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La pandémie fragilise les familles des salariés aux horaires atypiques

Par Rémi Leroux
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Travailleuses de la santé, agents de sécurité et de nettoyage, employés de commerces d’alimentation… les Québécois aux horaires atypiques sont de plus en plus nombreux et peinent à concilier travail et vie familiale. La COVID-19 est venue amplifier leurs difficultés.

Si vous ne travaillez pas selon le fameux horaire de 9 à 5 avec week-end de congé, vous êtes un travailleur aux horaires atypiques. Au Québec, les personnes aux conditions de travail hors normes représentent environ 28 % des salariés, soit plus d’un travailleur sur quatre.

Travail de soir ou de nuit, travail de fin de semaine, horaires rotatifs ou fractionnés, travail sur appel ou sur la route avec nuit à l’extérieur… les formes que prennent ces emplois sont nombreuses et, selon l’Observatoire des réalités familiales du Québec (ORFQ), elles sont en forte progression depuis le milieu des années 1990.

«Dans une économie qui tourne sept jours sur sept, 24 heures sur 24, les horaires atypiques sont en augmentation partout à travers le monde», précise Victor Haines, professeur en Ressources humaines et travail à l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal et coauteur d’une étude sur les effets néfastes des emplois aux horaires atypiques sur les familles.

L’état mental des travailleurs menacé

La banalisation d’emplois souvent fragiles aux horaires décousus «menace l’état mental des individus et les ressources psychologiques dont ils ont besoin pour relever des défis», explique le professeur Haines. Les horaires atypiques provoquent fatigue, stress et tensions et fragilisent les équilibres au sein de la famille.

Ces parents ont moins accès à des mesures de conciliation travail-famille dans leur milieu professionnel, constatent les chercheurs de l’Université de Montréal. Horaires connus à la dernière minute, inflexibilité de certains patrons, mauvaise organisation du travail… la liste des difficultés que rencontrent ces salariés est longue.

 «Ces parents ont également tendance à avoir moins de soutien à l’extérieur de leur milieu de travail», note le professeur Haines. Dans son étude «Horaires atypiques: parents fatigués, famille ébranlée», l’ORFQ rappelle qu’en 2016, «parmi tous les CPE et les services de garde, subventionnés ou non, seul un maigre 1 % des établissements offrait de garder le soir, la nuit ou les week-ends». Les parents doivent parfois débourser des frais de garde additionnels pour concilier travail et garde des enfants.

Fragiles relations parents-enfants

Les horaires atypiques ont par ailleurs des conséquences sur la qualité de la relation parents-enfants au sein des familles, constatent encore les chercheurs de l’Université de Montréal. Les parents sont moins disponibles pour raconter des histoires ou chanter des chansons à leurs enfants, perdent plus rapidement patience et ont tendance à se fâcher davantage.

La relation de couple est également fragilisée par cet épuisement et peut pousser certains parents «au bout du rouleau, jusqu’à la dépression», explique l’ORFQ: «Ces épisodes de souffrance ont provoqué une prise de conscience, un signal d’alarme sur une situation intenable». Certains travailleurs parviennent à modifier leur horaire ou à réduire leur charge de travail, mais ces changements ne sont malheureusement pas accessibles à tous, précise l’Observatoire.

COVID-19, facteur aggravant

«La crise sanitaire est révélatrice des difficultés que les parents peuvent rencontrer à concilier travail et vie de famille et, plus largement, travail et vie hors travail, explique Victor Haines. Les nombreuses personnes qui sont dans un contexte d’horaires atypiques doivent composer avec ces difficultés de façon plus intense que les autres.»

Avec le couvre-feu, des exceptions ont été mises en place pour les travailleurs aux horaires hors normes, mais il n’en demeure pas moins qu’ils doivent également composer avec une vie professionnelle plus compliquée que celle, par exemple, des télétravailleurs. Car, pour les travailleurs aux horaires hors normes, le télétravail n’est très souvent pas envisageable, rappelle l’ORFQ: «La nature même de l’emploi, en contact direct avec le public par exemple», rend toute forme de télétravail impossible.

Pour Victor Haines, les employeurs doivent aujourd’hui «songer à mettre en place des mesures de soutien pour les gens dont les horaires de travail sont atypiques afin qu’ils puissent planifier leur temps et ainsi réduire le risque de conflit. En outre, ces travailleuses et travailleurs doivent pouvoir compter sur leur famille et leurs amis pour obtenir davantage de soutien».

Finalement, soutient-il, «il est peut-être temps de réfléchir au-delà du spectre économique pour penser au bien-être des individus soumis à ces horaires et de redéfinir le cadre du travail et des horaires».

Les télétravailleurs… hors normes?


Les télétravailleurs de la pandémie sont-ils les nouveaux travailleurs hors normes? Victor Haines rappelle que de nombreuses personnes gèrent leur horaire de travail à la maison comme au bureau et «ouvrent leur ordinateur à 9 h pour le refermer à 17 h». Mais, pour d’autres, c’est plus compliqué et la frontière entre vie professionnelle et vie privée est souvent ténue.


«Le télétravail comme pratique de flexibilité avantageuse pour l’employeur et pour l’employé, c’est un télétravail encadré par des règles claires, une politique formelle, avec un équipement de travail adapté à la maison, mais, surtout, c’est un télétravail où il existe une dimension volontaire de la part de l’employé, qui décide s’il veut travailler à la maison ou au bureau. C’est la combinaison de ces différents aspects qui fait que le télétravail fonctionne.» Ce qui n’est pas le cas depuis le début de la pandémie.

Pour réaliser leur étude sur «Les effets néfastes des emplois aux horaires atypiques sur les familles», les chercheurs de l’Université de Montréal ont travaillé à partir des résultats de l’Enquête québécoise sur l’expérience des parents d’enfants âgés de 0 à 5 ans (EQEPE) 2015.

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