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Pandémie : le bénévolat se réinvente

Par Johanne David
benevolat

Port du masque et distanciation de 2 mètres dans les cuisines, plexiglas dans les voitures d’accompagnateurs, visites d’amitié remplacées par des échanges virtuels sur iPad: pas de doute, les organismes communautaires ont dû s’adapter et faire preuve d’imagination pour maintenir leurs services et garder leurs bénévoles. Regard sur le nouveau bénévolat.

Depuis mars, les organismes communautaires s’efforcent d’assurer la continuité de leurs services, alors que plus de Québécois rencontrent des difficultés financières et se tournent vers eux pour obtenir de l’aide. Un défi qu’ils ont dû relever avec moins de bénévoles.

Jebénévole.ca

«Au début de la crise, on a perdu 80 % de nos bénévoles», explique Michel Alexandre Cauchon, directeur général de la Fédération des centres d’action bénévole du Québec (FCABQ). C’est que plusieurs d’entre eux étaient âgés, et donc confinés, ou alors réticents à se retrouver en groupe.

Heureusement, dès la fin de mars, le gouvernement a enjoint les Québécois à s’inscrire à jebénévole.ca, une plateforme numérique de jumelage entre les organismes et les bénévoles, administrée par la FCABQ. Plus de 20 000 personnes se sont ainsi inscrites pour faire du bénévolat – du jamais vu! «Maintenant, notre défi est la rétention des bénévoles, car plusieurs d’entre eux sont retournés au travail», indique M. Cauchon.

Réorganisation et restructuration

Certains organismes ont dû revoir leurs pratiques pour répondre à la demande avec moins de bénévoles. C’est le cas de la banque alimentaire Moisson Montréal, qui dessert plus de 250 organismes communautaires sur l’île de Montréal. Il faut dire qu’elle a reçu un bon coup de pouce de la ville, dès le début de la crise. Montréal lui a «prêté» près de 30 inspecteurs du service de sécurité incendies pour réaliser les activités de cueillette, de tri et de distribution de denrées. «Ils sont demeurés chez nous près de deux mois, jusqu’à ce que nos bénévoles réguliers commencent à revenir», raconte Richard D. Daneau, directeur général à Moisson Montréal.

Moisson Montréal a ensuite dû s’adapter aux mesures de distanciation physique et revoir ses façons de faire. En réaménageant les espaces de travail et en restructurant les étapes de la chaîne de production, les responsables ont réduit leurs besoins en bénévolat de 60 %. Par exemple, dans l’entrepôt, ils sont passés de 83 bénévoles par jour à 33. Quant aux paniers de Noël, ils ont été préparés à partir du mois de juin pour être distribués aux organismes à la fin du mois de novembre.

En manque de livreurs

Les paniers de Noël seront donc bel et bien livrés à temps. Reste que plus de garde-manger vides signifient plus de paniers à distribuer… et une plus grande demande de livreurs. «Ces services sont offerts par les organismes familles et les centres d’action bénévole que nous soutenons, mais la demande est forte et on manque de bénévoles», souligne Marie-Lyne Brunet, directrice, impacts dans les collectivités, à Centraide du Grand Montréal.

Certaines popotes roulantes ont trouvé le moyen de réduire leurs besoins dans le domaine. «Plutôt que de faire deux livraisons de repas à domicile par semaine, elles préparent dorénavant des repas congelés et, du coup, une seule livraison par semaine suffit, réduisant par le fait même le nombre de chauffeurs bénévoles», explique Marilyne Fournier, directrice générale du Réseau d’action bénévole du Québec (RABQ).

Mais attention, n’allez pas croire qu’on peut se passer des bénévoles! «Plusieurs organismes n’existent que par l’implication des bénévoles, précise Mme Fournier. C’est le cas en loisirs où 3000 organismes sur 4500 ne fonctionnent qu’avec des bénévoles, sans aucun employé rémunéré.»

Même son de cloche à la FCABQ, qui regroupe plus d’une centaine de centres d’action bénévole. Pour la Fédération, le défi de recruter des bénévoles est présent à l’année, mais, en ce moment, la préoccupation se situe du côté de l’accompagnement-transport.

Chauffeurs accompagnateurs recherchés

Les chauffeurs bénévoles, qui d’ordinaire accompagnent les aînés à l’hôpital, ont été peu sollicités au printemps, alors que plusieurs chirurgies mineures ont été annulées dans les hôpitaux. Une «bonne» synchro quand on sait que plusieurs ont plus de 70 ans et qu’ils étaient confinés à la maison. Mais, depuis le déconfinement en juin, la demande d’accompagnement a augmenté et les chauffeurs ne sont pas revenus.

«Ce sont surtout des personnes retraitées (65 ans et plus) qui assurent le transport des aînés à l’hôpital. Or, elles sont plus “frileuses” et moins enthousiastes à devoir mettre des plastiques dans leur voiture. Sans oublier qu’il leur est interdit de desservir plus de deux adresses par course», explique Michel Alexandre Cauchon. Cette restriction du nombre de passagers augmente le nombre de véhicules sur la route et, surtout, du nombre de bénévoles requis.

Bénévolat à distance

Pour préparer des repas à livrer et accompagner les aînés à l’hôpital, les bénévoles doivent être sur le terrain. En revanche, ce n’est pas le cas pour les visites d’amitié ou les activités de loisirs ou de culture.

Les organismes communautaires se sont montrés très créatifs et ont vite compris l’importance et le potentiel que représentait le bénévolat à distance via les appareils électroniques et la visioconférence.

C’est ainsi qu’à la Fédération des centres d’action bénévole du Québec, les visites d’amitié ont été remplacées par des appels d’amitié. À l’instar de la FCABQ, l’Association des gestionnaires de ressources bénévoles du Québec (AGRBQ) a fait appel au bénévolat à distance. «Les visites dans les hôpitaux réalisées par les bénévoles de l’AGRBQ ont été remplacées par des appels et des visites virtuelles via des tablettes numériques», rapporte Marilyne Fournier.

Les sans-abris

Si décembre est le mois des paniers de Noël, c’est aussi le premier mois de l’hiver et, pour les sans-abris, cela signifie de trouver un toit pour se réchauffer et prendre un repas. Or, en raison des mesures de distanciation physique, les espaces intérieurs des refuges sont restreints. À l’Accueil Bonneau, on a dû s’adapter.

«Pour pallier ce manque d’espace intérieur, nous avons aménagé, en collaboration avec l’Accueil Bonneau, une halte-répit sur le Grand Quai du Port de Montréal. Depuis le 15 novembre, on y accueille des centaines de personnes en situation d’itinérance. Plus de 600 repas par jour y sont préparés. Pas de doute, on a besoin de bénévoles!», insiste Marie-Lyne Brunet, de Centraide du Grand Montréal.

La situation n’est aussi pas facile pour les jeunes hommes sans-abris et en difficulté de 17 à 25 ans qui fréquentent le Refuge des Jeunes de Montréal. C’est pourquoi le public est invité à participer au fameux Show du Refuge – appelé le No-Show du Refuge vu le contexte – en achetant un billet virtuel (ou «billet symbolique», car il s’agit d’un don) sur le site noshowdurefuge.ca. Comme il est impossible de se rassembler, le No-Show du Refuge aura lieu le 13 décembre sur les ondes d’ICI Télé.

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