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Amflora, une vraie patate chaude!

Par Rémi Maillard Mise à jour : 11 Mars 2010

Une pomme de terre génétiquement modifiée sème la discorde dans l’Union européenne.

Photo : iStockphoto

En annonçant la semaine dernière qu’elle autorisait la culture de la pomme de terre transgénique EH92-527-1, baptisée Amflora, la Commission européenne a déclenché une vague de critiques de l’autre côté de l’Atlantique. D’autant plus qu’il s’agit du premier feu vert pour un OGM depuis 12 ans dans l’Union, où la population est très majoritairement hostile aux organismes génétiquement modifiés.

La Suède, la République tchèque, les Pays-Bas et l’Allemagne ont déjà annoncé qu’elles allaient l’utiliser, tandis que l’Italie et l’Autriche s’apprêtent à en interdire la culture. De son côté, la France a choisi d’attendre l’avis de son Haut Conseil des biotechnologies pour se prononcer.

«Je suis choqué de voir que le commissaire à la Santé et à la protection des consommateurs n’a eu besoin que de quelques semaines dans ses nouvelles fonctions pour exprimer un soutien aussi flagrant aux intérêts industriels», estime par exemple l’eurodéputé écologiste allemand Martin Häusling.

«Cette décision de reprendre les autorisations de dissémination d’OGM dans l’environnement, en évacuant le débat sur leurs risques, est inacceptable», renchérit l’eurodéputée Corinne Lepage, une ancienne ministre de l’Environnement française.

Autorisation accélérée

Plusieurs parlementaires européens s’indignent aussi de la façon dont la Commission a procédé pour autoriser l’Amflora. Afin de gagner du temps, le nouveau commissaire européen à la Santé en charge du dossier des OGM, le Maltais John Dalli, a utilisé une procédure accélérée qui a permis d’éviter tout débat.

«Depuis six ans, l’innocuité de cette pomme de terre fait l’objet de controverses scientifiques, s’insurge Sarah Pecas, chargée de la campagne OGM pour Greenpeace France. Par cette décision, le commissaire Dalli, pourtant chargé de la protection des consommateurs, nie tous les débats scientifiques sur les dangers potentiels que représente cette pomme de terre et le fait que l’opinion publique européenne ne veut pas d’OGM.»

D’autre part, un nombre croissant de responsables politiques et de chercheurs remettent en cause la validité scientifique des avis de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA), sur lesquels s’est basée la Commission pour autoriser la culture de l’Amflora.

En effet, l’indépendance de l’AESA vis-à-vis de l’industrie est très controversée. Surtout depuis la récente révélation que la biologiste belge Suzy Renckens, coordonnatrice scientifique du groupe d’experts en charge des OGM à l’Autorité entre 2003 et 2008, avait depuis été embauchée comme lobbyiste par la compagnie suisse Syngenta, spécialisée dans les plantes génétiquement modifiées... Dans un rapport publié en 2005, l’AESA estimait «peu probable» que l’Amflora ait «un effet indésirable sur la santé humaine ou sur l’environnement».

Résistance aux antibiotiques

Conçue par la compagnie agrochimique allemande BASF, l’Amflora a été génétiquement modifiée afin d’augmenter son contenu en amidon. Officiellement destinée au seul usage industriel, elle intéresse particulièrement le secteur papetier et sera aussi utilisée pour l’alimentation animale.

Mais elle inquiète les groupes de défense de l’environnement et plusieurs scientifiques. La raison? Son tubercule contient un gène marqueur de résistance aux antibiotiques.

Selon Greenpeace, la dissémination de cette pomme de terre dans l’environnement pourrait augmenter la résistance de certaines bactéries à des médicaments, notamment ceux utilisés dans le traitement de maladies comme la tuberculose. Conclusion de l’organisation écologiste: cet OGM représente «un risque inacceptable pour la santé humaine et animale, ainsi que pour l’environnement».

L’inquiétude de certains experts à propos des gènes marqueurs de résistance aux antibiotiques, présents dans un grand nombre d’OGM, ne date pas d’hier. En 2001, l’Union européenne avait adopté une loi excluant des autorisations européennes les OGM contenant ce type de gènes. Par ailleurs, l’Organisation mondiale de la santé, en 2005, et l’Agence européenne des médicaments, en 2007, se sont prononcées contre les marqueurs utilisés dans l’Amflora, rappelle Greenpeace.

Pour en savoir plus
Greenpeace France
Autorité européenne de sécurité des aliments

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