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Trop de Champix, pas assez de suivi médical

Par Jean-François Gazaille
comprimes

Ce traitement antitabac soupçonné d’induire des comportements suicidaires est-il prescrit de façon trop libérale?

C’est du moins ce que laisse croire la facilité avec laquelle une lectrice de Protégez-Vous a pu obtenir, par téléphone, une ordonnance d’un médecin qu’elle n’avait consulté qu’une seule fois et qui, par la suite, ne s’est jamais enquis de son état.

«Je trouve ça inquiétant qu’un médecin ne fasse pas de suivi après avoir prescrit un médicament comme le Champix, dit Jeanne B. J’aurais pu avoir des idées suicidaires ou sombrer dans la dépression et il ne l’aurait jamais su.»

Des centaines de Canadiens et d’Américains ont déposé des requêtes en recours collectif contre le fabricant, Pfizer, qu’ils accusent d’avoir mal informé les consommateurs des risques liés à l’utilisation du Champix.

Encadrement déficient

En mars dernier, Jeanne B. contacte une clinique privée du groupe Medsync, à Montréal, où elle s’est rendue une seule fois l’été dernier pour des analyses sanguines. Croyant y avoir désormais un «médecin de famille» comme on le lui avait laissé entendre, elle demande que le Dr Raynald Rioux, le praticien qu’elle avait rencontré lors de sa précédente visite, lui prescrive du Champix pour l’aider à cesser de fumer. «J’ai laissé un message téléphonique, puis je me suis rendue à la clinique où le réceptionniste m’a dit qu’on me posterait une ordonnance. Je l’ai effectivement reçue, mais je n’ai jamais vu le médecin et il ne m’a jamais appelée.»

Dans l’intervalle, Mme B. apprend d’un pharmacien que le Champix a des effets secondaires pour le moins inquiétants. La consultation du site MedEffet de Santé Canada la dissuade finalement d’en utiliser.

Au cours de l’entrevue qu’il nous a accordée, le Dr Raynald Rioux rejette du revers de la main l’existence des graves effets secondaires attribués au Champix. «Les seuls effets secondaires que je connaisse sont des effets transitoires, comme l’insomnie», affirme-t-il.

Le médecin ne voit donc pas la nécessité de rencontrer une patiente en bonne santé qui demande du Champix ; il voit encore moins la nécessité de s’informer des résultats du traitement. Selon lui, si la patiente est inquiète, elle n’a qu’à prendre un rendez-vous. «Pourquoi devrais-je faire un suivi? Si au bout des 13 semaines du traitement, ça n’a pas marché, c’est tant pis. Sinon, tant mieux. La dame voulait du Champix, je lui en ai prescrit.»

Selon le Dr Marc Billard, directeur adjoint du Collège des médecins du Québec, il est fréquent que des médecins transmettent à des patients de longue date des ordonnances par téléphone ou par la poste. Cela dit, il estime qu’«il est toujours préférable de voir son patient quand on prescrit un médicament pouvant avoir des effets secondaires graves». Et quand on a affaire à un patient que l’on ne connaît pas, ajoute-t-il, «ce n’est pas une bonne idée de lui rédiger une ordonnance à sa demande. C’est rendre un service médical incomplet».

Pierre C., un autre lecteur de Protégez-Vous, déplore lui aussi l’absence de rigueur de certains médecins qui prescrivent le Champix. Il a cessé de fumer grâce à ce médicament, mais en garde un souvenir douloureux. «Même si mon médecin de famille savait que j’avais fait une dépression il y a 20 ans, il m’a proposé de prendre du Champix, raconte ce résidant de Montréal. Au bout de quelques semaines, je suis devenu hypersensible et anxieux.»

Sur les conseils d’un pharmacien – son médecin était en vacances –, il a réduit de moitié la posologie. «Quand j’ai enfin pu parler à mon médecin, il m’a prescrit un anxiolytique.»

Poursuites contre Pfizer

Des fumeurs et des proches de victimes présumées du Champix ont déposé des requêtes en recours collectif contre Pfizer au Québec, en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique. Les avocats des requérants se sont mis d’accord pour faire entendre une requête commune devant la justice ontarienne.

La poursuite allègue que Pfizer connaissait les risques de complications neuropsychiatriques liés au Champix, mais qu’elle ne les a pas suffisamment communiqués au grand public. La varénicline, l’ingrédient actif du Champix, inhibe la libération de la dopamine, une hormone liée au plaisir de fumer et dont la production est d’ordinaire stimulée par la nicotine.

«On ne dit pas qu’il faut retirer le Champix du marché, dit Me André Lespérance, du cabinet Lauzon, Bélanger, Lespérance. On prétend que Pfizer n’a pas tout dit aux consommateurs.»

Son cabinet représente un fumeur sans antécédents psychiatriques, qui a fait une tentative de suicide en août 2008, dix jours après avoir commencé à utiliser le Champix.

La poursuite fait par ailleurs valoir que le Champix serait à peine plus efficace que le buproprion (Zyban) et que les timbres nicotiniques. La revue médicale française indépendante Prescrire  rapportait le même constat dans son édition du 1er septembre 2008.

Le montant des réclamations n’a pas encore été établi, a précisé Me Lespérance. «On ne sait pas encore combien de gens ont utilisé le Champix au Canada.»

Effets indésirables et ventes en baisse

Moins de deux ans après sa commercialisation aux États-Unis en 2006 sous la marque Chantix, la varénicline y faisait l’objet de 3325 rapports d’effets indésirables, dont 112 décès.

Santé Canada, qui a approuvé le Champix en février 2007, a enregistré 226 cas d’effets indésirables neuropsychiatriques pour la seule année 2007. En date du 31 décembre 2009, le site MedEffet répertoriait quelque 1235 rapports d’effets indésirables, dont plus de la moitié étaient d’ordre neuropsychiatrique (automutilation intentionnelle, idées et/ou comportements suicidaires, dépression, agressivité, etc.). On estime généralement que moins de 10 % des effets indésirables sont rapportés.

Le médicament fait l’objet de près d’un million d’ordonnances par année au pays. Entre 2007 et 2008, il est passé du 342rang au 76rang au palmarès des médicaments les plus prescrits au Canada.

À l’échelle mondiale, il a rapporté 700 millions $US à Pfizer en 2009, contre 846 millions $US en 2008. Le géant pharmaceutique a attribué cette baisse à l’ajout d’avertissements sur ses emballages en 2008 et 2009 à la demande des autorités de santé américaines.

Mises en garde

Aux États-Unis, la Food and Drug Administration a en effet exigé de Pfizer qu’il imprime sur l’emballage du Chantix un avertissement bien visible faisant état des risques sanitaires liés à l’utilisation du médicament. En 2008, Pfizer a même diffusé un message à la télévision américaine invitant les utilisateurs de Chantix à cesser le traitement s’ils avaient des idées suicidaires. La même année, l’Administration fédérale de l’aviation américaine a interdit aux pilotes et aux contrôleurs aériens d’utiliser tout traitement à la varénicline, en raison de ses possibles effets neuropsychiatriques indésirables.

Santé Canada n’a toujours pas émis de nouvelles directives concernant l’usage du Champix, bien qu’il ait confié au réseau CBC en février 2009 qu’il en proposerait «dans un avenir rapproché». Le ministère se contente encore d’afficher un simple avis sur son site.

Avantages supérieurs aux risques

Info-Tabac, l’un des principaux organismes québécois engagés dans la lutte contre le tabagisme, ne semble pour sa part guère se soucier du fait que la plupart des études positives au sujet du Champix émanent de Pfizer.

«Nous nous fions au consensus établi par des organismes comme Santé Canada, les directions de la santé publique et le corps médical en général. On suit la vague», explique Denis Côté, coordonnateur d’Info-Tabac.

Selon M. Côté, les données concernant les effets indésirables du Champix sont «anecdotiques» et ses avantages lui semblent «immensément plus importants que ses inconvénients».

Une étude publiée en avril 2010 dans la revue Drug Safety conclut que la varénicline provoque au plus des troubles du sommeil chez les fumeurs n’affichant aucun antécédent psychiatrique. L’étude a été rédigée par trois hauts responsables de Pfizer et par deux chercheurs commandités par la firme.

À lire également : notre article sur les médicaments Blockbusters

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  • Par mireille gagnon
    08 Août 2013

    pas fort m.coté.les suicidés ont tout de meme arretés de fumer youpi.daniel claude

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  • Par PASCAL LATERREUR
    30 Août 2013

    Rendu là, on devrait peut-être aussi exiger d'avoir des ordonnances pour fumer! (et après, on pourrait actionner les fabricants, ce serait génial!!) Il ne faut pas oublier qu'en arrêtant de fumer, il y a des effets secondaires, avec ou sans champix!!

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