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Le Canada pourrait connaître une crise des «subprimes» automobiles

Par Julien Amado
Le Canada pourrait connaître une crise des «subprimes» automobiles

Les records de vente de véhicules au Canada cachent une réalité inquiétante: les Canadiens s’endettent plus, et plus longtemps, pour acheter leur véhicule.

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Photo: Shutterstock

Selon un rapport subventionné par Industrie Canada et publié par l’Automobile Consumer Coalition (ACC), notre pays pourrait connaître une crise de l’endettement du marché automobile.


En cause: la multiplication des prêts accordés aux consommateurs. Selon ce rapport, la valeur des prêts automobiles a presque doublé ces huit dernières années, faisant en sorte que la valeur totale des prêts cumulés atteint aujourd’hui plus de 120 milliards de dollars.

La durée moyenne des prêts souscrits par les consommateurs est également en hausse. L’ACC a réalisé un sondage auprès de 1 016 automobilistes représentatifs de la société canadienne. Parmi eux, 69 % ont souscrit un prêt de 72 mois ou plus pour financer leur véhicule. Plus inquiétant, un tiers des personnes interrogées n’ont pas d’argent de côté en cas de bris imprévu.

L’illusion du paiement mensuel

L’ACC s’inquiète de voir les ventes automobiles battre des records (1,89 million de véhicules en 2014), alors que la croissance économique stagne. Cela a été rendu possible par l’utilisation massive des prêts longue durée pour financer les véhicules.

Au lieu d’une berline compacte financée sur cinq ans, comme c’était le cas jusqu’à tout récemment, les concessionnaires proposent désormais un VUS financé sur huit ans pour le même prix. Les mensualités et les taux d’intérêt sont bas, ce qui donne l’illusion aux consommateurs qu’ils ont les moyens d’acheter un véhicule plus gros.

«C’est une illusion de croire qu’on peut acheter un véhicule plus gros ou plus luxueux pour le même prix. Le montant des mensualités sera le même [que celui d’une auto plus petite], mais l’entretien, le prix des pneus et la consommation d’essence seront plus élevés», souligne George Iny de l’Association pour la protection des automobilistes, qui a participé à l’élaboration de ce rapport.

Sans oublier le risque de ce qu’on appelle l’«équité négative», c’est-à-dire lorsque le solde qui reste à payer par le client est supérieur à la valeur réelle du véhicule. Exemple: vous achetez un véhicule de 20 000 $ avec des paiements échelonnés sur 96 mois. Après 4 ans, le véhicule a perdu de la valeur et ne vaut plus que 8 000 $, mais il vous reste encore 10 000 $ à payer pour vous acquitter de votre dette.

Les crédits à risque

L’autre problème soulevé par ce rapport, c’est l’augmentation des prêts à risque, offerts à des personnes dont l’historique de crédit ne permet pas de profiter d’un financement à un taux «ordinaire» (de 0 à 8 %). Actuellement, de 25 à 35 % du financement automobile au Canada entre dans la catégorie «à risque», c’est-à-dire avec des taux d’intérêt élevés (12 à 28 %) et, souvent, des frais supplémentaires ajoutés par des prêteurs peu scrupuleux.

Dans certains cas, le coût du financement à risque peut égaler celui de l’auto elle-même, ce qui veut dire que, si on achète une auto à 20 000 $, on doit ajouter 20 000 $ de frais d’intérêt et de frais additionnels (assurance, dette précédente, etc.), ce qui porte le coût total de la voiture à 40 000 $ à la fin du prêt.

Ces prêts, souvent souscrits pour acheter un véhicule d’occasion, peuvent être refinancés par des «prédateurs prêteurs» lorsque le client n’a pas encore remboursé la totalité de son prêt, mais qu’il souhaite acheter une nouvelle auto. Le prêteur lui proposera alors d’ajouter la dette restante au prêt de la nouvelle voiture.

Interdite par la Loi sur la protection du consommateur au Québec, cette pratique est malheureusement une réalité. «Les prêteurs ajoutent une fausse garantie prolongée ou augmentent le prix de l’auto pour cacher la dette de l’ancien véhicule, parfois avec la complicité du client», précise George Iny.

Le risque d’une crise de l’endettement

Comme ça a été le cas dans le secteur de l’immobilier aux États-Unis, les consommateurs canadiens ne pourront pas s’endetter indéfiniment. Lorsque tous ceux qui achètent des autos à crédit auront souscrit un prêt de longue durée, il n’y aura plus personne pour racheter de nouveaux véhicules! Une remontée des taux d’intérêt pourrait aussi ralentir les ventes au pays.

Tout cela pourrait engendrer un ralentissement ou une crise du secteur automobile qui pourrait avoir des conséquences néfastes sur l’ensemble de l’économie du pays. Mais ce n’est pas uniquement pour cette raison que les consommateurs devraient systématiquement refuser un prêt longue durée.

«Un prêt de 84 ou 96 mois à 0 % d’intérêt n’est pas forcément mauvais. Avec plus d’argent disponible chaque mois, les consommateurs peuvent investir les économies réalisées dans des placements, par exemple. Mais ce n’est pas ce que nous observons. Les gens achètent souvent un véhicule plus gros et plus cher [que ce qu’ils ont les moyens de payer]», conclut George Iny.

Pour éviter une crise dans le monde de l’automobile, le rapport préconise, entre autres choses, la création d’un organisme indépendant de régulation pour éviter les prêts frauduleux, la limitation des sommes refinancées pour éviter le surendettement et la vérification systématique des revenus et des exigences de paiement.