Votre navigateur n'est plus à jour et il se peut que notre site ne s'affiche pas correctement sur celui-ci.

Pour une meilleure expérience web, nous vous invitons à mettre à jour votre navigateur.

Médicaments: l’emballage devra lister tous les ingrédients

Par Jean-François Gazaille
Québec ne remboursera que les médicaments génériques

Les ingrédients non médicinaux (INM) des médicaments en vente libre devront bientôt être clairement affichés sur les emballages. Mais cette mesure ne satisfait qu’à moitié les personnes pour qui elle a été adoptée.

L’énumération obligatoire des INM vise à faciliter le repérage des substances susceptibles de provoquer des effets indésirables chez les personnes allergiques ou hypersensibles. Les médicaments en vente libre vendus derrière le comptoir du pharmacien (comme l’Epipen) ne seront pas assujettis à la nouvelle règle d’étiquetage.

Santé Canada fait le pari que les fabricants de médicaments modifieront la composition de leurs produits si les consommateurs sont plus au fait des ingrédients qu’ils renferment.

Selon Statistique Canada, 2,4 % de la population du pays souffrait d’hypersensibilité en 2003.
Adoptée le 13 mai dernier, cette modification du Règlement sur les aliments et drogues n’entrera en vigueur que dans deux ans. Ce délai permettra aux fabricants d’adapter les emballages et étiquettes de leurs produits aux nouvelles dispositions réglementaires.

Les emballages de produits de santé naturels et de cosmétiques font l’objet d’une directive semblable de Santé Canada. La nouvelle mesure se compare par ailleurs aux règles en vigueur en Europe et aux États-Unis.

Saveurs et parfums mystères

Cependant, le nouveau règlement fédéral n’oblige pas les compagnies pharmaceutiques à afficher les «sous-ingrédients dans les saveurs et les parfums», ce qui provoque l’ire de certains groupes de pression.

«Il aurait mieux valu qu’on décrive dans le détail ce qu’ils renferment», déplore Michel Gaudet, président de l’Association pour la santé environnementale du Québec. Ces produits, dit-il, sont souvent composés de plusieurs dizaines de substances et il est virtuellement impossible d’en prévoir les effets combinés. «Les chimistes peuvent prédire l’interaction d’au plus cinq à six ingrédients dans un parfum. Au-delà, c’est un mystère.»

Action cancer du sein de Montréal (ACSM), un groupe qui a notamment milité en faveur d’un resserrement de la réglementation des cosmétiques, estime également que Santé Canada aurait dû exiger la description complète des sous-ingrédients des parfums et arômes dans les INM.

«Certaines des substances chimiques présentes dans les parfums peuvent provoquer de graves problèmes de santé, surtout chez les personnes allergiques ou hypersensibles, dit Janice Melanson, directrice administrative d’ACSM.

L’exception prévue dans le règlement sur les cosmétiques permet à l’industrie d’invoquer le «secret commercial» et de dissimuler une multitude de produits chimiques derrière la seule expression «parfum». J’imagine que c’est la même chose pour les arômes.»

Autre détail qui suscite les critiques : le nouveau règlement «ne précise pas le type de dénomination des INM», de sorte que le fabricant peut, à sa guise, inscrire le nom propre (en latin), le nom usuel ou international des INM. «L’utilisation de termes latins, ça mêle le monde», s’insurge Michel Gaudet.

Janice Melanson croit elle aussi que les étiquettes devraient être rédigées dans un langage clair et accessible au plus grand nombre afin que les consommateurs puissent faire des choix éclairés. «Actuellement, il faut être chimiste pour comprendre les étiquettes, car elles affichent des noms latins et peuvent désigner un même ingrédient par différents noms chimiques», dit-elle.

Pierre Biron, ex-professeur de pharmacologie à l’Université de Montréal et expert en pharmacovigilance, estime que Santé Canada aurait pu se contenter d’exiger l’inscription «des agents non médicinaux connus pour leur potentiel allergène, et non la liste complète. Ceux qui sont connus ne sont pas désignés en latin».

Selon lui, il vaudrait mieux rendre plus visible la liste de principes actifs. «Voyez les produits dans l’allée des produits contre le rhume, la toux et la grippe : à moins d’être un détective avec une loupe, il n’est pas facile de repérer un produit qui ne contient que de l’acétaminophène ou de l’acide acétylsalicylique ou du dextrométorphane. La grosseur des lettres pourrait être avantageusement réglementée.»

Enfin, le règlement sur les INM prévoit aussi une exception pour les médicaments sur ordonnance. Santé Canada explique qu’il «est pratique courante pour le pharmacien de réemballer et de réétiqueter ces médicaments. La responsabilité du choix du médicament revient le plus souvent à la personne ayant rédigé l’ordonnance […] Au point de vente, un pharmacien peut également conseiller les consommateurs sur le choix des médicaments».

Les ordres professionnels des pharmaciens auraient tout de même souhaité que les emballages des médicaments sur ordonnance préemballés et ceux des médicaments en vente libre sous surveillance pharmaceutique énumèrent la liste des INM.

C’est d’ailleurs ce qu’ils avaient suggéré par l’entremise de l’Association nationale des organismes de réglementation de la pharmacie (ANORP), lors des consultations menées l’an dernier par Santé Canada. «Nous trouvions que, de cette façon, l’information aurait été plus facilement accessible pour le patient», dit Carole Bouchard, la directrice de l’ANORP. Mme Bouchard se console toutefois en soulignant que Santé Canada a promis de réexaminer ces deux exceptions.

  Ajouter un commentaire

L'envoi de commentaires est un privilège réservé à nos abonnés.

Il n'y a pas de commentaires, soyez le premier à commenter.