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Et si la voiture connectée en savait plus sur vous que votre conjoint?

Par Rémi Leroux

Les voitures connectées en savent beaucoup sur vos habitudes: supermarchés visités, stations-services favorites, heure à laquelle vous quittez le boulot… Mais comment sont utilisées ces informations?

Tesla propose les véhicules les plus connectés sur le marché. L’ordinateur de bord des voitures électriques du constructeur américain enregistre toutes vos données de navigation (vitesse, consommation, freinage, etc.) et les envoie à Tesla pour lui permettre d’améliorer le système. Tous les modèles de la gamme sont par ailleurs équipés d’un navigateur Web et c’est Google qui embarque désormais sur le fauteuil passager. Le constructeur saura tout de vos données de navigation réelles, mais aussi virtuelles (mots clés recherchés, sites visités, etc.).

Que diriez-vous d’un café au Tim Hortons?

D’autres constructeurs, comme Nissan ou Mercedes-Benz, équipent certains modèles avec des systèmes de détection de la fatigue basés sur divers paramètres (nombre de kilomètres parcourus sans arrêt, consommation d’essence, etc.). Si vous êtes trop fatigué, une voiture connectée peut vous suggérer de vous arrêter pour prendre un café dans un resto situé à la prochaine sortie, illustre Me Philippa Lawson, avocate spécialisée dans la protection de la vie privée.

Me Lawson participe à la campagne d’information Un moment de vie privée, lancée le 16 juin dernier par Option Consommateurs (voir vidéo ci-dessus). Dans une capsule vidéo consacrée au «Véhicule connecté», l’avocate explique à quoi s’exposent les automobilistes lorsqu’ils circulent dans des autos qui collectent diverses données à partir de différents dispositifs connectés comme les GPS, les capteurs de XYZ, les navigateurs Web, les systèmes d’infodivertissement, etc. Les effets sont nombreux, tant en matière de sécurité que de protection de la vie privée.

«Il n’existe pas de sécurité absolue, particulièrement dans le monde des communications sans fil», affirme Me Lawson, qui croit qu’un système sans fil peut facilement être piraté. À ce sujet, Protégez-Vous a publié l’an dernier un article à propos d’un duo ayant réussi à prendre le contrôle d’un véhicule à plus de 15 km de distance.

Me Lawson estime par ailleurs que, même légale, l’utilisation des données recueillies est inquiétante. Certes, les constructeurs peuvent partager les données collectées à des fins de marketing, mais cela peut aussi aller beaucoup plus loin. «Les automobilistes ne savent pas que ces données peuvent servir, par exemple, à l’application des lois, au recouvrement de dettes pour les besoins des compagnies d’assurance ou encore lors d’une enquête pour fraude», explique l’avocate.

L’assurance télématique

Les informations recueillies peuvent également être utilisées par les compagnies d’assurance, comme dans le cas des programmes Ajusto offerts par Desjardins. C’est l’assurance télématique: une puce électronique installée dans votre véhicule ou encore une application installée sur votre téléphone intelligent transmet à votre assureur des données relatives à vos habitudes de conduite, et le montant de votre prime d’assurance est ajusté en conséquence.

À cet égard, l’Autorité des marchés financiers suggère aux consommateurs de bien s’informer sur la nature des données collectées par l’assureur (arrêts brusques, déplacements, etc.), sur les baisses ou les hausses de primes auxquelles ils peuvent s’attendreet, surtout, sur les instances qui auront accès à leurs données personnelles. L’Autorité recommande aux gens de vérifier que leur assureur s’engage bien «à ne pas utiliser les données recueillies pour refuser une réclamation ou décider de ne plus les assurer».

Le principe du consentement est à revoir

Mais, selon Julien Amado, journaliste auto à Protégez-Vous, les constructeurs sont très discrets à ce sujet et se gardent bien d’expliquer au consommateur quels types de données sont collectées et pour quels usages.

>> À lire aussi: 5 conseils pour protéger votre vie privée sur votre téléphone intelligent

Les constructeurs savent que la protection des données personnelles n’est pas la priorité du consommateur qui magasine une nouvelle auto, confirme Me Philippa Lawson. «Le problème, c’est que notre système de protection des renseignements personnels est basé sur le concept du consentement», dit-elle. Mais le consentement s’applique difficilement dans le cas de la voiture connectée, car la plupart des familles canadiennes n’ont pas d’autres moyens de transport et n’ont pas vraiment le choix de toute façon, croit l’avocate.

Même si les voitures ne sont pas toutes connectées de façon aussi poussée qu’une Tesla, elles pourraient le devenir dans un avenir proche. Pour Me Lawson, «une des solutions serait d’établir des règlements plus clairs en matière de protection de la vie privée», afin par exemple d’interdire la collecte de certaines données. Et ce, avant que votre auto soit capable de détecter qu’il serait peut-être temps pour vous de faire une pause-pipi…

Campagne d’information d’Option consommateurs

La campagne Un moment de vie privée durera un mois. La vidéo «Véhicule connecté» est la première d’une série de quatre capsules consacrées à la protection de la vie privée. «Cette série a pour but de vulgariser des recherches scientifiques réalisées ces dernières années grâce au Programme des contributions du Commissariat à la protection de la vie privée du Canada», explique Me Alexandre Plourde, avocat chez Option Consommateurs. Chaque capsule aborde de façon vulgarisée un thème de recherche en lien avec la protection de la vie privée. Les prochaines vidéos porteront sur les appareils de suivi de la forme physique, les jeunes et la vie privée et la protection des données à l’ère de l’infonuagique.

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