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Il faut couper le sel de moitié d’ici 2020

Couper le sel

Une cuillère à thé de sel par jour, c’est bien suffisant. Un comité d’experts mandaté par Santé Canada recommande de couper de moitié l’apport en sodium recommandé pour les adultes.

Photo: iStockphoto

Le Groupe de travail sur le sodium (GTS) estime qu’il faut abaisser, d’ici à 2016, l’apport moyen quotidien de 3400 mg à 2300 mg, soit l’apport maximal tolérable actuel qui équivaut à une cuillerée à thé de sel.

Mais les experts estiment qu’il faut couper davantage. La norme devra passer progressivement de 2300 mg à 1500 mg. C’est, précise le rapport, «l’apport suffisant établi par l’Institute of Medicine of the National Academies (http://iom.edu) des États-Unis pour les 9 à 50 ans». Au final, cela représenterait une baisse de plus de 55,8% de notre consommation de sodium.

Ce sont là les principales recommandations du GTS, qui a remis son rapport jeudi après trois ans de travaux. Le Groupe constitué à la demande de Santé Canada compte une vingtaine de représentants de la communauté scientifique, de l’industrie alimentaire, de groupes de défense des consommateurs et d’organismes gouvernementaux.

L’échéancier du second objectif n’est pas précisé dans le rapport, mais le groupe d’experts aurait implicitement envisagé une seconde période de cinq ans. «On voulait laisser une porte ouverte au cas où l’objectif de 2016 ne serait pas atteint. Mais, au début, on avait évoqué entre nous l’année 2020», indique l’une des membres du groupe de travail, Nathalie Jobin, directrice de la nutrition et des affaires scientifiques chez Extenso – Centre de référence en nutrition humaine.

Sel et santé

Le sodium que nous consommons provient à 77% des produits transformés. Il se décline sous maintes appellations: glutamate monosodique, benzoate de sodium, bicarbonate de sodium, citrate de sodium, nitrite de sodium, pyrophosphate disodique.

Mais l’ennemi principal, c’est le chlorure de sodium — le sel de table — caché dans les aliments transformés. Les fabricants nous gavent de sodium principalement avec les pains et pâtisseries, les viandes transformées, les plats préparés, les jus de légumes, les soupes et les plats à base de pâtes.

La surconsommation de sodium sous toutes ses formes est à l’origine de l’hypertension artérielle, cause majeure de maladies cardiovasculaires et facteur de risque d’accident vasculaire cérébral et de maladies rénales. La surconsommation de sodium favoriserait également l’apparition de l’ostéoporose, du cancer de l’estomac et de l’asthme.

Selon le GTS, la prévalence de l’hypertension artérielle pourrait chuter de 30% si les Canadiens s’en tenaient à un apport suffisant en sodium, soit 1500 mg par jour. On réduirait ainsi de 13% le nombre de cas de maladies cardiovasculaires par an au pays.

Stratégie réaliste

Le GTS estime que si Ottawa met de l’avant ses recommandations dès maintenant, l’échéancier proposé est réaliste. On table sur une réduction annuelle de 5%. «Les producteurs alimentaires peuvent supprimer la teneur en sodium de leurs produits sans que les consommateurs s’en rendent compte», dit Bill Jeffery, coordonnateur national du Centre pour la science dans l’interêt public et membre du GTS.

La ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq, a indiqué jeudi qu’elle approuvait le contenu du rapport du GTS. «Au cours des prochains mois, avec nos partenaires gouvernementaux, nous allons évaluer les recommandations du rapport et décider comment il convient de les appliquer», a déclaré Mme Aglukkaq.

Cependant, à l’instar de sa collègue Nathalie Jobin, Bill Jeffery craint que leur rapport ne soit rapidement mis au rencart. «Nous avons déposé un rapport solide, mais j’ignore s’il y a une volonté politique à Ottawa, dit M. Jeffery. J’ai participé à la rédaction d’un rapport sur les gras trans qui a été remis au gouvernement il y a quatre ans et, depuis, il ne s’est rien fait. Santé Canada se contente d’encourager l’industrie à cesser volontairement d’utiliser les grans trans. J’ai l’impression que le gouvernement est dans une position attentiste et espère que le problème se règle tout seul.»

La Fondation des maladies du coeur du Canada, également impliquée dans la préparation du rapport du GTS, presse la ministre de la Santé «de répondre à ce rapport d’ici la fin de l’année afin que le processus d’implantation puisse démarrer».

Réglementation

Le comité recommande par ailleurs un amendement au Règlement fédéral sur les aliments et drogues qui abaisserait de 2400 mg à 1500 mg l’apport quotidien suffisant en sodium tel qu’affiché sur le tableau de valeur nutritive de tout produit alimentaire. Santé Canada fixe déjà à 1500 mg l’apport suffisant.

«Ça risque d’être long avant que le gouvernement procède à ce changement, admet Mme Jobin. Mais c’est essentiel dans la mesure où le sodium est l’un des rares ingrédients dont la teneur affichée sur les emballages est calculée par rapport à l’apport maximum tolérable qui est de 2300 mg plutôt que par rapport à l’apport suffisant de 1500 mg.»

Le rapport suggère aussi que les autorités fédérales et provinciales exigent des entreprises de services alimentaires, essentiellement les chaînes de restauration rapide, qu’elles affichent clairement les renseignements nutritionnels concernant «les mets standardisés préparés et assemblés sur les lieux».

L’industrie alimentaire souscrira-t-elle aux recommandations du GTS? «J’espère que oui, avance prudemment Bill Jeffery. C’est un rapport consensuel qui comporte de bonnes stratégies pour corriger la situation. De toute façon, l’industrie a déjà montré des signes encourageants.» Campbell a réduit de 10 à 25% la teneur moyenne en sodium de la plupart de ses produits.

Par ailleurs, des fabricants proposent depuis peu des solutions de rechange au sel comme le Pansalt, un produit qui a fait ses preuves en Finlande, ou le SaltWise, un sel de substitution du géant américain Cargill qui permettrait aux fabricants de mets préparés des réductions de 25 à 50% du sel utilisé dans leurs produits.

Produits alimentaires et de consommation du Canada (PACC), une association qui représente l’industrie alimentaire, a fait savoir jeudi qu’elle appuie le rapport, mais laisse déjà poindre quelque réticence. «Il est important que les Canadiens sachent que l’industrie s’aventure en terrain inconnu quand il est question de réduire le sodium au niveau intermédiaire ciblé par le Groupe de travail et que, par conséquent, il lui faudra du temps», a déclaré la vice-présidente de PACC, Phyllis Tanaka, qui a participé aux travaux du GTS.