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Tatouage: comment le faire disparaître

Par Catherine Crépeau Mise à jour : 01 janvier 2016 Shutterstock

Dossier - Tatouage: comment le faire disparaître Shutterstock

Enlever un tatouage, c’est possible, mais le processus est long et coûteux, et les résultats, non garantis. Devrait-on opter pour le laser ou la chirurgie? Que penser des traitements à l'acide? Combien de séances sont nécessaires? Réponses dans notre dossier!

Les histoires de détatouage qui tournent au cauchemar sont nombreuses. En 2014, l’émission télévisée La facture rapportait que 18 femmes avaient souffert de brûlures au premier et deuxième degré lors d’opérations de détatouage à l’acide glycolique chez Bye Bye Tattoo, à Saint-Eustache. Parfois effectué au moyen de lasers inappropriés ou mal calibrés, le détatouage fait aussi des victimes dans des cliniques d’esthétique et des cabinets de médecins peu habitués à cette intervention.

«Il est possible d’effacer un tatouage, mais ça ne se fait pas en une seule fois et, parfois, le tracé reste visible», précise la Dre Andrée Mathieu-Serra, dermatologue spécialisée en chirurgie au laser, à Montréal.

Une intervention qui laisse parfois des traces

Une étude italienne publiée en 2012 dans Archives of Dermatology (aujourd’hui JAMA Dermatology) montre que 47 % des tatouages peuvent être effacés en 10 séances de laser nanoseconde – qui émet des impulsions d’une durée d’un milliardième de seconde. Après 15 traitements, 75 % des tatouages disparaissent, sans effets indésirables. Pour une personne sur quatre, par contre, il est impossible d’effacer entièrement le tatouage, ou il faut plus de temps pour y arriver.

«Se faire détatouer, ce n’est pas banal. C’est plus invasif que le tatouage, et le traitement peut entraîner des effets secondaires, comme des brûlures ou des cicatrices», explique le Dr Yves Robert, secrétaire général du Collège des médecins du Québec. Il déplore le manque de réglementation provinciale ou fédérale entourant l’utilisation des lasers et des produits servant au détatouage.

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Pour comprendre pourquoi les tatouages sont difficiles à effacer, il faut savoir comment ils sont réalisés. Les pigments d’encre sont insérés dans le derme – couche profonde de la peau – au moyen d’une aiguille. Le corps se défend contre ces blessures en envoyant les cellules immunitaires détruire les particules d’encre. Lorsqu’elles échouent, les pigments colorés restent emprisonnés dans les cellules du derme, ce qui forme le tatouage sous la peau. Pour le faire disparaître, il faut donc s’attaquer à ces pigments.

Selon la Dre Mathieu-Serra, la méthode au laser est «la meilleure solution parce qu’elle permet d’enlever l’encre avec le moins de blessure à la peau». La lumière du laser pénètre jusqu’au derme, où elle fragmente l’encre en minuscules particules. Ces dernières sont alors détruites par les cellules immunitaires et éliminées grâce au système lymphatique.

Comment ça se passe?

Pendant un traitement, le patient ressent un pincement semblable à celui d’un élastique qui claque sur la peau. La zone traitée blanchit. Dans les jours suivants, des cloques et une croûte se forment, puis disparaissent. Une rougeur et un gonflement peuvent aussi apparaître, de façon plus intense sur les peaux sombres ou bronzées, qui sont plus réactives au laser que les peaux claires.

Les séances, qui durent entre cinq et trente minutes, selon la taille du tatouage et le type de laser utilisé, doivent être espacées de six à huit semaines pour permettre à l’organisme de se débarrasser des débris d’encre et aux cellules épidermiques de se renouveler.

Parmi les effets secondaires, un assombrissement temporaire de la peau dans la zone traitée est courant. Moins commun, l’éclaircissement causé par la destruction du pigment normal de la peau peut être évité en espaçant les traitements. Plus rarement, des infections surviennent ou des cicatrices apparaissent. L’éclatement des particules d’encre rouge, qui contiennent du mercure, peut aussi provoquer une réaction allergique, ajoute le dermatologue Daniel Barolet, qui pratique le détatouage au laser en clinique privée depuis 25 ans.

Johanne Demers a déboursé jusqu’à présent 1 400 $ pour effacer les tatouages de sa fille de 19  ans (photo). Après deux traitements au laser sur les doigts de la main droite et sur le dos de la main gauche, et trois traitements sur les doigts de la main gauche, les dessins ont beaucoup pâli. Au moins deux autres traitements seront nécessaires, ce qui portera la facture totale à près de 2 600 $, incluant les taxes.

Le nombre de traitements

Combien faut-il de séances pour tout faire disparaître? Cela dépend de la taille du dessin, du nombre d’années que vous le portez, d’où il est situé sur votre corps, de la qualité et de la quantité d’encre utilisées, de la réaction de votre peau au laser ainsi que de la méthode employée par le tatoueur: plus l’encre a été déposée profondément dans le derme, plus il sera difficile de la déloger.

La couleur du tatouage influe aussi sur le résultat: le noir s’efface généralement facilement et sans laisser de trace. Trois ou quatre séances peuvent suffire, alors qu’un tatouage coloré peut en nécessiter plus d’une dizaine. «Le jaune, le vert et le bleu aqua sont particulièrement difficiles à fragmenter. Dans la plupart des cas, il reste un ombrage de la forme du dessin», précise le Dr Barolet.

Le nombre de séances nécessaires dépend aussi du type de laser utilisé. Le laser nanoseconde est désormais la norme pour pratiquer le détatouage. L’onde de pression est assez puissante pour fragmenter les particules de couleur et trop rapide pour endommager la peau environnante, ce qui réduit les risques de brûlures ou de cicatrices, explique la Dre Mathieu-Serra.

Les cliniques de détatouage commencent aussi à acquérir le laser picoseconde. Mille fois plus rapide que le laser nanoseconde, il traite toutes les couleurs et réduit les pigments d’encre à l’état de poussière, ce qui facilite leur élimination par le corps. «La durée et le nombre des traitements peuvent être diminués de moitié, et les ombrages sont éliminés», souligne le Dr Barolet, qui utilise les deux types d’appareils.

Après un traitement au laser, qui lui a occasionné des brûlures, et une chirurgie correctrice, Geneviève Plante (photo) traîne toujours des traces de son tatouage.

Le coût et les contre-indications

Encore là, tout dépend de la grosseur du dessin et du type d’équipement utilisé. Pour un tatouage grand comme une carte professionnelle, une séance coûte de 150 à 200 $ avec un laser nanoseconde et de 250 à 300 $ avec un laser picoseconde. Donc, pour un traitement moyen de huit séances au laser nanoseconde, la facture peut grimper jusqu’à 1 600 $. Et pour un traitement moyen de cinq séances au laser picoseconde: 1 500 $. Le laser n’est pas recommandé pour les femmes enceintes, les personnes qui ont reçu des traitements de chimiothérapie au cours des six mois précédents, qui souffrent d’une maladie auto-immune ou qui ont des antécédents de mauvaise cicatrisation, indiquent les médecins consultés.

En 2005, Maïta Lavoie (photo) a eu recours au laser pour faire enlever ses tatouages. Aujourd’hui, seul un œil averti peut deviner que des dessins ont déjà orné ses doigts.

L'acide glycolique

Autre méthode de détatouage publicisée, notamment sur le Web: l’injection sous la peau de différentes solutions composées d’acide glycolique, seul ou en association avec de l’oxyde de magnésium, ou pouvant contenir de l’eau saline ou des «ingrédients naturels», dont la recette est rarement dévoilée. Les produits injectés sont censés agir sur les pigments d’encre et les faire remonter vers la surface de l’épiderme, d’où ils sont tôt ou tard expulsés. Au dire des médecins rencontrés, l’efficacité de ces traitements est limitée, et ceux-ci présentent certains dangers.

«L’acide glycolique continue d’agir et de détruire les tissus cutanés et sous-cutanés longtemps après l’injection. J’ai reçu des patients brûlés au deuxième degré et qui ont maintenant des cicatrices à vie», explique la Dre Mathieu-Serra.

Annik Faubert, la fin quarantaine, l’a appris à ses dépens. Après six traitements à l’acide glycolique d’une valeur de près de 600 $ chez Bye Bye Tattoo en 2011, le papillon tatoué sur sa poitrine était encore bien visible. L’année suivante, elle est retournée à cette clinique et a payé 275 $ pour trois traitements supplémentaires, cette fois effectués avec une solution d’eau saline. Le produit lui a vite brûlé la peau. Aujourd’hui, son tatouage est toujours apparent, doublé d’une cicatrice blanche légèrement gonflée.

La diffusion du reportage de La facture en 2014 a poussé certaines cliniques à délaisser l’utilisation de l’acide glycolique. Bye Bye Tattoo, qui était montrée du doigt, a depuis cessé ses activités.

D’après les cliniques qui proposent les solutions injectables, il faut compter de quatre à six traitements pour éliminer un tatouage, selon sa dimension, sa couleur et la profondeur de l’encre sous la peau. Ces traitements sont prodigués à intervalles de quatre à huit semaines pour permettre à la peau de se renouveler. Ils sont cependant déconseillés par les dermatologues que nous avons rencontrés.

Chirurgie: retirer le tatouage et la peau

La chirurgie permet d’enlever de façon efficace des tatouages, peu importe leur couleur ou votre type de peau. L’opération, pratiquée par des chirurgiens plasticiens, consiste à exciser la peau tatouée et se déroule sous anesthésie locale ou générale. Le dessin doit cependant être situé sur une partie du corps où la peau est charnue et assez souple pour être étirée afin de recouvrir le vide laissé par l’ablation. Donc, oubliez l’idée de retirer le papillon tatoué sur votre cheville ou votre sternum! La chirurgie est impossible à pratiquer sur de grandes surfaces, comme un avant-bras, puisqu’elle exigerait une greffe de peau.

L’intervention laisse une cicatrice, comme toute opération chirurgicale. Pour ces raisons, les chirurgiens plasticiens sont de plus en plus réticents à utiliser cette méthode comme première solution. Le Dr Barolet croit que la chirurgie peut cependant être utile pour retirer les dernières traces d’encre après un traitement au laser ou pour corriger des cicatrices de brûlures.

Le prix d’une chirurgie correctrice varie en fonction des soins requis. Pour faire disparaître la cicatrice autour de son bras, Geneviève Plante devrait débourser 1 500 $, selon l’estimation qu’elle a reçue.

Des méthodes tombées dans l’oubli

La destruction mécanique des tatouages au moyen de la salabrasion et de la dermabrasion a été abandonnée depuis des années en raison du manque d’efficacité de ces méthodes, ainsi que des plaies qu’elles provoquaient et des risques d’infection.

La salabrasion consistait à user l’épiderme avec un mélange à base de sel. L’opération, répétée, était douloureuse et endommageait la peau. La dermabrasion reposait sur le même principe: l’épiderme et les couches supérieures du derme étaient «râpés» avec une fraise ou une brosse métallique à rotation rapide.

Crèmes miracles?

Vous trouverez sur Internet des publicités de crèmes de détatouage censées dissoudre l’encre. Il n’existe cependant aucune preuve de leur efficacité et elles contiennent souvent des acides pouvant causer des éruptions cutanées, des brûlures ou des cicatrices permanentes, prévient l’American Academy of Dermatology, un regroupement américain de dermatologues.

Mais il y a peut-être un espoir dans ce rayon. Un chercheur de l’Université Dalhousie, à Halifax, aurait mis au point une crème qui efface les tatouages sans laisser de cicatrices. Celle-ci stimulerait le travail des cellules du système immunitaire dont le rôle est de s’attaquer aux corps étrangers, soit les mêmes qui éliminent les fragments d’encre après un traitement au laser. Cette crème, présentement testée sur des animaux, est encore loin de la commercialisation.

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À qui vous adresser?
 
Au Québec, le tatouage et le détatouage ne sont soumis à aucune réglementation. Ainsi, un tatoueur pourrait vous offrir d’effacer ses propres œuvres!
 
Plusieurs cliniques médicales et d’esthétique disent pouvoir vous débarrasser de vos tatouages. La Dre Andrée Mathieu-Serra, dermatologue spécialisée en chirurgie au laser, recommande de choisir un centre médical expérimenté en détatouage au laser. Vous obtiendrez ainsi un suivi adéquat en cas de complications. Un dermatologue sera à même de vous diriger vers des spécialistes du laser. Assurez-vous que l’endroit dispose d’appareils nanosecondes ou picosecondes.
 
Demandez qui fera le traitement. S’il est effectué par une infirmière ou un médecin, vous pouvez vérifier auprès de son ordre professionnel s’il a déjà fait l’objet de plaintes. Lors de la première consultation, le spécialiste devrait examiner la couleur de votre peau et les caractéristiques du tatouage, et se renseigner sur vos antécédents médicaux. Il voudra savoir, par exemple, si vous cicatrisez bien, si vous prenez des anticoagulants et si vous avez déjà eu des maladies de peau comme le psoriasis. Il devrait être en mesure de vous dire s’il est possible de supprimer votre tatouage entièrement, et de vous donner une estimation du nombre de séances nécessaires et du montant que vous devrez débourser. Dans certaines cliniques, cette première consultation est gratuite, alors que d’autres exigent jusqu’à une centaine de dollars.

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Commentaires 1 Masquer

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  • Par Catherine Côté | 21 janvier 2017

    J'aurais aimé voir les tatouages avant et après les traitements... dommage!