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Guide alimentaire: le Brésil et Harvard révolutionnent les règles

Par Catherine Crépeau Mise en ligne : 15 octobre 2015

Vous êtes confus devant la multitude de règles à respecter pour bien vous nourrir? Le ministère de la Santé du Brésil et l’Université Harvard aux États-Unis présentent une recette toute simple à suivre.

MISE À JOUR: Depuis la publication de notre article, Santé Canada a publié une nouvelle version du guide alimentaire canadien, lisez notre texte à ce sujet.

Révolution au Brésil: le gouvernement propose un nouveau guide alimentaire qui mise avant tout sur la qualité des aliments ainsi que sur le plaisir de manger et de cuisiner en famille, plutôt que sur les besoins nutritionnels précis de la population. Exit donc les taux de vitamines, de minéraux et de protéines à atteindre quotidiennement et les quantités de sel, de sucre et de gras à ne pas dépasser. L’idée: simplifier les recommandations afin qu’elles soient plus faciles à comprendre et à appliquer dans la vie de tous les jours.

L’assiette santé conçue par l’école de santé publique de l’Université Harvard vise aussi la simplicité. Les experts indiquent clairement les aliments à mettre dans votre assiette et ceux qui sont à bannir. Depuis son lancement en français en 2015, l’assiette de Harvard fait beaucoup jaser. C’est que plusieurs chercheurs en nutrition, dont Michel Lucas, de la Faculté de médecine de l’Université Laval et du Centre de recherche du CHU de Québec, aimeraient que Santé Canada s’en inspire pour réviser son guide alimentaire, dont la plus récente version date déjà de huit ans.

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Photo: Shutterstock

L’assiette santé de Harvard et le guide alimentaire brésilien misent sur la qualité des aliments plutôt que sur les quantités. Adieu les portions préétablies et les aliments très transformés, et bienvenue au plaisir de manger! Des exemples à suivre pour notre Bien manger avec le guide alimentaire canadien?


Sus aux aliments transformés!

Le guide alimentaire brésilien innove en s’intéressant autant au contenu de l’assiette des gens qu’au contexte dans lequel ils la vident. En priorité, il recommande de consommer des aliments peu ou pas transformés, principalement de source végétale, cuisinés à la maison avec peu de sel, de gras et de sucre, et de manger à des heures régulières et en bonne compagnie.

«La façon dont les gens mangent est aussi important que ce qu’ils mangent. Selon les études, ceux qui s’assoient à table entre amis ou en famille pour partager un repas mangent moins que lorsqu’ils sont seuls ou en déplacement», explique Jean-Claude Moubarac, chercheur en nutrition publique à l’Université de São Paulo et au département de nutrition de l’Université de Montréal, qui a contribué à l’élaboration du guide.

Autre nouveauté: les aliments sont groupés selon le traitement qu’ils ont subi.

• Aliments naturels ou peu transformés: produits frais, congelés ou séchés provenant des plantes ou des animaux, et auxquels rien n’a été ajouté (fruits, légumes congelés, œuf, lait pasteurisé, etc.).

• Extraits de produits naturels: éléments de source naturelle servant à cuire ou à assaisonner les aliments (sucre, sel, gras, huiles, épices, etc.).

• Aliments légèrement transformés: produits naturels additionnés essentiellement de sel ou de sucre (jus, fromages, pains, etc.).

• Aliments ultra-transformés: ils contiennent des additifs et ont subi plusieurs étapes de transformation (croustilles et craquelins, biscuits et gâteaux préemballés, boissons gazeuses, céréales à déjeuner sucrées, nouilles instantanées, etc.).

«Les produits ultra-transformés, riches en sucres et en gras, sont les pires ennemis d’une saine alimentation et sont à éviter, souligne Jean-Claude Moubarac. Il faut revenir à des aliments simples, principalement de source végétale. C’est de cette façon que l’être humain tire le meilleur de ce qu’il mange.»

La qualité d’abord

L’assiette santé de Harvard, quant à elle, met l’accent sur la qualité nutritionnelle des aliments: la moitié de votre assiette devrait être composée de fruits et de légumes (sauf la pomme de terre, car elle hausse la glycémie de façon importante); le quart, de céréales complètes et intactes (blé intégral, orge, grains de blé, quinoa, avoine, riz brun) et le dernier quart, d’aliments riches en protéines (poisson, poulet, légumineuses et noix). Les auteurs recommandent aussi de limiter la viande rouge et les céréales raffinées, d’éviter le bacon, les viandes froides et les charcuteries ainsi que les boissons sucrées.

Autre particularité: aucun nombre de portions n’est indiqué et aucune limite de matières grasses précisée. Seul conseil: utilisez des huiles végétales (olive, canola, soya, arachides, etc.) avec modération, limitez le beurre et évitez les gras trans (qui proviennent principalement de l’huile végétale hydrogénée).

Le guide canadien: à revamper

Pour Michel Lucas, l’assiette de Harvard met en évidence les lacunes et imprécisions du guide alimentaire canadien. Il lui reproche, entre autres, de ne pas limiter les jus de fruits, alors qu’ils sont associés à la prise de poids et au diabète, de ne pas mentionner que les céréales complètes sont meilleures pour la santé que les céréales raffinées et de ne pas faire de distinction entre les sources de protéines. «Pourtant, les études montrent bien que le poisson, la volaille, les légumineuses et les noix sont plus sains que la viande rouge. Le guide devrait indiquer clairement de faire moins de place à celle-ci dans notre assiette.»

C’est sans compter la recommandation, pour les adultes, de consommer de deux à trois portions de produits laitiers par jour, qui ne s’appuierait sur aucune donnée scientifique, selon Michel Lucas: «Les études montrent que le lait ne prévient pas l’ostéoporose et n’offre pas de protection à long terme contre la fracture de la hanche. On n’en a pas besoin à tous les repas.» Harvard conseille d’ailleurs de limiter le lait et les produits laitiers à une ou deux portions par jour.

Un enjeu politique

Les imprécisions de Bien manger avec le guide alimentaire canadien sont en partie attribuables au processus d’élaboration des recommandations, qui sont le fruit d’un compromis entre les connaissances scientifiques en nutrition et les intérêts des lobbies alimentaires, souligne Michel Lucas. «Certains experts en nutrition disent que l’industrie dicte le contenu du guide. En fait, elle fait plutôt pression pour changer les mots utilisés et embellir la réalité. C’est comme ça que “Manger moins de bœuf ou de viande rouge” devient “Manger moins de gras saturés” ou qu’au lieu de dire “Manger moins de sucre”, on va dire “Choisir une alimentation modérée en sucre”.» Car, inutile de jouer à l’autruche, le gouvernement canadien doit aussi protéger l’industrie agricole, poursuit le chercheur.

Au Brésil, les membres de l’industrie ont dénoncé le manque de données scientifiques derrière les recommandations. «Le ministre de la Santé a répondu aux critiques, mais n’a pas cédé», indique M. Moubarac. Résultat: les fabricants se sont finalement approprié le message de la santé publique. Dans ses dernières publicités, par exemple, Coca-Cola souligne l’importance de manger entre amis. La manœuvre est de bonne guerre, selon Jean-Claude Moubarac. «Nous pouvons attaquer l’industrie, ce qui exige du temps et de l’énergie, ou promouvoir une saine alimentation auprès de la population pour forcer l’industrie à bonifier son offre, ce que le Brésil a décidé de faire.»


Les 10 recommandations du guide brésilien

1. Faites des aliments naturels ou minimalement transformés la base de votre régime.

2. Utilisez les huiles, les gras, le sucre et le sel en petites quantités pour cuisiner vos repas.

3. Limitez la consommation de produits transformés.

4. Évitez les produits ultra-transformés (biscuits, céréales sucrées, etc.).

5. Mangez à des heures régulières, dans des endroits appropriés (calmes et agréables) et, quand c’est possible, en bonne compagnie.

6. Faites vos courses dans des commerces qui offrent une variété de produits frais et peu traités.

7. Développez, exercez et partagez vos compétences culinaires.

8. Planifiez votre horaire pour accorder de l’importance à la préparation des repas.

9. À l’extérieur de la maison, préférez les endroits qui servent des repas fraîchement préparés.

10. Méfiez-vous de la publicité et du marketing alimentaire.


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Photo: Shutterstock

Agrobusiness: le Brésil fait de la résistance

Le guide alimentaire brésilien favorise l’agriculture locale et la protection de l’environnement, au détriment des multinationales de l’agroalimentation qui menacent la biodiversité.

Dans ses recommandations, le gouvernement brésilien va plus loin que ses homologues nord-américains: il affirme sans détour qu’une alimentation saine repose sur la protection de l’environnement et l’équité sociale. Il promeut aussi une agriculture à échelle humaine où les petits fermiers jouent un rôle prépondérant, tout en égratignant au passage les géants de l’agrobusiness qui pillent les ressources, fixent les prix et exploitent la main-d’oeuvre.

Le Brésil prend clairement position en faveur des fermes familiales qui cultivent, récoltent et distribuent localement leurs denrées, au détriment des fermes industrielles qui s’approprient les terres pour y pratiquer une monoculture intensive et qui utilisent massivement OGM et pesticides, menaçant ainsi la biodiversité et la vitalité des sols. Ces méthodes forcent aussi le recours à une panoplie d’antibiotiques visant à prévenir les maladies qui menacent les animaux entassés dans les parcs d’engraissement et, par ricochet, la santé humaine.

En faisant une lecture critique des pratiques de l’agrobusiness et de ses implications aux plans environnemental et humain, le ministère de la Santé brésilien admet que l’alimentation va bien au-delà de la simple consommation de nutriments.

Une position courageuse que salue Michel Lucas, chercheur en nutrition à la Faculté de médecine de l’Université Laval, qui croit que le gouvernement du Québec devrait suivre l’exemple et encourager davantage la production locale. La culture en serres, notamment, pourrait profiter de tarifs d’électricité réduits pour se développer, comme c’est le cas pour les grandes industries.

Michel Lucas rejoint également les Brésiliens sur la question du transport sur de longues distances de matières premières qui serviront, au bout du compte, à fabriquer les produits ultra-transformés… qu’il faut bannir de notre alimentation. Comme eux, il estime aussi qu’il faut miser sur la qualité des produits, cultivés le plus près possible des lieux où ils sont consommés. L’imposition, souvent évoquée, d’une taxe sur les boissons sucrées pourrait servir cet objectif : «L’argent récolté serait redonné aux producteurs locaux pour promouvoir la qualité, faire baisser les prix et améliorer l’offre alimentaire», explique-t-il.

Le guide alimentaire, de 1942 à aujourd’hui

Si le guide alimentaire canadien a évolué depuis la publication des premières règles, en 1942, la philosophie derrière a peu changé: indiquer aux Canadiens quoi mettre dans leur assiette pour combler leurs besoins nutritionnels.

Règles alimentaires au Canada 1949
Source : Santé Canada

1942
Publication des Règles alimentaires officielles du Canada, un programme de nutrition visant à améliorer la santé des Canadiens. Elles distinguent six groupes d’aliments: lait; fruits; légumes; céréales et pain; œufs; viande, poisson, etc., et en recommandent la consommation quotidienne en quantités précises. Les céréales à grains entiers sont conseillées, de même que le pain brun ou blanc, et les pommes de terre doivent constituer une des trois portions journalières de légumes.

1944
Le mot «officielles» est rayé lors de cette première révision des Règles alimentaires. Le fromage et les œufs sont incorporés au groupe des viandes et du poisson en raison de leur teneur en protéines, et le beurre est mentionné dans le groupe Céréales et pain. On y recommande par ailleurs la consommation d’eau et de sel iodé.

1949
Des changements sont apportés dans les cinq groupes d’aliments pour mieux refléter l’évolution des connaissances sur les besoins en nutriments. Dans celui du lait, on ajoute la mention «au moins» devant les quantités quotidiennes recommandées. Le pain ne se limite plus à ceux qui sont «approuvés Canada» et qui contiennent de la vitamine D. La margarine «fortifiée» apparaît au même titre que le beurre. Un supplément de vitamine D d’au moins 400 unités internationales par jour est recommandé durant la croissance, la grossesse et l'allaitement.

Guide alimentaire canadien 1961
Source : Santé Canada

1961
Le Guide alimentaire canadien offre plus de choix d’aliments et se veut moins directif. Le groupe Céréales et pain est rebaptisé Pain et céréales, et la quantité de pain est supprimée. La mention «au moins» disparaît des groupes Pain et céréales, Légumes et Lait. Les quantités recommandées de lait sont désormais exprimées en tasse, plutôt qu’en chopine, et des indications sont ajoutées pour les femmes enceintes ou qui allaitent. Aucune portion n’est indiquée pour les autres groupes d’aliments. Dans la section Viande et poisson, on lit que «les œufs, le fromage, les fèves ou les pois secs peuvent remplacer la viande».

1977
Le Guide ne compte plus que quatre groupes, avec la fusion des fruits et des légumes. Le groupe Lait devient celui du lait et des produits laitiers, ce qui permet d’y inclure de nouveaux aliments, alors que le groupe Viande et poisson est rebaptisé Viande et substituts. Dans le groupe Pain et céréales, on recommande les grains entiers ou enrichis. Il n’est plus conseillé de manger une portion de pommes de terre par jour. Le guide propose un choix de portions et indique pour la première fois ce que représente une portion dans les groupes autres que celui du Lait.

Guide alimentaire canadien 1982
Source : Santé Canada

1982
Outre la prévention des carences nutritives, le guide vise désormais à réduire l’incidence des maladies chroniques liées à l’alimentation, grâce à une modification des habitudes alimentaires. Il incite, entre autres, à restreindre la consommation de gras, de sucre, de sel et d’alcool. Les quatre groupes alimentaires demeurent les mêmes, sauf un d’entre eux qui change de nom: Viande et substituts devient Viande, poisson, volaille et substituts pour inclure plus d’aliments.

1992
Un nouveau nom, Guide alimentaire canadien pour manger sainement, pour une nouvelle vision. Les recommandations sont désormais axées sur la ration alimentaire totale, soit la quantité et le type d’aliments qu’une personne doit consommer quotidiennement pour subvenir aux besoins de son corps. On voit donc apparaître un nombre variable de portions pour chacun des quatre groupes alimentaires de façon à tenir compte de l’âge, de la taille, du niveau d’activité, du sexe et de certains états comme la grossesse ou l’allaitement. La présentation en arc-en-ciel illustre l’importance relative de chacun des groupes, en fonction du nombre de portions recommandé: Produits céréaliers, Légumes et fruits, Produits laitiers et Viandes et substituts. La catégorie Autres aliments est ajoutée pour inclure des aliments et boissons qui n’entrent dans aucun des groupes mais qui sont consommés de façon courante.

Le guide alimentaire canadien pour manger sainement 1992
Source : Santé Canada

2007
Bien manger avec le guide alimentaire canadien présente toujours quatre groupes d’aliments sur un arc-en-ciel, mais le cercle le plus large est maintenant occupé par les légumes et fruits, au détriment des produits céréaliers. Le nouveau message: mangez une abondance de fruits et de légumes, et un peu moins de produits céréaliers. Les teneurs en calories sont basées sur les besoins énergétiques estimatifs pour des gens sédentaires, afin d’éviter toute surestimation. Augmenté à six pages, le nouveau guide offre davantage de conseils pratiques pour le comprendre et l’utiliser.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de Santé Canada: Le guide alimentaire, de 1942 à aujourd’hui

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Santé et alimentation

Commentaires 2 Masquer

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  • Par Pierre Bériault | 30 novembre 2015

    Je comprend bien le fais d'encourager nos fermes familiales pour avoir nos fruits et légumes et notre viande le plus frais possible. Mais le prix à payer pour moi est tous simplement dérisoire ,Ex: il y a 2 semaines j'ai été ceuillir des pommes ( fraiches) avec ma familles un sac de pommes ma couté 11.50$ , .50 cents la pomme, chez MAXI 10 livres de pommes ( venant de l'Ontario , 5.00 0.15 cent la pomme ) autre exemple 1 fois par semaine dans ma ville tous les marchands de la région
    se réunisses et vende leur produits 5 belles tomates fraiches 4.50$,une belle pomme de salade iceberg 2.75 ect ect,, je me sens flouer, je suis à la retraite et j'essaie de manger frais mais sans me ruiner, mais je n'y arrive pas OGM,pesticides, et tous le tralala voila la question qui tue.

    Par RONEY JACKSON | 03 décembre 2015

    Je suis ENTIÈREMENT D'ACCORD avec ces affirmations, il y a toujours une limite à se faire flouer

  • Par CLAUDETTE GALARNEAU | 24 octobre 2015

    Super important de manger frais