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Burger King veut améliorer le sort des animaux

Par Lise Bergeron
burgerking

Après McDonald’s et Wendy’s, voilà que le «roi du burger» exigera de ses fournisseurs un meilleur traitement de leurs animaux. Au menu d’ici 2017: abandon des cages de gestation pour les truies et des cages d’élevage en batterie pour les poules pondeuses.

C’est une tendance forte: les consommateurs veulent manger de la viande «heureuse», c’est-à-dire issue d’animaux qui ont vécu dans des conditions respectant leurs besoins de base, comme nidifier, marcher, picorer, s’étirer, fouir le sol et s’occuper de leurs petits. Désireux de répondre à la demande, Burger King vient d’annoncer que les œufs et le bacon servis dans ses concessions seraient acquis, d’ici 2017, auprès de fournisseurs qui excluent deux des pratiques jugées parmi les plus cruelles par la Humane Society of the United States: l’emploi des cages de gestation, où les truies sont maintenues dans d’étroits enclos de métal qui les empêchent de bouger, et celui des cages d’élevage en batterie - ces dispositions en rangée de cages métalliques, sur un étage ou superposées sur deux ou trois étages - des poules pondeuses. 

Un premier pas 

Pour Carl Saucier-Bouffard, professeur d’éthique animale au Collège Dawson à Montréal et chercheur associé à l’Université d’Oxford en Angleterre, «l’abolition de ces pratiques représente un pas dans la bonne direction, puisqu’elle réduit la souffrance de millions d’animaux d’élevage. Mais les chaînes de restauration rapide ont encore un très long chemin à parcourir avant qu’on puisse considérer leurs produits éthiquement responsables». Autre son de cloche du côté de Burger King: «Nous nous préoccupons du bien-être animal depuis plus de 10 ans. Nous avons été la première chaîne de restauration rapide à promouvoir de meilleures pratiques pour les poules pondeuses. Une partie de nos produits provient d’animaux élevés humainement depuis 2007. Ces standards s’appliqueront dorénavant à tous nos fournisseurs», lit-on dans la dépêche du 25 avril 2012.  

«Les producteurs de viande nord-américains sont loin d’être des pionniers en matière de bien-être animal, nuance Carl Saucier-Bouffard.  Ils sont plutôt en mode "rattrapage" par rapport à leurs homologues européens. L’Union européenne a légiféré afin d’abolir les cages d’élevage en batterie avant janvier 2012, et les producteurs ne pourront plus utiliser les cages de gestation individuelles pour les truies à partir de 2013.»

Les producteurs se défendent

Aux États-Unis, les producteurs de porcs sont en alerte: changer les méthodes d’élevage fera augmenter le coût de la viande, aura un impact dévastateur sur l’industrie et apportera peu de bénéfices aux animaux, selon le site Globalmeatnews.com (en anglais seulement). Tyson, un des plus gros producteurs américains de porcs, annonce d’ailleurs ses couleurs dans une lettre adressée à des pétitionnaires réclamant l’abandon des cages. L’entreprise y explique que les enjeux reliés à l’élevage des porcs sont plus complexes qu’il n’y paraît. «Laisser les truies en groupe est moins contraignant pour elles, mais cela encourage les comportements agressifs et, en bout de ligne, pourrait nuire aux cochonnets», écrit Tyson, qui dit être engagé dans le bien-être animal depuis longtemps et s’appuyer sur les directives de l’American Veterinary Medical Association (en anglais seulement) et de l’American Association of Swine Veterinarians (en anglais seulement).

Carl Saucier-Bouffard reste sceptique. «En ce moment, dans les fermes nord-américaines qui fournissent ces restaurants, presque toutes les étapes de production posent problème éthiquement, dit-il. Les animaux sont mutilés en très bas âge - par exemple le débécage des poules pondeuses et la caudectomie des cochons - et ils passent leur courte vie entassés à l’intérieur, incapables d’exprimer les comportements normaux de leur espèce. Ils sont ensuite transportés dans des camions, encore une fois entassés, pendant de trop longues heures, sans pouvoir boire ni manger. Burger King, McDonald’s et Wendy’s ne proposent aucune réforme de ces techniques de production. On est donc très loin d’une "viande produite humainement", si une telle chose existe.»

Élevage industriel: les coûts cachés

Dans un volumineux rapport de 166 pages, la World Society for the Protection of Animals (WSPA), sous la plume de plusieurs universitaires dont deux de l’Université de Guelph en Ontario, détaille les coûts sociaux, environnementaux et sanitaires de l’élevage industriel canadien. Le document Que veut-on nous faire avaler? Le coût caché de la production industrielle d’animaux au Canada, préfacé par Thomas S. Axworthy, ex-secrétaire principal du premier ministre Pierre E. Trudeau, explique que le passage des petites et moyennes fermes à de grandes exploitations d’élevage intensif est basé sur un principe de croissance illimitée dont on occulte les conséquences. 

Parmi elles, le déclin de la santé des réserves d’eau douce, dû à la production laitière et à l’élevage industriel dans les Prairies canadiennes, comme c’est le cas du lac Winnipeg au Manitoba, la disparition des fermes familiales, avec comme conséquence l’effritement des communautés rurales, et le gaspillage des terres cultivables au profit de l’alimentation nécessaire aux animaux. Bref, note Thomas S. Axworthy, la philosophie qui sous-tend l’agriculture intensive est à revoir et à corriger, car elle est dommageable à long terme. «L’agriculture industrielle permet d’obtenir beaucoup d’aliments qui ne coûtent pas cher, mais à quel prix…», conclut-il.

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