Votre navigateur n'est plus à jour et il se peut que notre site ne s'affiche pas correctement sur celui-ci.

Pour une meilleure expérience web, nous vous invitons à mettre à jour votre navigateur.

Installer une ruche dans sa cour, la solution pour sauver les abeilles?

Par Marie-Eve Shaffer
ruches

Les populations d’abeilles sont en déclin depuis plusieurs années. Pour remédier à la situation, des ruches ont été installées en milieu urbain. Est-ce la bonne solution?

L’apicultrice et formatrice de l’organisme Miel Montréal, Marie-Anne Viau, est favorable à l’introduction de ruches en ville seulement si elles servent la communauté et qu’elles ont une vocation éducative.

« On est plusieurs apiculteurs à s’occuper de ruches en ville et on s’assure que l’endroit où on les met est suffisamment entouré de fleurs », dit la biologiste de formation.

Autant les abeilles domestiques – qui vivent dans des ruches et qui produisent du miel – que les abeilles indigènes ont un besoin vital de fleurs pour se nourrir. Au quotidien, chacune d’elles butine jusqu’à 7 000 fleurs, d’après l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Et pour confectionner un pot de miel de 500 grammes, les abeilles à miel doivent visiter près de huit millions de fleurs, ajoute Marie-Anne Viau.

Ces insectes sont par ailleurs d’excellents pollinisateurs, c’est-à-dire qu’en butinant une fleur, ils font en sorte que des grains de pollen entrent en contact avec le pistil, ce qui permet la fécondation et, ultimement, la formation d’un fruit.

Des chercheurs américains ont étudié les cultures de pommes, de bleuets, de cerises, d’amandes, de melons d’eau et de citrouilles aux États-Unis pour déterminer l’apport des abeilles. Pour la production de ces fruits, ils ont estimé que la contribution des abeilles indigènes se chiffrait à plus de 1,5 milliard de dollars alors que celle des abeilles à miel atteignait environ 6,4 milliards de dollars.

Le côté sombre de l’apiculture urbaine

L’apiculture urbaine est attrayante puisque plusieurs municipalités ont adopté des réglementations pour restreindre l’usage des pesticides. « Mais on ne sauve pas les abeilles dans un environnement qui manque de fleurs », souligne Marie-Anne Viau.

La biologiste rapporte que des citoyens installent des ruches dans leur cour sans planter davantage de fleurs et, surtout, sans vérifier si leurs voisins cultivent des fleurs ou s’ils ont disposé une ruche sur leur terrain. De plus, nombre de propriétaires de ruches négligent de s’enregistrer au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), ce qui fait en sorte qu’il est ardu de connaître la localisation des colonies d’abeilles à miel.

Après la multiplication des ruches à Montréal dans les dernières années, Espace pour la vie, qui regroupe les cinq musées en sciences naturelles de la ville, recommande de ne pas en ajouter de nouvelles. « Il y en a des milliers, mais on n’a pas le compte réel parce qu’il n’y a pas de suivi », déplore le préposé aux renseignements entomologiques à l’Insectarium, André-Philippe Drapeau-Picard.

Même s’il n’y a pas de données disponibles sur la surpopulation des abeilles en ville, Marie-Anne Viau constate qu’il y en a trop. Elle observe notamment une rivalité entre les ruches, à tel point que des abeilles domestiques volent du miel produit par une autre colonie. Certaines d’entre elles sont également désespérées dans leur recherche de sucre.

« Plusieurs abeilles vont aller s’approvisionner en sucre dans les vidanges. Les abeilles ne sont pas opportunistes comme les guêpes, qui vont être à l’aise à rôder autour d’un jus de fruits ou d’une bière. Les abeilles ont une relation tellement forte avec les fleurs qu’il faut vraiment qu’il n’y en ait pas du tout pour qu’elles changent leurs habitudes. »

Les abeilles à miel livrent aussi une féroce compétition aux abeilles indigènes en raison du manque de fleurs. « Les abeilles domestiques sont plutôt agressives, explique André-Philippe Drapeau-Picard. Elles vont tasser les abeilles indigènes qui sont plus petites et plus timides. On craint que les abeilles à miel butinent toutes les fleurs et qu’il n’en reste plus pour les autres. »

La solution : planter des fleurs

Pour freiner le déclin des abeilles en ville, il faut planter des fleurs plutôt que d’installer une ruche dans sa cour, insistent les deux experts interrogés. Idéalement, la période de floraison doit être différente d’une espèce à l’autre afin que les abeilles puissent butiner au printemps, à l’été et à l’automne. Les variétés indigènes, c’est-à-dire les fleurs qui se sont adaptées au climat du Québec et qui ne viennent pas de l’étranger, doivent être privilégiées. Les pépiniéristes sont en mesure de les identifier.

La création d’un abreuvoir à abeilles peut aussi aider, d’après Marie-Anne Viau. Il suffit de mettre des roches dans un contenant et de le remplir d’eau pour que les abeilles puissent s’hydrater sans se noyer.

Enfin, il est primordial d’éviter d’épandre des pesticides sur la pelouse. Planter des semences de trèfle pour diversifier la composition du gazon peut également favoriser la survie des abeilles. 

« Le trèfle est beaucoup plus résilient que le gazon et il fait des fleurs mellifères, qui donnent un excellent miel et qui sont appréciées des pollinisateurs », rapporte Marie-Anne Viau. Elle ajoute que les abeilles aiment aussi butiner les pissenlits. 

Louer une ruche à la campagne?

La location d’une ruche en milieu rural peut représenter une solution, mais il faut s’assurer qu’il y a suffisamment de fleurs à proximité et que les productions vivrières du secteur ne sont pas couvertes de pesticides.

« Dans les campagnes, les abeilles ont accès à plus de fleurs, mais les pesticides sont omniprésents dans l’environnement. Si [des agriculteurs] cultivent du soya ou du maïs, c’est presque sûr qu’ils utilisent des pesticides et des OGM », mentionne l’apicultrice.

« Les pesticides des champs ruissellent dans les cours d’eau et les flaques d’eau où les abeilles s’abreuvent et s’intoxiquent tranquillement », soulève-t-elle.

Comme quoi la solution pour sauver les abeilles ne sera pas simple!

La solution : planter des fleurs

Pour freiner le déclin des abeilles en ville, il faut planter des fleurs plutôt que d’installer une ruche dans sa cour, insistent les deux experts interrogés. Idéalement, la période de floraison doit être différente d’une espèce à l’autre afin que les abeilles puissent butiner au printemps, à l’été et à l’automne.

>> À lire aussi : Jardiner sur votre balcon et Comment aménager un jardin écologique

 

  Ajouter un commentaire

L'envoi de commentaires est un privilège réservé à nos abonnés.

  • Par MARC BéDARD
    04 Mai 2021

    S’il est clair que les pesticides sont mauvais (c’est peu dire) pour les abeilles, j’aimerais comprendre l’impact des OGM sur celles-ci.