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Filtres chimiques dans les écrans solaires: faut-il s'inquiéter?

Par Rémi Maillard Mise en ligne : 18 juin 2010  |  Magazine : juillet 2010

Photo: iStockphoto

Chaque été, les dermatologues répètent qu’il faut se protéger du soleil pour réduire le risque de développer un cancer de la peau, la forme de cancer la plus répandue au Canada. Et tout aussi régulièrement, des chercheurs font des mises en garde contre les filtres chimiques contenus dans les crèmes solaires.

Résultat, les consommateurs sont perdus et ne savent plus quoi penser. Nous faisons le point.

Les filtres chimiques peuvent-ils perturber les fonctions hormonales?
Au cours des dernières années, plusieurs études sont venues jeter un doute sur l’innocuité de certains de ces filtres destinés à absorber les rayons ultraviolets. Ainsi, la chercheuse Margret Schlumpf et son équipe de l’Institut de pharmacologie et de toxicologie de l’Université de Zurich, en Suisse, ont découvert que des composés comme le 4-MBC et le 3-BC, entre autres, étaient des perturbateurs endocriniens.

Des expériences menées sur des rats montrent en effet qu’ils retardent la puberté des mâles, accroissent le nombre de cycles menstruels irréguliers et perturbent le comportement sexuel des femelles, et affectent la croissance des organes reproducteurs. Selon Margret Schlumpf, le 4-MBC a aussi un impact sur le développement du cerveau et de la thyroïde. Également sur la sellette, les produits de la famille des benzophénones, dont elle a démontré l’activité œstrogénique sur les rats. Et spécialement l’oxybenzone: outre le fait qu’il est très allergène, il traverse facilement la barrière de la peau, à l’instar des autres filtres UV, pour se retrouver dans le sang, l’urine et jusque dans le lait maternel.

Dans le cas des enfants et des femmes enceintes ou qui allaitent, il faut éviter d’utiliser un produit avec un filtre UV chimique et se rabattre par exemple sur un écran à base d’oxyde de zinc ou d’une combinaison d’oxyde de zinc et d’extraits végétaux.

«Nous ignorons aujourd’hui quelles sont les substances les plus nocives pour la santé dans les crèmes solaires. Mais sur 10 filtres UV que nous avons testés, six avaient une activité œstrogénique lors de tests in vivo, et huit lors de tests in vitro», détaille Margret Schlumpf.

«Même si ces perturbateurs endocriniens ne semblent pas nocifs pris isolément et à faible dose, certaines études de synergie indiquent qu’ils le deviennent lorsqu’ils s’ajoutent aux autres produits chimiques auxquels nous sommes déjà exposés», s’inquiète Elyse Rémy, porte-parole de l’Institut national d’information en santé environnementale. Signe que l’industrie tient parfois compte de la pression des associations de consommateurs, l’organisme Environmental Working Group (EWG), qui a analysé 2 073 écrans solaires aux États-Unis, a constaté une baisse de 19 % du nombre de produits contenant de l’oxybenzone entre l’été 2008 et l’été 2009.

Une bonne nouvelle quand on sait que les Centres étasuniens pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) ont trouvé des niveaux détectables de ce composé soupçonné d’être un perturbateur endocrinien dans l’urine de 97 % de nos voisins du Sud âgés de plus de six ans. Malgré tout, en 2009, plus de 40 % des crèmes sur le marché en contenaient encore, selon l’EWG.

Tous les experts ne s’entendent pas sur les dangers de l’oxybenzone

«On n’a aucune preuve qu’il y ait le moindre danger pour l’humain. Les études n’ont jamais démontré que les filtres chimiques, aux doses qui se trouvent dans les lotions solaires, pouvaient perturber les fonctions hormonales ailleurs que chez le rat ou la truite, s’insurge le Dr Joël Claveau, dermatologue à la Clinique du mélanome et des cancers cutanés à l’Hôtel-Dieu de Québec et porte-parole de l’Association des dermatologistes du Québec. Pour l’instant, Santé Canada considère l’oxybenzone comme un ingrédient sécuritaire. Si on compare le poids pour notre société que représente le cancer de la peau par rapport aux doutes qui peuvent exister chez le rat ou la truite, il n’y a pas d’hésitation à recommander l’utilisation des écrans solaires qui en contiennent.»

Porte-parole de l’Association canadienne de dermatologie, le Dr Alfred Balbul se veut tout aussi rassurant: «Je ne crois pas que ces filtres posent problème en tant que perturbateurs endocriniens. Cela dit, il est vrai que l’oxybenzone peut provoquer des réactions allergiques de la peau. Donc, mieux vaut l’éviter chez les enfants, par exemple.»

Pourquoi utiliser des nanoparticules dans les crèmes solaires?

Un nombre croissant de produits solaires contiennent des écrans physiques en plus ou à la place des classiques filtres solaires chimiques. L’avantage? Composés de molécules de dioxyde de titane ou, parfois, d’oxyde de zinc, ils réfléchissent les rayons UVB et UVA au lieu de les absorber. Très efficaces pour bloquer le rayonnement ultraviolet, ces agents opacifiants présentent en outre l’intérêt de ne pas être allergènes et d’entrer en action dès leur application sur la peau – au contraire des filtres chimiques, qui doivent être appliqués de 15 à 30 minutes avant l’exposition au soleil.

Utilisés de longue date à l’état microscopique, ils étaient autrefois facilement identifiables par les traces blanchâtres qu’ils laissaient sur la peau. Mais aujourd’hui, les chimistes sont parvenus à réduire ces molécules à une taille nanométrique (un nanomètre représente un milliardième de mètre, soit 100 000 fois moins que le diamètre d’un cheveu humain).

«L’intérêt des nanoparticules de dioxyde de titane est qu’elles permettent d’augmenter l’efficacité du filtre solaire et, surtout, de rendre les crèmes transparentes», explique Dorothée Benoit-Browaeys, déléguée générale de l’organisme français VivAgora – qui a mis en place l’Alliance citoyenne sur les enjeux des nanotechnologies – et auteure du livre Le meilleur des nanomondes.

Les nanoparticules posent-elles un risque pour la santé?
Revers de la médaille, cette miniaturisation extrême pourrait permettre le passage des nanoparticules à travers la barrière naturelle de la peau, spécialement lorsque celle-ci est lésée (coups de soleil, allergies, coupures, etc.). «Inerte à l’échelle macroscopique, le titane devient très réactif quand il est nanostructuré, ce qui modifie son potentiel toxique, précise Dorothée Benoit-Browaeys. Cela est dû à l’augmentation de sa surface d’interaction: un gramme de dioxyde de titane fragmenté en nanoparticules expose 60 m2 aux autres espèces chimiques voisines, contre seulement quelques centimètres carrés à une échelle plus grossière.»

Si l’on en croit l’industrie et une bonne partie de la communauté scientifique et médicale, le risque est néanmoins inexistant pour les consommateurs. Dans le mensuel français CosmétiqueMag de février 2010, Gérard Redziniak, président de la Société française de cosmétologie, déclare ainsi que «dans les formules solaires, les nanoparticules ne pénètrent pas dans l’organisme puisqu’elles forment toujours des agrégats d’un diamètre largement supérieur à 100 nanomètres».

«À ce jour, plus de 150 publications scientifiques prouvent l’efficacité et l’innocuité du nano-dioxyde de titane», renchérit dans le même article la directrice de la communication scientifique de L’Oréal, Patricia Pineau. «Ça fait plus de 10 ans qu’on effraie les gens avec différentes histoires, signale le Dr Claveau. Pendant ce temps, nos cabinets sont remplis de patients cancéreux parce qu’ils ne se sont pas protégé la peau. Bien sûr, nous devons rester vigilants par rapport aux nouvelles études qui sortent régulièrement dans les journaux médicaux, mais pour l’instant il n’y a aucune raison de remettre en cause la sécurité des écrans solaires.»

Accumulation de nanoparticules
Ce discours fait bondir le professeur Roger Leblanc, du Département de chimie et de dermatologie de l’Université de Miami, en Floride: «Les recherches effectuées en utilisant la spectroscopie photoacoustique [une technique qui permet de mesurer le degré de pénétration d’un produit chimique] ont démontré que des particules de l’ordre de deux à 100 nanomètres de dioxyde de titane pouvaient pénétrer l’épiderme et se retrouver dans les vaisseaux sanguins.

Or, on a constaté que l’accumulation de ces nanoparticules dans l’organisme des souris provoquait rapidement des dommages au niveau des chromosomes et des ruptures des brins d’ADN. Et il est bien établi que ce type de dommages augmente les risques de développer un cancer. Même si ce qui est toxique chez la souris ne l’est pas forcément chez l’homme, l’utilisation du dioxyde de titane représente un grand risque potentiel pour la santé. Si on veut utiliser un écran physique, mieux vaut choisir l’oxyde de zinc, beaucoup moins nocif.»

Elyse Rémy pense elle aussi que l’oxyde de zinc est un bon choix, «notamment parce qu’il est très photostable.» Des études récentes montrent «l’existence d’un passage cutané et la possibilité pour ces nanoparticules de dioxyde de titane de se retrouver dans la couche profonde de l’épiderme», relève par ailleurs un avis de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) publié en mars 2010.

Conclusion de l’Afsset: «Pour l’homme […], étant donné les incertitudes sur le potentiel de pénétration cutanée et sur l’activité phototoxique, les risques ne peuvent pas être exclus.» Les lois de la physique classique ne sont plus valables dans l’univers des nanomatériaux (un nanomètre égale un milliardième de mètre).

«Dans le cas des nanoparticules, il a clairement été démontré que les effets mesurés ne sont pas reliés à la masse du produit, bouleversant ainsi l’interprétation classique des mesures de toxicité. Il est en effet avéré qu’à masse égale, les nanoparticules sont plus toxiques que les produits de même composition chimique de taille supérieure», explique dans une publication spécialisée Éric Gaffet, responsable du groupe NRG (Nanomaterials Research Group) au Centre national de la recherche scientifique, en France.

Résultat, la toxicologie des nanoparticules est complètement différente de celle des particules de plus grande taille. Par exemple, elles sont davantage susceptibles de pénétrer sous la peau et, en cas d’inhalation ou d’ingestion, de traverser les barrières de protection naturelles de l’organisme.

«Les données disponibles indiquent clairement que certaines nanoparticules insolubles peuvent franchir les différentes barrières de protection, se distribuer dans l’organisme et s’accumuler dans certains organes et à l’intérieur des cellules», conclut Éric Gaffet.

Source: Éditions Techniques de l’ingénieur

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