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Une haleine moins fraîche que promise

Par Jean-François Gazaille
Haleine moins fraiche que promise

Le géant de la gomme à mâcher Wrigley doit verser 7 millions $ US aux consommateurs américains pour avoir prétendu que ses produits à l’extrait d’écorce de magnolia avaient des propriétés bactéricides.

Photo: Wrigley

Des consommateurs outrés par la publicité des menthes et gommes Eclipse avaient intenté en mai 2009 un recours collectif contre Wrigley, propriété du confiseur Mars et de la société d’investissement Berkshire Hathaway. L’affaire s’est réglée à l’amiable le 6 juillet dernier.

Le confiseur américain devra aussi modifier les allégations inscrites sur les emballages et le site web de la marque Eclipse. On peut y lire que «de nouvelles données scientifiques indiquent que l’extrait d’écorce de magnolia, utilisé dans la médecine traditionnelle chinoise, contribue à tuer les germes qui causent la mauvaise haleine».

Par ailleurs, chaque paquet de menthes ou de gommes arbore, en grosses lettres, le slogan «With Natural Germ Killing» («Avec bactéricide naturel»). Loin d’équivaloir à un aveu de culpabilité, ce règlement ne vise qu’à «éviter à l’entreprise qu’elle ne s’écarte davantage de ses activités», a indiqué la direction de Wrigley par voie de communiqué. L’entente ne concerne que le marché américain car, bien que les produits Eclipse soient commercialisés au Canada sous la marque Excel, les menthes et gommes à l’extrait d’écorce de magnolia n’y sont pas vendues.

Recherches biaisées

Le Wrigley Science Institute — une filiale à part entière du confiseur américain — avait pavé la voie commerciale de l’écorce de magnolia en faisant publier en 2007 dans le Journal of Agricultural and Food Chemistry un article qui vantait les mérites de cette substance naturelle. Les chercheurs du WSI y affirmaient que l’écorce de magnolia supprimait 20 fois plus de bactéries en 90 minutes qu’une menthe placebo.

Le Wrigley Science Institute, fondé en 2005, a également dévoilé ces dernières années des études démontrant que mâcher de la gomme pendant trois heures après le repas du midi réduisait la consommation de friandises et accroissait le niveau d’énergie. L’organisme a aussi financé des recherches visant à démontrer que la mastication de la gomme stimulait la concentration en classe. Mais plusieurs études, dont une publiée la semaine dernière dans la revue Archive of Oral Biology par des chercheurs de la Faculté de psychologie de l’Université de Vienne, en Autriche, invalideraient les recherches financées par le WSI.

Exagérations

Plusieurs critiques reprochent aux autorités réglementaires américaines, au premier chef la Food and Drug Administration (FDA), de ne pas encadrer rigoureusement l’utilisation des allégations santé par les grandes marques. «Faute de processus de pré-approbation aux États-Unis, il semble y avoir une recrudescence d’allégations non fondées en ce qui a trait aux aliments fonctionnels», observe Timothy Blood, du cabinet Blood Hurst & O’Reardon, qui a obtenu gain de cause pour les consommateurs dans l’affaire Wrigley.

Toutefois, les consommateurs — et probablement les avocats spécialisés en recours collectifs — ne sont pas dupes. Wrigley n’est pas le premier fabricant qui, à force d’attribuer les plus nobles vertus à ses produits, finit par se faire prendre à son propre jeu. L’an dernier, le cabinet Blood Hurst & O’Reardon a remporté un recours collectif intenté contre Dannon — la raison sociale de Danone aux États-Unis — pour publicité mensongère à propos des yogourts aux probiotiques Activia et DanActive. Le règlement accordé aux consommateurs lésés s’élève à quelque 35 millions $ US.

Le cabinet canadien Merchant Law a déposé en octobre 2009 une requête en recours collectif identique devant la Cour supérieure du Québec. Le tribunal n’a pas encore rendu sa décision.

Touche pas à mon allégation

Au sein même de l’industrie agro-alimentaire américaine, les allégations santé avivent les tensions entre sociétés concurrentes.

Ainsi, après avoir été vilipendée en février par la FDA qui trouvait exagérées les allégations sanitaires inscrites sur les étiquettes de ses boissons, le leader américain du jus de grenade POM Wonderful a pris sa revanche et décidé de poursuivre Coca-Cola qu’il accuse de vendre un jus grenade-bleuet contenant en fait 99 % de jus de pomme et de raisin… et à peine 0,3 % de jus de grenade. Le site web de POM se plaît d’ailleurs à raconter l’histoire en long et en large.

Selon POM, les consommateurs achètent du jus de pomme-grenade pour bénéficier des vertus antioxydantes qu’on ne peut trouver que dans de grandes concentrations de jus de pomme grenade. POM a intenté la même requête contre Tropicana, Welch’s et Ocean Spray.

Sources: Associated Press, pubmed.gov, pomwonderful.com, nutraingredients-usa.com

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