Votre navigateur n'est plus à jour et il se peut que notre site ne s'affiche pas correctement sur celui-ci.

Pour une meilleure expérience web, nous vous invitons à mettre à jour votre navigateur.

Les vendeurs de purificateurs d’eau vous noient de faussetés

Par Stéphan Dussault Mise en ligne : 25 Mars 2010 Shutterstock

verre-eau Shutterstock

Un an et demi après la publication de notre enquête sur les vendeurs de purificateurs d’eau, les techniques de vente douteuses continuent de sévir. Tournée au Salon national de l’habitation de Montréal.

Lorsque nous avons publié en août 2008 une enquête sur les vendeurs de purificateurs d’eau qui salissaient indûment l’eau d’aqueduc pour mieux vendre leurs coûteux systèmes dont l’utilité est discutable, nous avons crû que l’industrie améliorerait ses pratiques de vente.

Il n’en est rien, comme nous avons pu le constater lors d’une visite au Salon national de l’habitation. Les vendeurs profitent de cette tribune pour faire de la prospection intensive auprès des visiteurs en tâchant de les alarmer quant à la qualité de l’eau du robinet.

L’eau dure

Au kiosque de Kinetico, un vendeur nous annonce que la dureté de notre eau du quartier Rosemont, à Montréal, est fort probablement autour de 12 grains par gallon (gpg), un taux qui justifierait l’achat d’un adoucisseur d’eau, question d’éviter que le calcium et le magnésium n’encrassent la laveuse et le lave-vaisselle et diminuent leur durée de vie. Dans la réalité, il n’en est rien. Un test effectué en 2008 a établi que notre eau est deux fois moins dure qu’annoncé, ce qui ne justifie pas du tout l’achat d’un système de 2000 à 5000 $ de Kinetico.

Un peu plus loin, nous remarquons le kiosque d’Eagle. Le représentant sur place pointe l’éprouvette qui trône comme un trophée au centre du kiosque. À l’intérieur, un produit chimique a séparé l’eau des minéraux. On remarque instantanément le dépôt gluant au fond. «C’est ça que tu bois tous les jours», prétend-t-il. Autour, les clients potentiels affichent des regards dégoûtés. Ce spectaculaire test n’a pour but que de vous faire peur. L’eau dure n’est pas mauvaise à boire, au contraire. Dire qu’une eau est calcaire signifie simplement qu’elle contient du calcium, recommandé pour la santé.

Au kiosque de Scale Blaster, une entreprise vend un détartreur électronique d’eau résidentielle. Le vendeur nous entretient de son «conditionneur de l’ère spatiale». «Il faut enlever le calcaire de l’eau, parce que sinon, ça donne des pierres aux reins.» La science nous enseigne qu’une eau qu’on qualifie de dure, de calcaire ou de minérale n’est pas mauvaise pour la santé. «C’est pourquoi vous ne trouverez nulle part dans le monde de norme pour limiter la dureté de l’eau», nous disait en 2008 Raymond Desjardins, professeur à l’École Polytechnique de Montréal et directeur du Centre de recherche, développement et validation des technologies et procédés en traitement des eaux.

Le vilain chlore

Bien entendu, à peu près tous les vendeurs de purificateurs d’eau vont démoniser le chlore ajouté à l’eau de l’aqueduc municipal. Quelques affirmations trompeuses entendues: «Vous êtes loin de l’usine, alors ils doivent ajouter beaucoup de chlore à l’eau pour qu’il se rende jusque chez vous», «sans chlore, votre eau serait jaunâtre», «le chlore enlève toutes les bactéries, les bonnes comme les mauvaises».

En quoi un coûteux système de purification de l’eau va-t-il remettre ces bonnes bactéries dans l’eau?! Énigme. Quant au taux de chlore, il était tout à fait acceptable lorsque nous avons fait tester notre eau par un laboratoire indépendant il y a un an et demi. Rien ne nous permet de croire qu’il a significativement changé aujourd’hui. «Le peu de chlore qui reste dans l’eau se transforme en sel de table dès le contact avec la langue. Il n’y a aucun chlore qui se rend dans l’estomac», nous expliquait Raymond Desjardins dans notre édition d’août 2008.

Fin du calvaire de votre humble serviteur: le kiosque d’Ecowater. Le vendeur lave sous nos yeux deux verres de vin, l’un à l’eau provenant directement de l’aqueduc, l’autre ayant été traitée par son adoucisseur d’eau. Le second verre est incontestablement plus propre. «Avec cette eau, tu n’auras même plus besoin d’essuyer ton auto après l’avoir lavée», me dit-il. Il utilise le même procédé pour le lavage des mains et des fraises. Encore là, la main lavée avec son eau adoucie est plus soyeuse et le goût de la fraise semble légèrement plus prononcé.

La grande question, maintenant: allez-vous payer 2000, 5000 ou 10 000 $ pour une eau qui lavera mieux vos mains, vos fruits et votre auto? Les systèmes domestiques de traitement de l’eau s’avèrent souvent superflus, puisque l’eau potable est en général de bonne qualité au Québec. Mais il semble que l’enquête de Protégez-Vous a eu un impact homéopathique sur les pratiques des vendeurs, qui ont bien peu changées.

Pour en savoir plus, consultez notre enquête sur les vendeurs de purificateurs d'eau (PDF).

Ajouter aux favoris
Ajouter aux favoris

Pour suivre toutes les mises à jour et nouveautés sur cet article, vous devez être connecté.

Nouvelle