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Rappel massif de boeuf: à qui la faute?

Par Lise Bergeron
Rappel massif de boeuf: a qui la faute?

Plus de 2 000 produits de la compagnie XL Foods font partie du plus important rappel alimentaire de l'histoire du Canada. Comment en est-on arrivé là?

Le rappel massif de bœuf de l'Ouest canadien en cours actuellement nous le remémore encore une fois: plus les opérations d'abattage sont concentrées, plus le risque de contamination à grande échelle est élevé. Dans ce cas-ci, les produits de la compagnie albertaine XL Foods Inc., l'abattoir le plus important au pays avec 2 000 employés et une capacité de traiter 1,4 million de bêtes par année, sont soupçonnés de contamination à la bactérie E.coli O157:H7. En date du 8 octobre 2012, des milliers de tonnes de bœuf ont été rappelées d'un bout à l'autre du pays ainsi qu'aux États-Unis, et plusieurs pays ont fermé leurs portes au bœuf canadien.

La source du problème

Typiquement, parce qu'il provient de plusieurs parties de l'animal, c'est le bœuf haché qui est le plus susceptible d'être contaminé à l’E.coli, mais les autres coupes de viande ne sont pas non plus à l'abri. Dans le cas présent, le rappel est d'autant plus important que l'entreprise géante distribue son bœuf sous différentes formes – du filet mignon au steak haché, en passant par la saucisse et les cubes à ragoût – et sous différentes marques partout au Canada. Au total, XL Foods fournit 35 % de tout le bœuf vendu au pays.

«Durant le processus d'abattage, la chair animale destinée à la consommation humaine peut entrer en contact avec de la matière fécale. On croit souvent que les pathogènes, s'ils sont présents, ne le sont qu'à l'extérieur du morceau de viande et qu’ils seront détruits à la cuisson. Or, ces pathogènes peuvent pénétrer dans la viande durant le procédé d'attendrissage ou de piquage», explique Olivier Berreville, docteur en biologie de l'Université de Dalhousie et conseiller scientifique de la Canadians for the Ethical Treatment of Farm Animals (CEFTA). 

Selon l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA), «la détection de la bactérie E.coli dans des abattoirs n'est pas exceptionnelle en soi, mais on s'attend à ce que les établissements prennent des mesures appropriées pour surveiller les taux plus élevés que la normale et qu'ils modifient leurs mesures de contrôle en conséquence». 

Or, note l'ACIA, alors que le problème a été signalé le 4 septembre 2012, l'entreprise n'avait toujours pas instauré de mesures correctives satisfaisantes trois semaines plus tard, et son plan pour régler le problème à long terme n'était pas acceptable. Résultat: l'ACIA a suspendu temporairement le permis de l'établissement. 

Manque d'inspecteurs?

«Un seul animal peut contaminer toute la chaîne de production, et il y a de moins en moins d'inspecteurs fédéraux chargés de surveiller les opérations», déplore Élise Desaulniers, blogueuse et auteure de Je mange avec ma tête – Les conséquences de nos choix alimentaires. Pourtant, selon l'ACIA, 40 inspecteurs et six vétérinaires de l'Agence fédérale travaillent en tout temps dans l'établissement de XL Foods situé à Brooks, en Alberta. Mieux encore, deux vétérinaires et six inspecteurs de l'ACIA se sont même ajoutés au personnel de l'établissement depuis 2006, soutient l'Agence. 

«C'est difficile de savoir ce qui se passe derrière les portes closes des abattoirs», note Élise Desaulniers. Un reportage de Radio-Canada relatait récemment que d'ex-employés de XL Foods avaient révélé des failles importantes dans le processus d'abattage, par exemple des instruments qui tombent au sol et qui sont réutilisés sans être nettoyés. Plusieurs autres anomalies liées à la salubrité des installations ont aussi été décrites dans les médias, notamment des écoulements de désinfectant sur la viande, des thermomètres inadéquats et des frigos mal entretenus. 

Un problème systémique

Pour Olivier Berreville, qui visite des installations agricoles depuis 12 ans, l'explication réside dans notre système agroalimentaire lui-même, basé sur la production d'aliments en grande quantité et bon marché. «La façon dont les animaux sont élevés dans les fermes industrielles, par exemple la proximité des bêtes, le surpeuplement et les conditions insalubres, compromet leur système immunitaire et favorise la propagation d’agents pathogènes et de maladies», affirme-t-il. 

Les producteurs assurent pourtant que tout est fait dans les normes, selon des critères scientifiques établis par des comités internationaux, et que les vétérinaires veillent au grain. Pour Olivier Berreville, toutefois, le Canada traîne de la patte. «De nombreux critères établis et mis en pratique en Europe sont loin d'être suivis au Canada. La majorité de la viande, des œufs et des produits laitiers vendus ici proviennent d'animaux qui ont vécu des existences de peur et de privation; pourtant, ce n'est souvent que lorsque la santé humaine est concernée que l'on commence à réfléchir à ce sujet», fait-il remarquer.

Comme consommateurs, comment y voir clair? «Le présent rappel devrait inciter les gens à se renseigner sur la façon dont sont produits les aliments d'origine animale qu'ils achètent, et entraîner un débat de société sur la façon dont les animaux de ferme sont traités et les conséquences pour le bien-être animal, l'environnement et la santé humaine», conseille Olivier Berreville. Élise Desaulniers, pour sa part, songe à tous ces animaux élevés, nourris et abattus pour rien. «Quel gaspillage de ressources... Un véritable gâchis», conclut-elle.

Selon l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA), les aliments contaminés par l’E.coli O157:H7 ne présentent pas nécessairement d'altération visible ni d'odeur suspecte. La consommation d'aliments contaminés par cette bactérie peut occasionner des maladies graves, parfois mortelles, qui se manifestent notamment par des douleurs abdominales intenses et de la diarrhée sanguine. Jusqu'à présent, aucun des 11 cas recensés n'a fait de victimes. 

Consultez la liste complète des produits rappelés sur le site de l'ACIA.

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  • Par PATRICIA HEALY
    15 Octobre 2012

    Je réagis comme Madame Desaulniers. Je pense à toutes ces pauvres bêtes et au gaspillage énorme! Je mange de moins en moins de viande et lorsque j'en consomme, j'achete bio même si c'est deux fois le prix. Au moins, je sais que la bête a eu une bonne vie et qu'elle fut abattue de façon respectable. Arrêtons de consommer n'importe comment et n'importe quoi!

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  • Par SYLVIE LAPOINTE
    20 Octobre 2012

    En partant, dans les faits concrets, de la viande, c’est toujours des cadavres d’animaux, i.e. une alimentation cadavérique, comme disent certains nutritionnistes. Est-ce que c’est bon pour nous? Pour les animaux? Pour l’environnement touché par le fait de produire ces animaux? Bactéries dangereuses, propagation de maladies, cancers et nombreux autres problèmes de santé, cruauté envers les animaux, destruction de forêts, OGM, contaminations, pollution de l’eau, du sol, de l’air, tous des résultats de consommer de la viande. Jonathan Safran Foer, jeune écrivain new-yorkais, a publié un livre d’enquête qui apporte tout un éclairage là-dessus, «Eating Animals», traduit en français «Pourquoi manger des animaux?». Quand on veut savoir ce qu’on fait, étant donné qu’on est responsable, ce livre révélateur est pour nous. On est loin de juste quelques personnes au Canada qui ont subi des malaises et même qui sont décédées après avoir mangé du boeuf contaminé, quoique ce soit déjà trop et que dès lors, cela devrait nous mettre en garde face à ces produits. Le végétarisme, qui répugne à un grand nombre de personnes carnivores, est pourtant un choix qui contourne de très nombreux aspects négatifs du monde dans lequel nous vivons. S’informer nous le ferait apprécier à bien des égards.

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  • Par Carol Thibodeau
    14 Octobre 2012

    Bonjour,
    le ou les produits achetés visés par le rappel peuvent-ils être remboursés par le commerçant?

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  • Par Stephen Lagueux
    18 Octobre 2012

    Il ne va pas sans dire que si seulement 1 personne meurt de cette contamination, c'est une victime de trop.

    Maintenant, il faudrait peut-être mettre les choses en perspective avant de faire de ces nouvelles, une vache à lait médiatique en apeurant le monde. 11 cas recensés au Canada sur une population de 34,482,000. Avez-vous une idée de ce que ça représente? C'est 0.00003% de la population qui démontrent des symptômes. 1 personne sur 3,165,455. A ces ratios, une personne à 56 fois plus de chances de se faire frapper par la foudre (1 sur 56439) que d'être malade à manger cette viande.

    Des centaines, voir des milliers de gens ont la diarrhée et des mots de ventre tous les jours au Canada pour ne pas avoir manipulé leur viande comme il faut. Alors s'il vous plait, ayons un peu de bon sens.

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    Par luc hebert
    19 Octobre 2012

    tout a fait d'accord avec toi ! enfin du bon sens

    Par Michele Lapointe
    16 Octobre 2012

    Vu de cet angle, combien de gens ont éprouvé les mêmes malaises pour ne pas avoir manipulé leurs légumes et fruits frais comme il faut ?? Pas beaucoup !

    Le fait est que la plus grande majorité de la population ne peut même pas s'imaginer de penser qu'un jour ils ne mangeraient plus de viande. Pour ma part, s'il y en a juste une qui devrait disparaître de la consommation des humains, c'est la viande bovine ... et toutes les autres suivraient tout de suite après.

  • Par Denise Perron
    22 Octobre 2012

    C'est certain qu'on pourrait se passer de la viande'' mais les légumes d'aujourd'hui sont aussi contaminés et ceux '' dits biologiques le sont-ils vraiment??? On ne sait plus sur quel pied danser...de plus, pour nourrir la population mondiale qui augmente, on invente n'importe quoi mais pas grand chose de bon finalement.

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    Par Michele Lapointe
    22 Octobre 2012

    Pour ce qui est des légumes qui sont aussi contaminés et dits bio, est-ce pire que de manger des animaux qui sont nourris quasi exclusivement avec du maïs OGM?

    Je continuerai de manger mes fruits et légumes... et de danser allègrement puisque je m'évite ainsi une panoplie de maux et souffrances dûs à la consommation de la viande, sous toutes ses formes. Ferez-vous parti du bal ?

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