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Crèmes antirides et substances chimiques: danger?

Par Isabelle Masingue

Selon certaines études, un ingrédient utilisé dans certaines crèmes antirides causerait plus de tort que de bien à la peau. Qu'en est-il réellement? Y a-t-il un vraiment un risque? Nous faisons le tour de la question.

Les Canadiens sont exposés à quelque 23 000 substances chimiques dont les effets sur la santé ne sont pas vraiment connus. Certaines de ces substances, qu’on trouve notamment dans les produits cosmétiques, pourraient être toxiques. En avril dernier, une étude de l’Université Laval a pointé un ingrédient employé dans les crèmes antirides: le diméthylaminoéthanol ou DMAE. Celui-ci, d’utilisation récente, a le vent en poupe, car il effacerait rapidement les ridules.

L’étude parue en 2007 dans le British Journal of Dermatology a révélé qu’en laboratoire le DMAE tue une partie des cellules de la peau. «L’application de DMAE provoque la mort d’un quart des cellules en culture au bout de 24 heures», dit le chercheur François Marceau, du Département de médecine de l’Université Laval.

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Dans le cadre de ses recherches pour comprendre comment certains médicaments se concentrent dans les parties acides des cellules, le biologiste a étudié le mode d’action du DMAE. «Les cellules de la peau sont subdivisées, comme toutes les autres, en vacuoles, des petites cavités, explique le chercheur. La présence de DMAE fait gonfler considérablement ces vacuoles, ce qui augmente le volume cellulaire et épaissit l’épiderme, lui donnant un aspect plus lisse.»

La réaction est rapide: environ une heure. Un atout pour l’industrie des cosmétiques, qui n’hésite pas à qualifier les produits à base de DMAE de «liftants instantanés». En observant le comportement des cellules, le chercheur a cependant noté que le DMAE «ralentit la division des cellules et en entrave le bon fonctionnement». De plus, le biologiste a testé des cellules de l’épiderme humain et de la peau d’oreilles de lapin avec des concentrations de DMAE bien moindres que celles qu’utilise l’industrie dans ses essais cliniques.

Faut-il s'inquiéter?

«C’est une alerte, estime Sami Haddad, assistant professeur au Centre de recherche en toxicologie de l’environnement de l’Université du Québec à Montréal. L’effet recherché est aussi celui qui est nocif pour les cellules. Cela mérite de pousser plus loin les investigations.» Qui plus est, signale François Marceau, l’organisme absorbe et élimine en partie les agents cosmétiques – on en a retrouvé dans les reins et le foie d’animaux de laboratoire –, mais on ne sait rien de leurs impacts durant leur voyage dans le corps.

Selon Lyse Lefebvre, du Centre de toxicologie de l’Institut national de santé publique du Québec, «il ne faut pas crier au loup. Dans la vraie vie, les cellules de l’épiderme pourraient être mieux protégées par les tissus qui l’entourent que celles qui sont évaluées en laboratoire, par exemple. La peau réagit avec les substances chimiques, mais aussi avec d’autres facteurs, comme l’exposition au soleil ou la pollution», explique la pharmacienne, qui préconise néanmoins davantage de recherche sur le DMAE.

Mais il n’est pas question d’interdire cet ingrédient pour le moment, dit Louisa Carter-Phillips, chef de la division des cosmétiques à Santé Canada. «La preuve de la toxicité du DMAE chez l’être humain n’est pas faite. Nous devons obtenir plus d’informations sur cet ingrédient pour déterminer s’il demeure acceptable ou pas.»

En attendant, le produit est toujours sur les tablettes, et bien que Santé Canada détienne une liste des produits qui renferment du DMAE, l’organisme fédéral refuse de la dévoiler, la considérant comme confidentielle. 

Du côté de l'industrie

Et comment réagit l’industrie? «Nous nous rangeons derrière les avis de Santé Canada», dit Darren Praznik, président de l’Association canadienne des cosmétiques, produits de toilette et parfums, tout en soulignant que l’usage du DMAE n’est pas très répandu au Canada. Le fabricant Johnson & Johnson – propriétaire notamment des marques RoC et Neutrogena – conteste l’étude du biologiste québécois et continue à utiliser le DMAE, qu’il considère comme efficace et sécuritaire.

On comprend mieux pourquoi quand on sait que Johnson & Johnson a financé une des études, parue en 2005 dans l’American Journal of Clinical Dermatology, qui confirment l’innocuité du DMAE et à laquelle se réfère l’industrie. La compagnie Derma-e a aussi mis au point plusieurs produits à base de DMAE, «mais nous n’avons pas fait d’étude indépendante sur cet ingrédient», dit sa porte-parole, Connie Harikul. L’Oréal, quant à lui, s’est empressé d’annoncer qu’aucun de ses produits ne contient de DMAE.

Pas de DIN obligatoire

Contrairement aux médicaments, les cosmétiques n’ont pas besoin d’afficher de numéro d’identification (Drug Identification Number ou DIN) pour être vendus au Canada. Pourtant, ils renferment des substances aussi actives et potentiellement dangereuses que certaines molécules qui composent les médicaments. Plusieurs d’entre elles ont d’ailleurs été pointées du doigt ces dernières années, comme le plomb dans le khol, les phtalates (répandus notamment dans les parfums, les rouges à lèvres et les crèmes), les éthers de glycol, les parabens et les sels d’aluminium.

Jacques J. Tremblay, chercheur au Centre de recherche en biologie de la reproduction de l’Université Laval, confirme notamment que les phtalates affectent le développement du système reproducteur mâle des rongeurs. Et en juin 2007, dans la revue Cancer, une publication de l’American Cancer Society, des chercheurs présentaient une compilation des polluants qui augmentent les risques de cancer du sein chez les animaux.

Résultat: pas moins de 216 substances chimiques suspectes se trouvent dans les produits de consommation courants – dont les cosmétiques – et dans l’air, l’eau ou la nourriture. En répertoriant les sources de contaminants auxquelles s’expose la population, les chercheurs arrivent à la conclusion qu’on a désormais de bons outils pour prévenir les risques de cancer du sein dus aux produits chimiques présents dans l’environnement.

Les détaillants ont jusqu’au 16 novembre 2007 pour écouler les produits qui n’affichent pas de liste d’ingrédients. Après cette date, tous les cosmétiques vendus au Canada devront arborer cette information.

>> À lire aussi: Quels ingrédients surveiller dans les crèmes hydratantes

Lien de plus en plus clair

D’après Michel Gaudet, porte-parole de l’Association pour la santé environnementale, les hypersensibilités et les allergies du Québec, le lien entre maladies et produits chimiques dans l’environnement est bien démontré. «Le butylhydroxyanisol (BHA), par exemple, est fortement soupçonné d’être cancérigène, mais on le trouve partout!» En effet, selon Santé Canada, il est employé dans 1815 produits cosmétiques vendus au pays, notamment dans le maquillage, les nettoyants et les hydratants pour la peau, les parfums et les rouges à lèvres. Il fait aussi partie de la liste Défi des 200 substances chimiques visées par le Plan de gestion des produits chimiques du gouvernement canadien. L’objectif des Défis est de forcer l’industrie à démontrer l’innocuité des substances présentant un risque pour la santé ou pour l’environnement.

Depuis février 2007, différents groupes de substances sont passés au crible. Parmi elles, environ 35 sont employées dans les cosmétiques. Certaines – dont l’hydroquinone, dans les teintures pour cheveux – sont déjà sur la Liste critique de Santé Canada. L’organisme fédéral précise sur son site Internet «qu’il est interdit de vendre un cosmétique qui, selon le cas, contient une substance susceptible de nuire à la santé de la personne qui en fait usage à des fins et de façon normales ou habituelles».

Mais comme le risque toxicologique dépend de nombreux facteurs – la concentration, le temps d’exposition, la durée de vie de la substance, entre autres –, il faut, dans ce dossier, rassembler beaucoup de preuves pour convaincre.

Comment faire alors pour éviter les ingrédients suspects? Le nouveau Règlement sur les cosmétiques, en vigueur depuis novembre 2006, rend obligatoire l’étiquetage de tous leurs ingrédients. Un pas en avant que plusieurs trouvent néanmoins insuffisant: «Les noms ne sont pas connus du consommateur, déplore Denis Boissinot, pharmacien propriétaire à Québec. Même avec la liste des ingrédients, il ne peut pas s’y retrouver sans une évaluation rigoureuse de Santé Canada.»

C’est aussi l’avis de la Société canadienne du cancer qui croit que l’étiquetage obligatoire des cosmétiques est un premier pas dans la bonne direction, mais que les produits qui contiennent des substances cancérigènes connues devraient porter un avertissement clair sur leur étiquette.

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