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Organiser des funérailles pendant la pandémie

Par Marie-Eve Shaffer Mise en ligne : 15 mai 2020 Shutterstock.com

funerailles Shutterstock.com

Rendre hommage aux défunts n’est pas chose aisée pendant la pandémie de COVID-19. Les règles d’hygiène et de distanciation physique font en sorte qu’il est impossible de se rassembler pour pleurer la perte d’un proche.

Depuis le début de la crise sanitaire, les maisons funéraires sont demeurées ouvertes puisqu’elles sont considérées comme un service essentiel. Elles accueillent davantage de familles éplorées qu’en temps normal dans la région de Montréal, où la propagation du virus est plus intense.

«Quand les familles entendent qu’il y a eu tant de décès [de la COVID-19], elles comprennent que ça nous prend quelques heures de plus qu’en temps normal pour les rappeler», indique Patrice Chavegros, vice-président du développement des affaires d’Urgel Bourgie/Athos, qui possède plusieurs établissements dans le Grand Montréal.

Magnus Poirier, dont des installations sont aussi situées dans la région métropolitaine, rapporte que deux à trois fois plus de familles requièrent maintenant leurs services. «On essaie de les accommoder du mieux qu’on peut», dit son directeur des opérations, Marc-André Poirier.

 

Des funérailles reportées

Puisque la pandémie bouleverse les habitudes, la grande majorité des familles endeuillées décident de reporter les rituels observés pour rendre hommage à leur proche décédé, d’après les entreprises funéraires interrogées. Ces dernières doivent ainsi trouver des solutions pour entreposer les dépouilles et les cendres.

La Maison commémorative familiale Rouleau, qui est basée à Matane, où aucun cas de COVID-19 n’a été détecté, a dû agrandir l’une de ses chambres réfrigérées pour respecter la décision des clients qui préfèrent attendre.

«Il y a de grandes familles chez nous, fait savoir Pier-Luc Fournier, président de la maison funéraire. Les gens aiment se rencontrer pendant les rituels et avoir une réception. Ils sont très déçus de ne pas pouvoir se réunir.»

Marc-André Poirier souligne pour sa part qu’il est difficile de reporter des funérailles sur une longue période puisque, en vertu de la Loi sur les activités funéraires, la dépouille ne peut plus être exposée 30 jours après le dernier souffle du défunt et elle ne peut pas être transportée dans un lieu de culte si 30 autres jours se sont écoulés. Aucun délai n’est imposé pour l’entreposage des cendres, mais celles-ci doivent être conservées «dans un endroit sécuritaire».

«On essaie de faire des funérailles maintenant, pour que le deuil commence, et on propose de faire un événement commémoratif plus tard», mentionne M. Poirier.

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Mort de la COVID-19

Dans le cas où le défunt a succombé à la COVID-19, les maisons funéraires doivent agir rapidement pour disposer du corps. L’embaumement et la toilette funéraire ne sont pas permis. La mise en crypte du corps et l’enterrement dans un mausolée sont également proscrits, indique l’Institut de la santé publique du Québec.

Magnus Poirier propose de conserver la dépouille dans un contenant hermétique à l’intérieur d’un cercueil qui demeure fermé pendant l’exposition. «Il n’y a aucun contact possible avec le corps», prévient Marc-André Poirier. Il précise que ce ne sont pas toutes les maisons funéraires qui offrent cette option.

Urgel Bourgie/Athos n’est pas favorable à une telle pratique. «Cela entraîne des surcoûts pour les familles», dit Patrice Chavegros.

«[La présentation du cercueil fermé, dans lequel la dépouille repose dans une enveloppe hermétique] n’entraîne pas nécessairement des coûts supplémentaires. Il peut y avoir un coût, mais ça dépend de l’ensemble des arrangements funéraires», explique le directeur des opérations de Magnus Poirier. Il ajoute que des familles choisissent cette option pour avoir «le sentiment d’être près du défunt».

Si la crémation est l’option choisie, les entreprises funéraires peuvent exposer l’urne pendant la cérémonie. L’inhumation est autorisée par les autorités de santé publique.

Recueillement en groupe restreint

Pour régler les détails de l’hommage qui sera rendu au défunt, les maisons funéraires privilégient les rencontres à distance, via une plateforme de communication numérique. «C’est pour protéger notre personnel», explique Patrice Chavegros. Dans certains cas, si les clients tiennent absolument à se présenter aux bureaux de l’entreprise funéraire, seulement deux membres de la famille sont admis.

Plutôt que d’organiser de grands rassemblements pour honorer la mémoire d’une personne décédée, les maisons funéraires accueillent au plus 10 personnes en même temps. Elles doivent maintenir une distance de deux mètres entre elles. Seule la famille proche y a accès, sinon un horaire peut être conçu pour éviter les regroupements, ou alors les gens attendent leur tour à l’extérieur. Aucun buffet n’est offert.

Magnus Poirier a décidé de ne recevoir qu’une famille endeuillée à la fois dans ses établissements et lui alloue une période d’une heure pour se recueillir et tenir une cérémonie. «On veut accommoder plusieurs familles pendant une même journée. Les gens sont compréhensifs», reconnaît Marc-André Poirier.

Le complexe funéraire Aeterna, qui fait partie de la chaîne Urgel Bourgie/Athos, a de son côté tenu à la fin du mois d’avril une exposition où la dépouille, dans son cercueil, pouvait être vue à travers une fenêtre par les membres de la famille élargie assis dans leurs voitures.

«Avec la pandémie, le côté traditionnel n’a plus sa raison d’être, avance Patrice Chavegros. Il faut l’adapter parce qu’on est dans des circonstances exceptionnelles.»

Cérémonie virtuelle

Puisqu’un nombre restreint de personnes peuvent assister au rituel mortuaire, les entreprises funéraires le diffusent par vidéoconférence seulement s’il a lieu dans leurs installations. Les lieux de culte demeurent fermés à ce jour. La plupart des maisons funéraires avaient déjà les équipements nécessaires, et même des drones pour certaines. Ils peuvent ainsi webdiffuser l’exposition, la cérémonie et l’inhumation.

«Avec le recul, les gens sont satisfaits, rapporte Patrice Chavegros. Les premiers temps, quand on a proposé [une cérémonie virtuelle], les gens disaient que ça n’avait pas de sens d’assister aux funérailles de leur père ou de leur mère à distance, mais ils ont compris qu’il n’y avait pas d’autres solutions.»

La Maison commémorative familiale Rouleau avait déjà acquis les équipements pour offrir des vidéoconférences, mais n’en avait pas organisé avant la pandémie. «On y a eu recours quelquefois pour l’exposition et la fermeture du cercueil, mais pas pour une cérémonie, indique Pier-Luc Fournier. Ce n’est pas l’idéal. Pleurer sur l’épaule de quelqu’un qu’on aime, il n’y a rien de plus aidant.»

Des coûts plus élevés

Au final, avec la pandémie qui chamboule les rituels, est-ce que le coût exigé pour célébrer des funérailles est plus élevé? Les réponses des entreprises divergent.

Urgel Bourgie/Athos a maintenu sa grille tarifaire. «On a décidé d’absorber les coûts supplémentaires, dit Patrice Chavegros. On est tous victimes de la pandémie. On ne veut pas rajouter l’odieux à l’injure.»

La Maison familiale commémorative Rouleau a aussi conservé les mêmes prix. «Il n’y a pas de raison de charger plus pour les cas de COVID-19, estime Pier-Luc Fournier. On est déjà habitué de prendre soin de personnes décédées qui seraient porteuses de maladies contagieuses. Pour une personne morte du sida, par exemple, on ne facture pas un supplément.»

Du côté des établissements de Magnus Poirier, les tarifs ont été rehaussés dans une proportion qui n’a pas été précisée. L’augmentation correspond aux charges supplémentaires entraînées par la nécessité d’acheter des équipements de protection individuelle et d’affecter davantage d’employés à l’organisation des funérailles, explique Marc-André Poirier. «Ce n’est pas une prime COVID-19, insiste-t-il. C’est pour assumer les frais de service.»

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