étoile signifie que le produit constitue «un bon choix», deux étoiles veulent dire qu’il représente «un meilleur choix», et trois étoiles dénotent «le meilleur choix».

Les portions indiquées doivent être réalistes

«L’ACIA encourage fortement les fabricants à suivre les exemples de portions suggérés dans le Guide d’étiquetage et de publicité sur les aliments, sinon, elles pourraient être considérées comme trompeuses pour le consommateur», explique Guy Gravelle, de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA). En effet, selon la Loi sur les aliments et drogues, toutes les informations qui apparaissent sur l’emballage d’un produit ou dans la publicité qui l’entoure «ne doivent pas être fausses, trompeuses, ou mensongères». À la suite d’une visite de l’ACIA,Les Cochonnailles Champenoises, qui suggérait de manger 30 g de tourtière soit 1/18 du feuilleté, alors qu’une part normale serait plutôt de 125 g, soit environ quatre fois plus, a fait amende honorable: «Nous avons commandé de nouvelles étiquettes. Les valeurs nutritives sont dorénavant basées sur une portion de 125 g, soit ¼ de la tarte. Mais il reste que la grosseur d’une portion qu’on mange en une seule fois est très relative. Ça reste sujet à interprétation», dit Nicolas Garcia, un des associés de l’entreprise.

Aussi, la même portion doit être utilisée chaque fois qu’une portion est mentionnée sur une étiquette. Concrètement, si un mélange à pouding permet de faire six portions, le tableau de la valeur nutritive doit être basé sur un sixième du contenu. Tous les fabricants ne le font pas nécessairement: Robin Hood, par exemple, indique sur l’emballage de ses «Gros flocons d’avoine» que 1/3 de tasse (75 ml) de flocons constitue une portion de gruau, mais écrit ¼ de tasse (40 g) dans le tableau de valeur nutritive. Difficile alors de se faire une idée!

Voici quelques repères visuels qui vous aideront à voir à quoi correspond une portion raisonnable de différents aliments.

Selon une étude américaine*, publiée en 2011, la taille des portions et les occasions de boire et de manger dans une journée ont largement contribué à l’augmentation de l’obésité en Amérique du Nord. Voici des exemples d'aliments qui ont vu leur taille grossir depuis une trentaine d'années.

* Duffey KJ, Popkin BM (2011) Energy Density, Portion Size, and Eating Occasions: Contributions to Increased Energy Intake in the United States, 1977–2006. PLoS Med 8(6): e1001050. doi:10.1371/journal.pmed.1001050
 

Photo au début de l'article: Shutterstock

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