Je me suis préparé à la fin de vie de mon père

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de Protégez-Vous

Par Fédération des coopératives funéraires du Québec Partenaire de Protégez-Vous Mise en ligne : 05 septembre 2018 Patrick Blais

Patrick Blais

Un thanatologue nous raconte comment il a vécu la mort de son père.

Quand nous avons appris que mon père avait le cancer, ce fut un choc, autant pour lui que pour la famille. Il avait 67 ans et on n’imaginait pas alors que ce chemin le mènerait à son décès sur une période de deux ans. De rechute en rémission, ce fut difficile émotivement, parce que le cancer s’était étendu sur plusieurs organes au fil du temps. J’ai rapidement compris que soit je me préparais, soit je me protégeais. Comme je suis de nature à anticiper les événements, je me suis préparé à la fin de vie de mon père.

Un mois avant son décès, j’avais fait l’acquisition d’une nouvelle fourgonnette pour le travail. Je lui avais indiqué que j’avais accès à de nombreux postes de musique sans publicité, dont un qui jouait du Elvis Presley 24 heures sur 24. Tout émerveillé, il m’avait dit : « Aussitôt que j’irai mieux, j’aimerais vraiment ça que tu m’amènes faire un tour. »  Mais son état de santé a dégringolé de jour en jour…

Il voulait terminer sa vie à la maison, et à sa mort, nous étions tous autour de lui. C’est là que je me suis souvenu de la balade qu’il m’avait demandée. Je suis allé chercher une civière au salon funéraire et j’ai installé mon père dans la fourgonnette. On a écouté Elvis et de la musique de son temps tout le long du trajet entre Amos et Rouyn-Noranda. J’avais la main gauche sur le volant et la droite sur la civière. On était juste tous les deux. C’était moi le chanceux là-dedans; ce dernier tête-à-tête entre un père et son fils, j’ai pu le vivre pleinement.

Lorsque je suis entré dans l’église en marchant devant son cercueil, c’était Patrick le fils, et non l’embaumeur, qui avait l’honneur de lui ouvrir ce dernier chemin. À la fin de la cérémonie, on a fait jouer une chanson de Bobby Hachey, Ma guitare, mon sourire, ma bonne humeur et mes chansons. C’était ce qui le caractérisait le plus. Spontanément, toutes les personnes présentes se sont mises à battre le rythme avec les mains. Ça c’est terminé en applaudissements. Ce fut une sortie d’église heureuse et gaie, à l’image de mon père. Pas de tristesse, pas de lourdeur, mais des moments d’une grande intensité.

Après toutes ces années, il est encore présent dans ma vie et je lui parle tous les jours. Sa mort a fait de moi une meilleure personne dans la vie, mais aussi dans le métier que j’exerce. J’ai appris qu’il y a des choses que les livres ne peuvent pas nous enseigner.

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