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COVID-19: pour ou contre une application de traçage au Québec?

Par Mathilde Roy
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Le déploiement éventuel d’une application de recherche de contacts pour lutter contre la COVID-19 polarise et soulève de nombreux enjeux. Alors que le gouvernement québécois termine ses consultations sur le sujet, Protégez-Vous fait le point.

Après une consultation publique qui a pris la forme d’un questionnaire en ligne auprès de la population du 8 juillet au 2 août, c’est au tour d’experts de se réunir cette semaine en commission parlementaire pour présenter le pour et le contre d’un tel outil technologique.

Si le gouvernement juge que les Québécois ont suffisamment témoigné de leur intérêt, il sera en mesure de lancer une application vers la mi-septembre, avait-il indiqué lors du lancement des consultations, en juillet dernier.

On ne sait toutefois pas si Québec privilégierait l’outil technologique développé par le gouvernement canadien, «Alerte COVID», ou un autre.

Efficacité mitigée

Si le gouvernement prend le pouls des Québécois, c’est que l’efficacité de cet outil dépend fortement de son adhésion par la population. En effet, les usagers ne pourront pas savoir qu’ils ont rencontré une personne atteinte de la COVID-19 si cette dernière n’a pas installé l’application. Des chercheurs, ici et ailleurs, parlent d’un taux d’adoption d’au moins 60 % pour qu’elle soit vraiment utile.

L’Ontario est actuellement la seule province canadienne à avoir déployé Alerte COVID. Dix jours après sa mise en ligne, 1,6 million de personnes l’avaient téléchargée, selon Le Devoir, précisant que même si l’outil n’est fonctionnel qu’en Ontario, il n’est pas possible de savoir d’où proviennent les téléchargements. Au mieux, c’est donc seulement 10 % de la population ontarienne qui aurait adopté l’application.

Par ailleurs, Alerte COVID fait déjà l’objet de critiques. Des citoyens ont découvert qu’ils ne pouvaient pas télécharger l’application sur leur téléphone portable puisqu’elle n’est compatible qu’avec les appareils Apple et Android commercialisés ces cinq dernières années.

Un autre enjeu est l’accès à un téléphone intelligent chez les populations et les tranches d’âge les plus vulnérables, constate Sébastien Gambs, professeur au département d’informatique de l’UQAM. Le spécialiste en analyse de données massives, cybersécurité, enjeux éthiques et respect de la vie privée participe à la commission parlementaire à l’Assemblée nationale cette semaine. «Les personnes âgées [adoptent moins] les téléphones intelligents. Pareil pour les personnes les plus vulnérables, comme les sans-abris ou d’autres groupes qui ne peuvent pas forcément se permettre un téléphone intelligent ou un abonnement.»

Les applications ailleurs dans le monde

À l’international, le succès de ce genre d’application est mitigé. En France, «StopCovid» est vue comme un échec. Seulement 2 % de la population française l’avait installée sur son téléphone portable quatre semaines après son lancement. L’application de l’Australie n’a pas non plus porté les fruits espérés: un mois après son lancement, à la fin d’avril, elle n’avait détecté qu’un cas potentiel de COVID-19 sur les six millions de personnes équipées de l’outil.

L’Allemagne a eu plus de succès. Sa version de l’application enregistrait 9,6 millions de téléchargements trois jours après son lancement. En Irlande, 20 % de la population y adhéraient en deux jours.

Et vos données personnelles?

L’arrivée possible d’une application de recherche de contacts soulève d’autres questions, notamment en ce qui concerne la sécurité de vos données personnelles. Si Québec va de l’avant, on assure que l’appli ne se servira pas de la géolocalisation et qu’il n’y aura pas d’échange de renseignements personnels.

L’application mobile gratuite utiliserait plutôt la technologie Bluetooth afin d’échanger un identifiant aléatoire avec d’autres téléphones intelligents à proximité, peut-on lire sur le site de consultation du gouvernement.

En cas de diagnostic positif à la COVID-19, une ressource professionnelle de la santé fournirait un code unique au patient. Ce serait à lui de décider de saisir ou non le code dans l’application pour que les personnes avec qui il a été en contact soient avisées.

Alerte COVID présente les mêmes caractéristiques et «elle est une des applications qui a les meilleures garanties en termes de respect de la vie privée, car elle récolte le minimum d’informations», affirme Sébastien Gambs.

Elle n’est pas dénuée de risques pour autant, nuance l’expert en cybersécurité. Bien que la technologie Bluetooth soit considérée comme plus sécuritaire que la géolocalisation, une question de fiabilité subsiste. «Est-ce que, par exemple, je vais inclure dans mes contacts mes voisins parce que je capte leur Bluetooth à travers le mur? Ou, à l’inverse, est-ce que je vais manquer des personnes? Parce que, en fonction des appareils, la force du signal n’est pas la même.»

Par ailleurs, pour que l’application fonctionne, le Bluetooth doit être activé en permanence. «Il y a eu des attaques ces dernières années qui parvenaient à prendre le contrôle d’un téléphone à partir d’une faille de sécurité Bluetooth, en plus des risques de traçage possibles», poursuit Sébastien Gambs.

Votre score de risque

Parmi les autres enjeux que soulèvent les applications de traçage: son usage à d’autres fins. Votre employeur pourrait-il exiger que vous téléchargiez l’application et que vous montriez patte blanche avant d’intégrer le bureau? «Normalement, c’est une application optionnelle, mais c’est une dérive possible», observe le professeur.

Pendant que le Québec poursuit sa réflexion, la Colombie-Britannique, Terre-Neuve, le Nouveau-Brunswick et l’Alberta ont l’intention de rendre accessible l’application Alerte COVID à leurs citoyens, selon Le Devoir.

Et vous, si une application se déployait au Québec, la téléchargeriez-vous?

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