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Prix en épicerie: l’effet de la COVID-19 commence à se faire sentir

Par Marie-Eve Shaffer
epicerie

Depuis que la pandémie de COVID-19 a été déclarée, l’approvisionnement en denrées alimentaires s’est complexifié. Leurs prix en épicerie ont ainsi commencé à fluctuer. Et ce n’est que le début.

Une hausse des prix de 4 à 7 % est anticipée par l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADAQ) sur l’ensemble de l’année 2020. «C’est une moyenne et ça dépend des produits», précise Stéphane Lacasse, directeur des affaires publiques et gouvernementales de l’Association des détaillants alimentaires du Québec.

Le Laboratoire en science analytique agroalimentaire de l’Université Dalhousie maintient pour sa part sa prévision voulant que les prix en épicerie bondissent de 4 % cette année.

«Ce qu’on n’avait pas prévu, c’est le très bas taux d’inflation général, qui est -0,2 %. Le 4 % d’inflation [en alimentation] sera perçu comme un 10 ou 12 % par les consommateurs [puisque] la différence est très grande», nuance le directeur principal du Laboratoire en science analytique agroalimentaire de l’Université Dalhousie, Sylvain Charlebois.

«Tout va coûter pas mal moins cher, mis à part l’alimentation», ajoute l’universitaire. D’après un rapport de Statistique Canada publié au mois d’avril, les prix des aliments avaient augmenté de 3,4 % au cours de la dernière année, alors que ceux des vêtements (-4,4 %), des chaussures (-4,1 %) et des loisirs (-0,7 %) avaient baissé.

 

La viande

Déjà, la viande coûte plus cher. Statistique Canada a établi que le prix du porc a progressé de 9 % du mois d’avril 2019 à avril 2020 tandis que celui du bœuf a bondi de 8,5 % pendant la même période. Les difficultés d’approvisionnement, attribuables notamment à l’arrêt temporaire des opérations d’usines de transformation et la fermeture de la frontière canado-américaine pendant la pandémie, sont en cause, d’après l’organisme national.

Sylvain Charlebois avance que le prix de la viande devrait se stabiliser dans les prochains mois. Son laboratoire prévoyait au début de l’année que le coût de la viande serait 6 % plus élevé au terme de l’année 2020.

Les fruits et les légumes

Depuis la mi-mars, les prix moyens des fruits et des légumes ont globalement diminué, respectivement de 1 % et de 4 % sur le marché canadien, rapporte l’Association québécoise des distributeurs de fruits et légumes (AQDFL). Toutefois, en décortiquant les données, on constate les effets de la crise sanitaire.

Au début de la pandémie, les épiceries ont été envahies par des consommateurs qui souhaitaient faire des réserves. «On s’est tourné vers des légumes racines qui peuvent se conserver longtemps. Pour les fruits, on a acheté des valeurs sûres : les agrumes, les bananes et les melons», mentionne Sophie Perreault, présidente-directrice générale de l’AQDFL.

L’augmentation de la demande a fait croître les prix de ces aliments, notamment les oranges (+11 %), les bananes (+1 %) et les pommes de terre (+1 %). Les fruits et les légumes surgelés sont aussi plus coûteux (+6 %). Quant aux conserves, leur prix a bondi de 7 % en ce qui concerne les légumes et de 12 % en ce qui a trait aux fruits.

La fermeture de la plupart des services de restauration a fait en sorte qu’il y a eu un surplus de certains légumes, tels que les oignons, les carottes et l’ail. «On s’est retrouvé avec un plus grand volume qu’on a essayé d’écouler sur le marché du détail», explique Sophie Perreault. Cette augmentation de l’offre a fait chuter les prix, notamment des oignons (-14 %) et des carottes (-3 %).

À quoi peut s’attendre le consommateur dans les prochains mois? Sophie Perreault demeure prudente. «Ça va dépendre de la variété et de l’évolution de la situation, indique-t-elle. L’impact sur le prix risque d’être plus important sur toutes les productions qui sont manuelles et plus fragiles, comme les fraises.»

La disponibilité de la main-d’œuvre influencera immanquablement l’offre de fruits et de légumes et, conséquemment, les prix. Est-ce que les travailleurs québécois répondront à l’appel des champs et, si oui, y resteront-ils pendant tout l’été? Dans quelle mesure les producteurs pourront-ils recevoir l’aide des travailleurs étrangers? «On ne le sait pas», note Sophie Perreault.

Les épiceries

Depuis le début de la pandémie, les épiceries ont dû réviser le fonctionnement de leurs établissements. À vitesse grand V, elles ont instauré des mesures sanitaires plus strictes, rehaussé temporairement les salaires et consolidé leurs activités découlant du commerce en ligne.

Qui plus est, les frais de carte de crédit ont monté en flèche. «Il n’y a presque plus personne qui paye avec de l’argent, dit Stéphane Lacasse, de l’ADAQ. Pour chaque transaction avec une carte de crédit, ça coûte 1,5 % du montant [au marchand]. Nos frais de carte de crédit ont augmenté de près de 40 %.»

Résultats: les frais d’exploitation des épiceries ont bondi depuis le début de la pandémie. D’après l’ADAQ, les marchands n’ont pas refilé la facture aux consommateurs. Du moins, jusqu’à maintenant. Tout au plus, selon l’association de détaillants, des frais de service, comme ceux facturés pour une livraison, ont été révisés à la hausse. Est-ce qu’il en sera ainsi dans les prochains mois? L’ADAQ n’est pas en mesure de se prononcer.

2021 et 2022

Puisque la pandémie de COVID-19 a compliqué l’acheminement des denrées alimentaires jusqu’aux consommateurs, Sylvain Charlebois s’attend à ce que les prix en épicerie grimpent dans une plus grande mesure en 2021 et 2022, notamment en raison des coûts de la distribution, qui sont réévalués tous les deux ans.

La part du budget des consommateurs consacrée à l’alimentation risque ainsi de passer de 9,1 % – donnée enregistrée avant le début de la pandémie de COVID-19 – à 11 et même 12 %, d’ici le début de l’année 2022, d’après Sylvain Charlebois. «On ne manquera pas de nourriture, mais ça risque de coûter un peu plus cher», résume-t-il.

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