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La consommation d’antidépresseurs en hausse chez les jeunes

Par Marie-Eve Shaffer
pharmacien Shutterstock.com

À mesure que le virus de la COVID-19 s’est propagé, le stress, voire l’anxiété, vécu par les jeunes a monté d’un cran. Pour les aider à retrouver leur équilibre psychologique, plusieurs se sont tournés vers les antidépresseurs.

Selon les données de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ), le nombre de mineurs qui ont consommé des médicaments sous ordonnance pour apaiser leur état dépressif ou même atténuer les impacts d’un trouble de santé mentale a grimpé de 27,8 % de 2019 à 2021.

Cette hausse est plus élevée que celles enregistrées dans les autres catégories d’âge, notamment les 18 à 29 ans (+10,8 %), les 30 à 39 ans (+9,8 %) et les 65 ans et plus (+16,2 %).

Des assureurs privés ont aussi constaté une telle augmentation. Dans son Rapport 2021 sur les tendances et références canadiennes en matière de consommation de médicaments, Telus Santé note que, de 2020 à 2021, les demandes de règlements pour cause de dépression et de troubles mentaux ont bondi respectivement de 22 et de 13 % pour les personnes à charge.

Le Groupe IA a confié au Portail de l’assurance avoir enregistré, de façon générale, une hausse de 20 % des demandes de remboursement pour la prise d’antidépresseurs de 2019 à 2020. La hausse a atteint 10 % du côté d’Express Scripts Canada pendant la même période.

La Dre Annie Loiseau, qui est spécialisée dans la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’Hôpital régional de Rimouski, observait avant même l’apparition de la COVID-19 une augmentation de la prise d’antidépresseurs chez les jeunes âgés de moins de 18 ans. «Avant mars 2020, c’était déjà une préoccupation. La pandémie a été un catalyseur», souligne-t-elle.

Avec un consentement libre et éclairé

Qui prescrit ces médicaments? Des psychiatres, mais également des médecins de famille et des pédiatres. «On les prescrit notamment pour les troubles de l’humeur, principalement les troubles dépressifs caractérisés, ou encore pour les troubles anxieux», explique la Dre Loiseau.

Si un professionnel de la santé recommande à ses jeunes patients de prendre des antidépresseurs, le dernier mot leur revient s’ils ont 14 ans et plus, sinon à leurs parents s’ils sont âgés de 13 ans. «Il faut un consentement libre et éclairé, insiste la psychiatre. On leur explique les bénéfices attendus, les effets secondaires les plus courants et les solutions de rechange. On ne met pas de pression.»

Problème d’accès aux services

Avec la prescription d’antidépresseurs vient un suivi thérapeutique. Du moins dans le meilleur des mondes. «Pour les troubles légers à modérés, on va suggérer seulement la psychothérapie dans un premier temps, mais, si c’est un cas de modéré à sévère, on va recommander une combinaison de thérapie et de médication», précise la Dre Loiseau.

Le problème, c’est que la psychothérapie est difficilement accessible. «Il y a une pression énorme sur le système de santé, souligne la Dre Loiseau. De moins en moins de temps peut être consacré à chaque rendez-vous. Et il y a peu d’accès aux ressources d’aide. C’est sûr que ça entraîne une augmentation de la prise d’antidépresseurs, même si ce n’est pas toujours la bonne solution. À défaut d’en avoir d’autres, on va vers celle-là.»

Selon leur emploi du temps, les psychiatres peuvent proposer un suivi thérapeutique formel à leurs patients, c’est-à-dire un nombre précis de rencontres organisées sur une base régulière, mais plusieurs ne sont pas en mesure de le faire.

«[Pour ma part], je ne peux pas en faire beaucoup, dit la Dre Annie Loiseau. Je peux toutefois offrir des interventions psychothérapeutiques, sans qu’on soit dans une thérapie formelle.»

Tout aussi débordés, les psychologues et les psychoéducateurs sont appelés en renfort, de même que les travailleurs sociaux. Ces derniers ne peuvent pas proposer une thérapie, mais ils peuvent quand même contribuer à dénouer des situations stressantes dans certains cas, comme des conflits de famille ou de l’intimidation à l’école.

Vers le sevrage

Avec la propagation de la COVID-19 qui ralentit et le retrait progressif des mesures sanitaires, les souffrances psychologiques ressenties par les jeunes s’estompent. Du moins, s’ils arrivent à obtenir de l’aide. «Pour certains jeunes plus fragiles, il est possible qu’il y ait des conséquences plus durables», souligne la Dre Loiseau.

S’ils parviennent à se sortir la tête de l’eau, ils pourront alors entreprendre un sevrage progressif des antidépresseurs. Certains le réclameront pour ne plus ressentir d’effets secondaires, pour se défaire d’une béquille ou pour ne plus se sentir différents de leurs amis. D’autres seront nerveux à l’idée de perdre ce soutien. Peut-être qu’ils arrêteront pour mieux recommencer quand une situation difficile se présentera.

«Ce sont eux les meilleurs juges pour savoir comment ils vont, dit la psychiatre. Il y en a qui en reprennent et d’autres qui n’en reprendront jamais. Ça dépend de chacun.»

>> À lire aussi: Comment soigner une dépression et remonter la pente et Mon psy est un robot

 

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