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Le bisphénol A, danger ou pas?

Par Rémi Maillard
Le bisphénol A, danger ou pas? BPA

Santé Canada s’apprête à classer le bisphénol A parmi les substances toxiques et à en bannir l’usage dans les biberons. Ce composé chimique a défrayé la chronique récemment. Votre bouteille d'eau en plastique ou vos boîtes de conserve vous empoisonnent-elles à petit feu?

Plusieurs associations de protection des consommateurs réclament son interdiction dans tous les contenants destinés à la nourriture ou à la boisson. De son côté, l’industrie du plastique certifie que les objets qui en contiennent, y compris ceux qu’on donne aux nourrissons et aux enfants, «peuvent être utilisés sans danger».

Le bisphénol A (BPA), depuis la récente publication d’études alarmantes menées sur des animaux, est au centre d’une vive controverse avec, en toile de fond, de gigantesques intérêts économiques – produit à plus de quatre millions de tonnes en 2005, ce composé chimique est omniprésent sur la planète.

Sans attendre le verdict de Santé Canada, certains détaillants comme Mountain Equipment Co-op, Sports Experts, Sears, Wal-Mart, Canadian Tire, Home Depot et Jean Coutu ont déjà annoncé qu’ils retiraient de leurs tablettes les produits contenant du BPA. Qu’il s’agisse d’articles de puériculture ou de bouteilles réutilisables, les fabricants ne sont pas en reste et la plupart proposent désormais des solutions de rechange. Y a-t-il vraiment péril en la demeure? Nous faisons le point.

>> À lire aussi: Où se cache le plastique dans l'alimentation? et Comment manger moins de plastique?

Qu’est-ce que le BPA?

Synthétisé pour la première fois à la fin du XIXe siècle, le BPA est un produit chimique industriel de la famille des composés organiques aromatiques. On l’utilise sur une grande échelle pour fabriquer du polycarbonate, un plastique transparent, parfois coloré, rigide et ultra léger, et certaines résines époxy. Sa structure est proche de celle des hormones œstrogènes et il est donc classé dans la catégorie des perturbateurs endocriniens. Aux États-Unis, il figure sur la liste des polluants atmosphériques dangereux.

On le trouve partout où il y a du polycarbonate, c’est-à-dire dans une multitude de biens de consommation courante:

  • bouteilles réutilisables
  • bouteilles de sport
  • biberons
  • gobelets
  • ustensiles de cuisine jetables
  • récipients pour conserver les aliments
  • disques compacts
  • équipements sportifs et médicaux
  • etc.

On trouve également du BPA dans les résines époxy qui servent de revêtement anticorrosion à l’intérieur des boîtes de conserve en métal et des canettes en aluminium, dans les couvercles métalliques des pots et des bouteilles en verre et jusque dans des amalgames dentaires. Sur les bouteilles et contenants alimentaires ou ménagers, le polycarbonate est associé au code de recyclage numéro 7. Mais attention, ce n’est pas parce qu’il y a un 7 qu’il y a forcément du BPA. De même, l’absence de chiffre sur un produit ne signifie pas qu’il n’en contient pas. En cas de doute, Santé Canada suggère de contacter le fabricant.

Les bouteilles de sport et les bonbonnes réutilisables de 18,9 L destinées aux refroidisseurs d’eau sont souvent en polycarbonate. Selon Santé Canada, il n’y a toutefois pas lieu de s’inquiéter, car «la migration du BPA dans les liquides à température ambiante est minime».

Comment le BPA pénètre-t-il dans l’organisme?

Avec le temps, des molécules de BPA auraient tendance à se détacher des contenants réutilisables en polycarbonate ou des boîtes de conserve enduites de résines époxy. C’est ainsi qu’elles «migreraient» en petite quantité dans les liquides et la nourriture, puis dans le corps humain.

En 2007, l’organisme étasunien Environmental Working Group a passé au crible une centaine d’aliments en conserve, dont des préparations pour nourrissons: plus de la moitié contenaient du BPA, parfois à des niveaux que ses experts jugent «dangereux». Et des tests effectués par les Centres fédéraux de contrôle et de prévention des maladies (CDC) montrent que près de 95 % de nos voisins du sud en ont dans leur urine. Cela signifie que l’exposition est à la fois généralisée et constante, «puisque contrairement aux dioxines ou aux BPC, par exemple, cette substance est rapidement excrétée et ne s’accumule pas dans les graisses», commente Pierre Ayotte, chercheur en toxicologie humaine à l’Institut national de santé publique du Québec.

«Le BPA est très peu volatil et nous n’avons aucune preuve qu’il puisse entrer dans la circulation par le système respiratoire, même si on en retrouve dans l’air ambiant ou la poussière. La quasi-totalité de notre exposition se fait donc par la voie orale, lorsqu’on ingère un aliment ou un liquide», explique Bernard Robaire, professeur de pharmacologie et thérapeutique à l’Université McGill, à Montréal. D’après les spécialistes, les risques de migration du BPA dans la nourriture sont accrus en cas de réutilisation prolongée des contenants (les lavages répétés, manipulations et chocs finissent par dégrader les produits qui le contiennent) et, surtout, sous l’effet d’une chaleur intense.

Selon Santé Canada, la principale source d’exposition des nouveau-nés et des nourrissons surviendrait d’ailleurs lorsqu’un biberon en polycarbonate est soumis à une température élevée, notamment si on y verse de l’eau bouillante. Ou encore lorsque le BPA présent dans le revêtement des boîtes de préparation liquide migre dans le lait.

Des tests récents effectués pour CTV et The Globe and Mail montrent que certains aliments en conserve ont des niveaux de BPA encore plus élevés que ceux qu’on trouve dans les bouteilles et les biberons en polycarbonate. En Amérique du Nord, la quasi-totalité des boîtes de conserve sont garnies de résines époxy à base de BPA. Une compagnie au moins, Eden Foods, les a cependant remplacées dans quelques-uns de ses produits par un revêtement à base d’extraits de plantes.

Y a-t-il un danger pour la santé?

Dans un rapport préliminaire rendu public au printemps, les chercheurs du programme national de toxicologie étasunien (NTP) soulignent qu’«il existe certaines inquiétudes quant à des effets sur le comportement et le système nerveux des fœtus, des nourrissons et des enfants» avec les niveaux actuels de BPA dans l’alimentation.

Ces «inquiétudes» reposent sur l’analyse de nombreuses études de laboratoire sur des rongeurs montrant qu’«un faible niveau d’exposition au BPA pendant le développement peut modifier le comportement et provoquer des changements dans le cerveau, la prostate, les glandes mammaires, et l’âge de la puberté chez les filles». Toutefois, nuance le NTP, «les études ne fournissent qu’une preuve limitée de ces effets néfastes et d’autres recherches devront être menées pour mieux comprendre l’implication du BPA sur la santé humaine».

Plusieurs scientifiques associent le BPA à l’augmentation des cas de cancers du sein et de la prostate, à l’épidémie croissante d’obésité, au diabète de type 2, voire au trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Bien que ces conclusions soient loin de faire l’unanimité parmi les experts en raison de divergences méthodologiques, tous s’accordent au moins sur un point: le bisphénol A peut entraîner des perturbations neurologiques et comportementales chez les animaux en bas âge. «La seule vraie question est de savoir si ce qu’on observe chez le rat ou la souris est extrapolable à l’homme. En fait, cela dépend des doses et de la période d’exposition et, aujourd’hui, personne n’est encore en mesure d’apporter une réponse», résume Bernard Robaire.

Qui est à risque?

Selon Santé Canada, nous ingérons en moyenne 0,18 microgramme de BPA par kilo de poids corporel par jour (µg/kg/jour), toutes sources alimentaires confondues. Rien d’inquiétant pour la population en général, assure le ministère, puisque les adultes métabolisent assez rapidement cette substance. «Mais ce n’est pas le cas des enfants en bas âge et certaines données attestent que, chez les jeunes animaux, le BPA peut engendrer des effets sur la reproduction et le développement», affirme Pierre Ayotte. Or, Santé Canada estime que les nouveau-nés en absorbent parfois jusqu’à 2,6 µg/kg/jour. Même si cette quantité reste inférieure à la dose journalière admissible (DJA) de 25 µg en vigueur au pays, Samuel Godefroy, directeur du Bureau d’innocuité des produits chimiques à la Direction des aliments, admet que c’est encore trop.

«Au vu des récentes observations sur les effets à faible dose du BPA, et en vertu du principe de précaution, nous avons donc décidé que la DJA ne s’appliquerait plus aux nouveau-nés et aux nourrissons de moins de 18 mois. Notre but est de réduire au minimum leur exposition.»  Autre groupe à risque, les femmes enceintes, car «le fœtus est plus sensible que les jeunes enfants», précise Samuel Godefroy.

Bon à savoir: la plupart des fabricants proposent désormais des biberons et des gobelets réutilisables en plastique, mais sans BPA.

Faut-il s’inquiéter d’autres plastiques?

Les scientifiques disposent d’«un faisceau d’arguments» permettant d’«envisager l’hypothèse» que des substances nocives issues des plastiques sont, avec la sédentarité et l’excès de calories, impliquées dans l’épidémie actuelle d’obésité, déclarait récemment Thierry Pineau, l’un des experts français les plus réputés dans le domaine des matières plastiques alimentaires. Au banc des accusés, entre autres, les phtalates.

Déjà interdits par l’Union européenne dans les jouets et les articles pour bébés, ces perturbateurs hormonaux entrent dans la composition d’un grand nombre de produits, notamment ceux en polychlorure de vinyle (PVC), afin de les rendre plus souples et plus flexibles – on en trouve par exemple dans certains films alimentaires. Deux phtalates, le DEHP et le DINP, sont par ailleurs soupçonnés de causer une baisse de la fertilité ou des lésions au foie et aux reins.

Recherches à l’appui, Option consommateurs et la Labour Environmental Alliance Society, un groupe environnementaliste de Colombie-Britannique, soutiennent que des molécules de DEHP pourraient passer dans l’eau des bouteilles en polyéthylène téréphtalate (code 1, suivi des lettres PET ou PETE) «après un entreposage prolongé (plus d’un an) ou en raison de l’usure du plastique après des utilisations répétées». Ils recommandent aussi «de ne jamais utiliser de pellicule en plastique au micro-ondes».

Même si aucun effet sur la santé humaine n’a, à ce jour, été établi, voilà de quoi jeter un doute dans les esprits. Surtout quand on sait que 60 % des quelque 30 000 substances chimiques synthétisées en grande quantité pour fabriquer les produits dont nous nous servons au quotidien n’ont jamais subi de tests. «Malheureusement, déplore Nalini Vaddapalli, analyste à Option consommateurs, faute d’informations claires et de directives précises de la part des pouvoirs publics, les gens ont souvent de la difficulté à faire de bons choix.»

Comment reconnaître les symboles sur les emballages

Les numéros inscrits au centre du triangle de recyclage gravé sur la plupart des contenants alimentaires ou ménagers correspondent à un «code d’identification des résines» élaboré en 1988 par l’industrie. Ils indiquent le type de plastique qui a été utilisé dans leur fabrication. Voici ce qu’ils signifient.

#1 PET ou PETE
Polyéthylène téréphtalate
- Bouteilles d’eau, de jus et de boisson gazeuse;
- Bouteilles de sauce à salade; bouteilles de détergent; etc.

#2 PEHD ou HDPE
Polyéthylène haute densité*

- Pichets à eau; bouteilles d’eau grand format, de jus et de lait; bouteilles réutilisables;
- Contenants de détergent et d’assouplissant;
- Flacons de shampoing; sacs d’épicerie; biberons; etc.

#3 PVC ou V
Polychlorure de vinyle

- Emballages de viande;
- Bouteilles d’huile de cuisson;
- Tétines de biberon; etc.

#4 PEBD ou LDPE
Polyéthylène basse densité*

- Films alimentaires; bouteilles;
- Sacs d’épicerie; sacs à légumes et à pain;
- Sacs à ordures; etc.

#5 PP
Polypropylène*

- Boîtes d’entreposage d’aliments;
- Pots de yogourt; biberons;
- Bouteilles réutilisables; etc.

#6 PS
Polystyrène

- Contenants et ustensiles jetables;
- Barquettes en styromousse; etc.

#7 Autre
- Bonbonnes pour refroidisseurs d’eau; bouteilles réutilisables; ustensiles jetables; biberons; etc.
- Le chiffre 7 représente une catégorie «fourre-tout». S’il est accompagné des lettres PC, il s’agit de polycarbonate; si ce n’est pas le cas, d’un mélange d’autres plastiques.

* Selon Option consommateurs et la Labour Environmental Alliance Society, les bouteilles réutilisables les plus sécuritaires sont faites à base de PEHD, de PEBD ou de PP.

Sources: Institut des plastiques et de l’environnement du Canada; Nutrition Action/Center for Science in the Public Interest.

10 façons de réduire votre exposition

Évitez les bouteilles et contenants en polycarbonate (code de recyclage 7, suivi des lettres PC).

Consommez autant que possible des produits frais ou congelés plutôt que des aliments en conserve. Les aliments lyophilisés ou conditionnés dans des emballages en carton peuvent aussi être une bonne solution.

Évitez la nourriture très acide ou grasse en conserve (sauce tomate, poisson à l’huile, etc.); elle peut contenir des niveaux de BPA plus élevés, car celui-ci réagirait au contact des acides et des lipides.

Choisissez des contenants en verre, en porcelaine, en acier inoxydable ou fabriqués avec d’autres matières que le polycarbonate pour ranger la nourriture.

Ne faites pas chauffer un récipient en polycarbonate au four à micro-ondes; utilisez plutôt un contenant en verre ou en céramique.

Évitez les biberons et les gobelets en polycarbonate; préférez-leur des modèles en polypropylène (code 5) ou en verre.

Si vous en utilisez quand même, n’y versez pas d’eau bouillante et ne les mettez pas au micro-ondes: sous l’effet de la chaleur, le BPA se dégage du plastique en plus grande quantité.

Ne les lavez pas avec des détergents puissants ou au lave-vaisselle, car cela contribue à dégrader le plastique et risque de favoriser la migration de BPA dans le liquide. Nettoyez-les à la main, à l’eau chaude savonneuse.

Laissez tiédir l’eau bouillante dans un récipient sans polycarbonate avant de la transvaser dans le biberon.

Utilisez de préférence les préparations pour nourrissons vendues dans des contenants en verre ou dans un plastique sans BPA.

Sources: Santé Canada; Environmental Defence; Environmental Working Group; US National Institute of Environmental Health Sciences.

Pour en savoir plus

  • Bisphenolafree.org (en anglais seulement) 
  • Environmental Defence 
  • Friends of the Earth Europe: Blissfully unaware of Bisphenol A (PDF) 
  • Diminuez les risques de cancer: guide du consommateur averti, Option consommateurs/Labour Environmental Alliance Society, 2008 
  • La grande invasion: enquête sur les produits qui intoxiquent notre vie quotidienne, Stéphane Horel, Éditions du moment, 2008 
  • Homo toxicus, un film de Carole Poliquin, Les Productions ISCA, 2008 (offert en DVD)
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