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Soins de santé et de bien-être: gare à la «taxe COVID-19»

Par Marie-Ève Shaffer Mise en ligne : 03 Juin 2020 Shutterstock.com

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Dentistes, coiffeurs, massothérapeutes, chiropraticiens… beaucoup de fournisseurs de soins de santé et de bien-être révisent à la hausse leur grille tarifaire pour faire face aux frais engendrés par l’application des consignes sanitaires. Préparez-vous à ouvrir davantage votre portefeuille.

Les coûts supplémentaires varient de quelques dollars à quelques dizaines de dollars. L’Association des chirurgiens dentistes du Québec suggère à ses membres d’imposer temporairement une augmentation tarifaire d’environ 15 $, mais des traitements plus laborieux, qui requièrent davantage de personnel, risquent de faire grimper un peu plus la facture.

Du côté des coiffeurs, les hausses fluctuent selon la taille des salons, d’après l’Association Coiffure Québec. «Les petits salons, qui font un client à la fois, n’ont pas à installer de Plexiglas, mais les grands qui ont 20 coiffeurs et sept lavabos en ont besoin, en plus d’une réceptionniste de plus pour contrôler les déplacements», explique son président, Stéphane Roy. Selon lui, les prix peuvent bondir jusqu’à 20 %.

La Fédération québécoise des massothérapeutes agréés juge pour sa part «normal» que ses membres majorent leurs tarifs, mais elle n’a pas formulé de directives précises à ce sujet. «Toutes les mesures sanitaires ont un coût», plaide sa présidente, Sylvie Bédard.

Même son de cloche du côté de l’Association des chiropraticiens du Québec (ACQ). Celle-ci entend consulter ses membres avant de recommander d’imposer des coûts supplémentaires. «Si certains chiropraticiens augmentent leur tarif, c’est sur une base individuelle», souligne la Dre Marie-Hélène Boivin, présidente de l’ACQ.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) insiste pour dire que ces sommes demandées en plus ne permettent pas à ces professionnels d’engranger des profits. «C’est pour réduire l’impact des mesures qu’ils doivent mettre en place, autant pour protéger leurs clients que pour se protéger eux-mêmes», signale Gopinath Jeyabalaratnam, analyste principal des politiques de la FCEI.

Des consignes sanitaires strictes

Ces professionnels ont l’obligation de suivre les consignes sanitaires, sinon la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) pourrait fermer leur lieu de travail. Elle peut aussi donner un constat d’infraction, et même engager des poursuites pénales, dans des cas plus graves.

Ainsi, selon les directives transmises par la CNESST, ces donneurs de soins doivent porter des équipements de protection individuelle (masque de procédure, blouse, visière et lunettes), les changer entre chaque client, désinfecter régulièrement leur espace de travail et se laver fréquemment les mains.

Qui plus est, ils doivent espacer les rendez-vous pour effectuer les tâches de décontamination, mais aussi pour faire en sorte que les clients se croisent le moins possible. Il y a conséquemment moins de plages horaires disponibles pour des consultations ou des traitements, à moins que les heures d’ouverture ne soient prolongées.

Il est aussi demandé aux consommateurs d’être ponctuels. «Même avec cinq minutes de retard, la période de désinfection doit être repoussée, ce qui signifie que les derniers clients de la journée pourraient perdre leur rendez-vous», prévient M. Jeyabalaratnam.

Les services offerts peuvent également être modifiés ou restreints. Par exemple, pour minimiser les remplacements d’équipement de protection individuelle, des massothérapeutes proposent seulement de longs traitements.

Des coiffeurs refusent pour leur part de réaliser des transformations extrêmes, telles qu’un changement radical de coloration, puisqu’elles exigent leur attention pendant plusieurs heures. «[Les coiffeurs] veulent recevoir le plus de clients possible étant donné qu’ils ont une liste d’attente. Ils proposent d’attendre deux mois par respect pour les autres clients», rapporte Stéphane Roy.

 

Ce que dit la loi

Option consommateurs assure que les hausses de prix imposées par ces professionnels sont légales. «Le commerçant peut fixer les prix qu’il veut et il peut avoir le modèle d’affaires qu’il veut, selon les coûts qu’il doit assumer», mentionne son avocat, Me Alexandre Plourde.

La Loi sur la protection du consommateur (LPC) indique explicitement que le commerçant doit afficher le prix des biens à vendre dans son établissement et appliquer la politique d’exactitude des prix. Pour les services, la législation est moins limpide, d’après Me Plourde. Ce dernier recommande néanmoins à ces commerçants offrant des soins corporels d’aviser leur clientèle à l’avance. «C’est une pratique commerciale qui témoigne d’un minimum de respect», soutient-il.

S’il y a un contrat qui lie le consommateur au commerçant, ce dernier a l’obligation de le respecter. Une modification au contrat peut toutefois être convenue entre les parties.

Augmentation abusive

Que peut faire un consommateur s’il juge qu’un professionnel augmente ses tarifs de façon abusive? Me Plourde avoue qu’il y a un vide juridique à ce sujet. «S’ils estiment que les frais sont abusifs, les consommateurs peuvent toujours magasiner, suggère-t-il. Il y a toujours la possibilité d’aller voir d’autres commerçants.» Pour ceux qui sont liés à un ordre professionnel, il est toutefois possible de se plaindre auprès de celui-ci.

«Le minimum que les commerçants doivent faire, c’est d’expliquer aux consommateurs pourquoi ils augmentent leur prix, ajoute l’avocat. Quels sont les investissements qu’ils ont dû faire? Quelles sont les nouvelles dépenses? Ça aiderait le consommateur à se faire une idée sur le caractère abusif ou non de ces frais.»

Les compagnies d’assurances prendront-elles en compte l’augmentation des tarifs dans les remboursements accordés pour les soins de santé privés?

Pour les services couverts par un régime d’assurance, l’Association canadienne des compagnies d'assurances de personnes (ACCAP) conseille aux consommateurs de s’informer auprès de leur compagnie d’assurances pour vérifier si «la taxe COVID-19» sera prise en compte dans le remboursement. «La décision de couvrir ces montants supplémentaires revient à chaque assureur et preneur de régime», indique l’organisation dans un échange de courriels.

>> À lire aussi: Ressources fiables et utiles liées à la pandémie et Retour chez le dentiste au temps de la pandémie

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