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Faut-il se méfier des déodorants?

Mise en ligne : 01 mars 2009

Éther butylique de polypropylèneglycol-14, isopropyl myristate, isononanoate d’éthylhexyl, cyclopentasiloxane, huile de ricin hydrogénée... Tous ces ingrédients, et des dizaines d’autres, peuvent se retrouver dans les déodorants et antisudorifiques dont nombre de Québécois s’enduisent chaque jour les dessous de bras. Rien de bien préoccupant pour la santé, a priori. Pourtant, certaines des substances utilisées suscitent régulièrement la controverse. Et plusieurs lecteurs, comme Caroline Dumontet (photo), nous ont fait part de leur perplexité quand vient le temps de faire le «bon» choix parmi la multitude de produits vendus sur les tablettes. «J'ai essayé plusieurs produits, mais aucun ne me convient vraiment. J'en voudrais un qui me garde au sec, sans odeur, sans abîmer mes vêtements... et sans risques pour ma santé!», indique cette lectrice de Sherbrooke. Nous faisons donc le point.

Sels d’aluminium

Principaux accusés: les sels d’aluminium. Ajoutés dans les antisudorifiques pour bloquer le processus de transpiration, ils resserrent les pores de la peau et agissent comme une sorte de bouchon en obstruant les glandes sudoripares. D’où la rumeur tenace qu’ils empêcheraient l’organisme d’éliminer des toxines au niveau des aisselles, provoquant ainsi leur accumulation dans les ganglions lymphatiques situés dans cette région, ce qui accroîtrait les risques de cancer. Une explication qui pourrait sembler logique quand on sait que 50 % des cancers du sein sont localisés dans son quadrant supérieur externe, donc tout proche de la zone d’application du produit.

>> À lire aussi: Déodorants et parabènes, y a-t-il un lien avec le cancer du sein?

Faux, rétorque cependant la Société canadienne du cancer (SCC): «De nombreuses études épidémiologiques [...] ont été faites sur les risques rattachés au cancer du sein et aucune n’a démontré que l’usage des antisudorifiques était un facteur de risque pour le cancer du sein.» De son côté, Santé Canada précise que «l’aluminium contenu dans les antisudorifiques ne présente pas un risque important pour la santé, puisqu’il ne pénètre que très peu la peau». Même s’il est vrai que le nombre de cancers du sein au Canada – 22 400 cas en 2008, dont 5900 au Québec – augmente régulièrement d’année en année, André Beaulieu, porte-parole de la SCC, avance que «c’est d’abord parce que l’âge moyen de la population est plus élevé et le dépistage plus efficace».

Médicament, produit de santé ou cosmétique?

Depuis le 1er janvier 2004, les antisudorifiques doivent obtenir un numéro de produit naturel (NPN) pour pouvoir être vendus au pays, puisqu’ils sont soumis à la réglementation sur les produits de santé naturels. Auparavant, ils étaient considérés comme des médicaments et devaient donc afficher un numéro d’identification du médicament (DIN) sur leur étiquette. Mais comme les fabricants ont jusqu’à la fin de cette année pour se conformer à la loi, beaucoup portent encore un DIN.  Cela dit, Santé Canada prévoit les considérer dorénavant comme de simples cosmétiques, au même titre que les déodorants, sauf s’ils «laissent entendre qu’ils ont une durée d’action de plus de 24 heures» ou s’ils visent à combattre l’hyperhidrose (transpiration excessive), auquel cas ils resteront des médicaments.

Conclusions peu fiables

Quelques études ont bien trouvé un lien entre l’utilisation de cosmétiques et le cancer du sein, mais la plupart des scientifiques affirment que leur méthodologie, le faible nombre de tumeurs étudiées et l’absence de comparaison avec des femmes en bonne santé ne permettent pas d’en tirer des conclusions fiables. En fait, certains spécialistes estiment que la plus grande fréquence de cancer dans cette partie du sein serait tout simplement liée à la présence d’une plus grande quantité de tissu mammaire. Ce qui n’empêchait pas les trois agences françaises de santé publique de noter, en 2003, que «la détermination de l’impact sur la santé de l’exposition humaine à l’aluminium reste encore extrêmement difficile».

Faute d’en savoir davantage, plusieurs médecins recommandent la prudence. «Il est aujourd’hui prouvé que les sels d’aluminium peuvent franchir la barrière cutanée et se retrouver dans le sang. Or, ils ont un effet estrogénique et on ne connaît pas le seuil de dangerosité pour l’homme de ce type de substance», souligne le Dr Gabriel André, gynécologue-obstétricien à Strasbourg (France). Il ajoute: «Je conseille donc à mes patientes d’éviter d’appliquer un antisudorifique sous les aisselles après s’être épilées ou rasées, car ces gestes créent des microtraumatismes à un endroit où la peau est particulièrement fine. Et dans cette situation, on a observé un passage massif des molécules d’aluminium dans le sang.»

Les parabènes

Autre substance controversée: les parabènes. Ces agents de conservation et antimicrobiens extrêmement efficaces sont en effet soupçonnés d’être des perturbateurs endocriniens. Ils ont été retrouvés, en très faible concentration, dans 19 des 20 tumeurs du sein examinées au début des années 2000 par une chercheuse de l’Université de Reading, en Grande-Bretagne. Bien que les fabricants de cosmétiques les emploient de moins en moins, on en trouve encore dans quelques déodorants.

Les phtalates sont eux aussi dans le collimateur des scientifiques et associations de protection de l’environnement. Largement utilisés dans l’industrie cosmétique pour fixer le parfum et obtenir une odeur de plus longue durée, ces perturbateurs endocriniens ne figurent sur aucune étiquette. Ils se cachent souvent derrière les termes «parfum» ou «fragrance». Comme dans le cas des parabènes, on ignore presque tout de leurs effets à long terme sur l’organisme en cas d’utilisation répétée à faibles doses.

Fragrances: un trou noir

«Les fragrances, c’est vraiment un trou noir, s’inquiète Elyse Rémy, porte-parole de l’Institut national d’information en santé environnementale (INISE). La loi n’oblige pas le fabricant à divulguer les ingrédients qui les composent et les consommateurs n’ont donc aucun moyen de savoir ce qu’ils mettent sur la peau.»

Biochimiste et cosmétologue dans une firme de recherche et développement à Montréal, Mikaela Teris confirme: «La formule d’un parfum, ce sont entre 30 et 60 matières premières utilisées à des doses infimes. Moi-même, en tant que formulatrice de produits cosmétiques, j’ai peu d’informations sur la composition de la fragrance avec laquelle je travaille. Toutefois, les études montrent que les phtalates dangereux pour la santé se trouvent dans les matières plastiques, pas dans les cosmétiques. Et le seul risque, avec un déodorant ou un antisudorifique, c’est un risque d’allergie ou d’irritation cutanée. Pour savoir si un produit convient, il faut l’essayer et écouter son corps. Si ça ne marche pas après une ou deux utilisations, mieux vaut cesser de l’utiliser et en choisir un autre.»

Exemples d'allégations sur les déodorants

Un déodorant sert à masquer les mauvaises odeurs, tandis qu’un antisudorifique combat la transpiration et la dégradation de la sueur. Certains sont parfumés, d’autres inodores.

Les «sels minéraux naturels» (bauxite ou alun d’ammonium) de ces déodorants possèdent des propriétés astringentes qui resserrent les pores de la peau et empêchent la formation des bactéries à l’origine des mauvaises odeurs. «C’est un procédé ancien, non irritant, mais guère efficace», juge Mikaela Teris, biochimiste et cosmétologue.

Qu’ils soient vendus sous forme de bâton, de gel, de crème, de vaporisateur, d’atomiseur (aérosol) ou à bille, les déodorants et antisudorifiques avec les mêmes ingrédients actifs possèdent les mêmes propriétés.

Ce déodorant «sans aluminium» et «sans parfum» est «recommandé par des oncologues» et «par des centres de traitement du cancer à l’échelle nationale», affirme son fabricant étasunien, French Transit. Est-il plus sécuritaire que les autres? En réalité, il s’agit d’un argument de marketing basé, notamment, sur le fait que les produits contenant de l’alcool ou du parfum sont déconseillés en cas de traitements de cancers par radiothérapie ou chimiothérapie, car ils irritent la peau. Quel type de déodorant privilégier, alors? «Nous n’en recommandons aucun en particulier», tient à préciser André Beaulieu, de la SCC.  Notez que le Crystal Body Deodorant est bien coté dans la base de données Skin Deep de l’Environmental Working Group en raison de l’innocuité de ses ingrédients.

Ce type d’affirmations est conforme à la réglementation sur les cosmétiques, d’après Santé Canada. Par contre, des allégations thérapeutiques telles que «Effet antisudorifique de plus de 24 heures», «Arrête ou prévient la transpiration» ou «Aide à garder au sec» sont interdites.

Ne vous fiez pas aveuglément à des allégations comme «Testé par des dermatologues», «Formule cliniquement éprouvée» ou «Naturel». «Lisez la composition du produit, recommande Elyse Rémy de l'Institut national d'information en santé environnementale (INISE). Ce n’est pas parce qu’il s’affiche “naturel” qu’il est forcément exempt de substances controversées.»

Évitez les produits dont la liste des ingrédients inclut la mention «parabens» ou «-paraben». Aujourd’hui, un antisudorifique doit afficher ce genre de mise en garde. Considérés comme de simples cosmétiques, les déodorants échappent à cette obligation «parce que, en général, ils ne contiennent pas de sels d’aluminium et sont donc moins irritants», explique Santé Canada.

Certifié biologique par la firme Ecocert, «biodégradable et non testé sur les animaux», si l’on en croit son fabricant, ce déodorant représente «un excellent choix pour la santé et pour l’environnement», estime Elyse Rémy. Les produits labellisés Ecocert doivent contenir au moins 95 % d’ingrédients naturels ou issus de l’agriculture biologique, et au plus 5 % d’ingrédients de synthèse. En outre, ils ne contiennent ni parfums, ni colorants, ni ingrédients dérivés du pétrole.

Le déodorant Pour ma sœur... de la compagnie ontarienne Green Beaver s’affiche «sans aluminium». Normal, puisque, en règle générale, cet ingrédient est présent uniquement dans les antisudorifiques! Par ailleurs, le produit n’échappe pas au marketing tous azimuts qui entoure le cancer du sein: l’intégralité des profits générés par sa vente sera versée au Campbell Family Institute pour la recherche sur le cancer du sein et à l’Université McGill.

Selon Elyse Rémy, mieux vaut éviter les produits contenant des parfums (ou fragrances), surtout chez les femmes enceintes ou celles qui souhaitent le devenir, ou si vous avez la peau sensible. Ces ingrédients peuvent en effet signifier la présence de phtalates. En outre, plusieurs molécules parfumantes sont répertoriées comme étant sensibilisantes. Choisissez plutôt un produit sans alcool.

Conclusion?

Difficile pour le consommateur de faire le bon choix au milieu de toutes ces incertitudes. Bien sûr, les grandes marques de cosmétiques affirment que leurs produits de soins personnels ne présentent aucun danger. Mais comment ne pas se poser de questions quand on sait que la sécurité de ces produits repose entièrement sur leurs épaules, puisque les entreprises ne sont pas tenues de fournir de données toxicologiques avant leur mise en marché? Comment ignorer qu’aux États-Unis, par exemple, près de 90 % des quelque 10 500 ingrédients qui les composent n’ont pas été évalués pour leur toxicité?

«Ce qui est surtout préoccupant avec les ingrédients contenus dans beaucoup de déodorants et d’antisudorifiques, c’est qu’ils viennent s’ajouter aux centaines de substances chimiques que nous ingérons déjà par d’autres voies, résume Elyse Rémy. Et malheureusement, nous ne savons pas grand-chose sur les effets à long terme de ces polluants, en particulier sur leur "effet cocktail", c’est-à-dire leurs éventuelles interactions les uns avec les autres.»

En cas de doute

La composition de votre déodorant ou de votre antisudorifique vous inquiète? Vous pouvez toujours vérifier s’il figure dans la base de données Skin Deep de l’Environmental Working Group. Seul bémol: l’organisme étasunien admet lui-même que ses experts évaluent les produits à partir de l’information disponible. Or, la majorité des ingrédients qui les composent n’ont pas subi de tests de toxicité.


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Santé et alimentation