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Allergies alimentaires: un défi pour les enfants qui entrent à l’école

Par Mise en ligne : 15 août 2015

shutterstock.com

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Les allergies alimentaires représentent un véritable défi pour les établissements scolaires, et un casse-tête pour les parents. Les écoles en font-elles trop ou pas assez pour assurer la sécurité des enfants allergiques?

Les repas à l’école peuvent être une source d’angoisse pour les parents dont le bambin est allergique à certains aliments, comme les arachides, les fruits de mer ou les produits laitiers. « Mon enfant est allergique aux œufs, et il peut mourir si un camarade qui en a mangé touche les mêmes objets que lui sans s’être lavé les mains. C’est un grand stress », nous confie la mère de famille Julie Bernard.

Les symptômes surviennent généralement dans les minutes qui suivent l’absorption de l’aliment allergène. Ils vont des démangeaisons aux rougeurs cutanées, en passant par le picotement dans la bouche ou l’enflure des lèvres, du visage ou de la gorge. La forme la plus grave de réaction, l’anaphylaxie, provoque des difficultés respiratoires ou une chute de la tension artérielle accompagnée d’un état de choc pouvant entraîner une perte de connaissance, voire la mort. La seule façon d’empêcher une telle réaction est d’éviter l’allergène, et le seul traitement est l’injection immédiate d’épinéphrine. Malgré le danger qui plane sur les écoles, le gouvernement du Québec n’a pas jugé bon d’imiter l’Ontario et de se doter d’une réglementation concernant l’anaphylaxie en milieu scolaire.

>> À lire aussi: Guérir les allergies avec l'immunothérapie

Les écoles tentent donc de s’adapter, tant bien que mal, à la hausse du nombre d’enfants vivant avec une allergie alimentaire : interdiction de certains aliments, tables réservées aux élèves allergiques, etc. En l’absence de réglementation provinciale, les directives varient d’une commission scolaire à l’autre et même d’un établissement à l’autre. Ainsi, une école peut bannir les arachides, et sa voisine, les autoriser. Et c’est sans compter l’absence de règles uniformes en ce qui a trait à la formation du personnel scolaire en matière d’anaphylaxie et à l’entreposage des auto-injecteurs d’épinéphrine. La solution, selon les experts que nous avons consultés ? Plus de prévention, et la mise en place d’un protocole d’intervention dans tous les établissements scolaires de la province.

Allergies alimentaires à l’école: à quand une politique claire?

Il revient aux écoles d’assurer la sécurité des enfants souffrant d’allergies alimentaires, mais elles disposent de peu d’outils pour le faire. Alors que certaines interdisent les arachides, les noix ou autres aliments allergènes, d’autres misent sur la prévention. Des experts militent, quant à eux, pour une réglementation provinciale.

Les directions d’école peuvent toutes s’appuyer sur la politique alimentaire de leur commission scolaire. Le problème est que ces politiques établissent des règles en matière d’alimentation saine, comme l’exige le ministère de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, mais qu’elles traitent rarement des allergies alimentaires, ou alors le font de manière disparate. Par exemple, la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay interdit les arachides et les noix dans tous ses établissements, alors que la Commission scolaire des Patriotes, sur la Rive-Sud de Montréal, ne réglemente pas les aliments que les élèves peuvent apporter en classe. « Nous conseillons aux écoles d’éviter les interdictions, précise la porte-parole, Marie St-Arnaud. Mais un directeur pourrait demander aux parents de son école ou d’une classe où un enfant a une allergie grave d’exclure certains aliments des boîtes à lunch. »

Ainsi, même dans les commissions scolaires où la prévention l’emporte sur l’interdiction, les écoles ont tout de même la liberté d’exclure les arachides et les noix, responsables de la majorité des réactions anaphylactiques chez les enfants. D’autres établissements ratissent plus large et bannissent aussi le poisson ou les œufs, nous ont rapporté nos lecteurs sur Facebook. Une mère de famille s’est même vu refuser des muffins faits maison parce qu’ils n’étaient pas accompagnés d’une liste d’ingrédients.

Exagérées, ces exigences ? Oui et non, selon Marie-Josée Bettez, présidente de Déjouer les allergies, un site Web consacré au sujet. Elle est d’avis que les restrictions ne sont pas une bonne solution, notamment à cause des impacts qu’elles ont sur les autres élèves et du mécontentement qu’elles peuvent susciter chez les parents. Marie-Josée Bettez rapporte le cas de son fils, qui souffre de multiples allergies. Lorsqu’il est entré à la maternelle, l’école a suivi les recommandations de l’allergologue et a banni les produits laitiers de sa classe pour les collations. « Ç’a été épouvantable, il y a eu un tollé, nous raconte-t-elle. Des parents ont même demandé que Christopher ne soit pas dans le groupe de leur enfant l’année suivante. »

Même si les parents d’enfants allergiques trouvent souvent les interdictions rassurantes, elles créent un faux sentiment de sécurité, soutient Dominique Seigneur, directrice du développement et des communications à l’Association québécoise des allergies alimentaires (AQAA) et mère d’une fille allergique aux arachides, aux œufs et aux produits laitiers. « On ne peut jamais être certain que tous les parents vont respecter les interdictions. Pour ma part, jamais je n’imposerais ça aux autres parents. J’aime mieux rencontrer l’enseignante pour qu’on détermine ensemble la meilleure façon d’assurer la sécurité de mon enfant. »

Si les parents étaient mieux informés des risques que peut présenter le lunch de leur enfant pour leur voisin de classe, ils seraient plus compréhensifs, croit pour sa part Sylvie Toulmond, administratrice à l’Association d'information sur l'allergie et l'asthme. « Interdire les arachides et les noix, c’est un acte de solidarité envers un enfant qui a une condition particulière », estime-t-elle. Alors, comment faire pour sécuriser certains parents sans irriter les autres ? Voici quelques pistes de solution.

La sensibilisation

L’allergologue Marie-Noëlle Primeau croit qu’il règne encore trop de confusion au sujet des allergies alimentaires. « Il faut que l’enfant ingère l’aliment allergène, ou encore qu’il lui touche et porte ensuite les doigts à sa bouche, pour provoquer une réaction. La vapeur de cuisson du poisson peut dégager des particules et provoquer un éternuement ou de légers symptômes respiratoires, mais pas d’anaphylaxie. Et ça ne vaut que si un enfant brasse son thermos ou fait réchauffer son repas à côté d’un enfant allergique. Le sandwich au thon mangé par un jeune de la table voisine ne présente aucun risque », précise-t-elle. 

Et les aliments allergènes n’ont pas tous le même degré de dangerosité. Les allergies aux arachides, aux noix, aux poissons et aux crustacés peuvent entraîner des réactions violentes et même la mort, ce qui n’est pas le cas des allergies aux fraises ou aux kiwis, par exemple. 

La prévention

De simples règles d’hygiène permettent de réduire les risques de contamination accidentelle : nettoyer les tables, demander aux enfants d’éviter de toucher leurs camarades lorsque leurs mains sont pleines de nourriture, exiger qu’ils se lavent les mains et la bouche après le repas, etc. Et, plus important encore, les enfants doivent apprendre que les lunchs ne se partagent pas. Notez que les gels antiseptiques à base d’alcool ne détruisent pas les allergènes. L’eau et le savon sont des armes plus efficaces. 

La réglementation

Afin d’uniformiser les pratiques et de mieux protéger les enfants, l’AQAA milite pour que le gouvernement provincial adopte une loi ou des règlements sur l’anaphylaxie dans les écoles. Actuellement, seules quelques commissions scolaires ont une politique claire sur le sujet, souvent élaborée en collaboration avec les services de santé de leur région. L’association souhaite que le gouvernement s’inspire de la loi ontarienne qui exige, depuis 2005, que tous les conseils scolaires (l’équivalent de nos commissions scolaires) aient une politique comprenant notamment des séances de formation pour le personnel et un plan individuel d’intervention pour chaque élève souffrant d’une allergie alimentaire. 

L’intervention

L’AQAA a rédigé un protocole d’intervention destiné aux écoles. Il prévoit :

• l’identification des élèves à risque dès leur inscription ;
• l’élaboration de plans d’intervention individualisés ;
• l’entreposage des médicaments (particulièrement des auto-injecteurs d’épinéphrine) ;
• des mesures d’urgence (en cas de réaction anaphylactique déclarée ou soupçonnée) ;
• une formation annuelle sur l’anaphylaxie donnée à tous les membres du personnel de l’école ;
• des mesures de prévention pour réduire les risques d’exposition aux substances allergènes dans les salles de classe et les zones communes ;
• un plan de communication pour informer les membres du personnel scolaire, les parents et les élèves des mesures applicables.
Cet automne, une dizaine d’écoles québécoises, de différentes régions, mettent ce protocole à l’épreuve dans le cadre d’un projet pilote. Si tout se passe bien, l’association espère présenter son travail au gouvernement dans le but de faire adopter une politique provinciale.

Aliments allergènes et étiquetage

Désignés comme allergènes prioritaires, les arachides, les œufs, le lait, les noix, le blé, le soja, le sésame, les fruits de mer, les sulfites et la moutarde, font l’objet d’une réglementation spéciale en matière d’étiquetage.

Santé Canada a recensé 10 allergènes alimentaires prioritaires, responsables de 95 % des réactions allergiques. Ce sont les arachides, les noix, les graines de sésame, le lait, les œufs, les fruits de mer (y compris le poisson), le soya, le blé, la moutarde et les sulfites (associés à une sensibilité). Depuis 2012, ils doivent figurer, tout comme le gluten, sur l’étiquette des aliments préemballés sous leur nom usuel pour que l’on puisse les repérer facilement. Chez les enfants, 90 % des allergies alimentaires sont provoquées par les arachides, le lait, les œufs, le soya ou le blé. 

Le Règlement sur les aliments et drogues ne fait cependant pas mention des risques de contamination. Les mises en garde de type « peut contenir des traces de… » ne sont donc pas réglementées.

Vous pouvez aussi choisir des aliments portant le logo du CAC (Contrôle allergène certifié), un programme de certification de l’Association québécoise des allergies alimentaires mis sur pied en collaboration avec des experts de Santé Canada, du Bureau de normalisation du Québec et de l’Agence canadienne d’inspection des aliments. Le seul hic : le programme est volontaire et ne cible que les allergènes pour lesquels il existe sur le marché des tests de détection reconnus, soit l’arachide, l’amande, le lait et l’œuf. 

Bon à savoir

• Selon Santé Canada, 6 % des enfants ont des allergies alimentaires.

• 75% des allergies au lait de vache, aux œufs, au soya et au blé disparaissent naturellement avant l’âge de huit ans. Mais seulement 20 % des enfants allergiques aux arachides guérissent spontanément.  Source: Association des allergologues et immunologues du Québec et Association québécoise des allergies alimentaires.

• Saviez-vous qu’il est possible d’être allergique aux arachides (qui sont des légumineuses) sans l’être aux noix, et vice-versa ? On peut aussi être allergique à un seul type de noix. Toutefois, le risque de contamination entre les arachides et les noix, et entre les différentes noix, est très important. Quant aux noix de coco et de muscade, malgré leur nom, ce ne sont pas des noix : elles ne présentent donc pas de risques pour les personnes allergiques aux noix. 

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Commentaires 2 Masquer

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  • Par Micheline Cloutier | 26 août 2015

    Saviez-vous qu'une seule trace d'arachides, par exemple, peut causer la mort d'un enfant en quelques minutes? L'allergie alimentaire est malheureusement la nouvelle réalité d'aujourd'hui qui ne cesse d'augmenter, et ce, d'environ 18 % chez les enfants depuis les dernières années. Et, si c'était votre enfant qui était aux prises avec cette allergie? Seriez-vous réellement du même avis?

  • Par Jean-Sébastien Frenette | 26 août 2015

    Sérieux ça devient une plaie... Pas juste pour ceux qui ont des allergies. Je ne peux pas donner aucune collation à mon enfant qui n'a pas le logo sans arrachide, même s'il n'en contient pas... bientôt, il faudra ne plus amener de lait, d'arrachide et qui sait du gluten!

    Par France Lachapelle | 09 septembre 2015

    Ce n'est pas un caprice mais une question de vie ou de mort! Vous n'auriez pas le même discours s'il s'agirait de votre propre enfant et vous aimeriez que les autres parents soient collaborant pour la sécurité de celui-ci.

    Par Micheline Cloutier | 09 septembre 2015

    "Certaines réactions allergiques alimentaires sont particulièrement sévères, elles peuvent provoquer des réactions anaphylactiques qui sont potentiellement mortelles. Depuis quelques années, on a pu constater les décès de certaines personnes allergiques sévèrement dues à des erreurs de manipulation de la nourriture ou de contamination croisée. Malgré la présence de prévention et mesures de sécurité, plusieurs accidents surviennent. Aux États-Unis, on dénote que les visites à l’urgence pour des crises d’allergies sévères s’élèvent à environ 30 000 et l’on compte entre 100 et 150 décès par année." Alors, je répète : si c'était votre enfant qui était aux prises avec cette allergie, seriez-vous aussi intolérant?

    Par Chloé Beaulieu | 26 août 2015

    Je suis d'accord pour avoir travailler dans un camp de jour pendant un été entier que les allergies, c'est trop ! C'est trop sévère ! Il y a trop de réglementations, les enfants n'ont presque pu le droit d'apporter de quoi manger. Oui, il y a des allergies comme les arachides qui sont très nuisible, mais les fraises ?! Les kiwis !? N'y a-t-il pas exagération ? Plus tard, au secondaire ou encore au cégep, adulte et autre, il n'y aura pu ces réglementations... En tout cas, pour les allergies qui peuvent tuer un enfant juste avec l'odeur, je suis d'accord qu'ils n'ont pas de place dans les écoles, mais pour le reste... S'il vous plait, faites preuve de bon sens avant qu'on ait plus le droit d'apporter du poisson, lait, œufs, soya, noix, fruits, légumes, etc.