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Cégep: des étudiants de première année découragés par l’enseignement virtuel

Par Marie-Eve Shaffer
etudiant

Vissé à son écran d’ordinateur 30 heures par semaine pour suivre ses cours, sans réel contact avec ses enseignants, Maxime est découragé. Rien pour motiver un nouveau cégépien. Quels sont ses recours?

«[Les cours asynchrones], ce ne sont pas les meilleurs. Il n’y a aucune interaction. C’est facile de me déconcentrer et c’est impossible que je retienne tout ce que le prof dit», rapporte Maxime*, étudiant en première année en sciences informatiques et mathématiques dans un cégep de la région de Montréal. Depuis le début de la session, il n’a eu à se présenter au cégep qu’une seule fois, pour une activité d’accueil. Il est seul devant son écran 30 heures par semaine, dont huit de suite le mardi.

Le fils de Patricia*, également en première année de cégep, est tout aussi désappointé. Pendant les trois premières semaines de la session dans un établissement du Grand Montréal, il a assisté à deux cours dans une salle de classe. Le reste du temps, il est à la maison, devant son ordinateur, ou dans ses livres, à tenter de comprendre les apprentissages qu’il doit acquérir.

«Pour certaines matières, il n’y a pas de cours en ligne parce que les professeurs sont vieillissants et qu’ils ne sont pas à l’aise avec la technologie. Et comme ils ont peur de la COVID-19, ils ne veulent pas se présenter en classe, mentionne Patricia, déçue. On donne des travaux et des bouquins à mon fils et on lui dit de s’arranger avec ça. J’ai l’impression que l’éducation de mon fils, ce n’est pas la priorité en ce moment.»

Maxime réfléchit à la possibilité de changer de programme, et même de cégep, pour avoir davantage de cours en classe. Le fils de Patricia, pour sa part, a abandonné les cours qui lui donnaient du fil à retordre. Il ne veut pas nuire à sa cote R (cote de rendement au collégial) puisqu’il veut poursuivre ses études à l’université. Il envisage déjà de s’inscrire dans un autre cégep.

Porter plainte

Un élève de cégep insatisfait de l’enseignement offert par un professeur doit d’abord en discuter avec ce dernier. Il peut aussi en parler à son aide pédagogique individuel, indique la Fédération des cégeps.

Si le problème persiste, le cégépien peut faire appel au coordonnateur du département, qui est responsable de la qualité de l’enseignement. Ce dernier fera un suivi avec le professeur et tentera de trouver une solution.

Si ces démarches ne donnent pas les résultats escomptés, l’étudiant peut déposer une plainte officielle auprès de la direction des études du cégep. Patricia a exposé ses griefs à la direction du cégep de son fils. On lui a assuré qu’un suivi serait fait auprès des enseignants rébarbatifs à l’enseignement présentiel et virtuel.

Contrairement aux centres de services scolaires, qui nomment un protecteur de l’élève pour régler les litiges en dernier recours, les cégeps n’ont pas de structure responsable de gérer les plaintes, à l’exception de certains, comme le Cégep Montmorency et le Collège Dawson, qui ont mis sur pied un bureau d’ombudsman. Les établissements collégiaux ont toutefois l’obligation d’élaborer une procédure de gestion des plaintes en cas de litige pédagogique. La plupart l’ont mis en ligne sur leur site internet.

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Réalité pandémique

La Fédération des cégeps convient que la situation n’est pas idéale. «On doit s’adapter tout au long de la session», indique sa directrice des communications, Judith Laurier. Cette dernière assure que la fédération, à l’instar du gouvernement du Québec, a demandé aux directions des cégeps de porter une attention particulière aux élèves qui entament leur cheminement postsecondaire et de leur permettre d’être présents le plus souvent possible au cégep.

«Mais pour certains cégeps, ce n’est pas possible, souligne Mme Laurier. La configuration des lieux et le nombre d’élèves inscrits font en sorte qu’il est impossible de demander à l’ensemble des étudiants de se présenter sur une base régulière dans l’établissement.»

Même son de cloche de la part du cabinet de la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann. «La situation est inédite et elle requiert de la prudence, indique-t-on. Le présentiel est à favoriser, selon la situation des établissements.»

La Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), qui représente plusieurs syndicats d’enseignants au collégial, a aussi pris position en faveur d’un enseignement présentiel en autant que faire se peut. «Mais on n’a pas reçu de directive claire [sur les modalités d’enseignement] par les collèges», déplore Yves de Repentigny, vice-président de la FNEEQ-CSN et responsable du regroupement cégep.

Même si le gouvernement du Québec a délié les cordons de la bourse au cours de l’été pour soutenir les établissements d’enseignement postsecondaire, les fonds ne se sont pas rendus jusqu’aux enseignants, d’après M. de Repentigny. «Les collèges font des choix budgétaires qui ne se répercutent pas dans les salles de classe, qu’elles soient physiques ou virtuelles», dit-il. La Fédération des cégeps n’a pas été en mesure de commenter ce constat des syndicats.

La FNEEQ-CSN rapporte que des groupes virtuels réunissent davantage d’élèves qu’en temps normal, ce qui requiert un plus grand encadrement de la part des enseignants. Ces derniers consacrent aussi davantage de temps à la correction de travaux numériques, qui est plus exigeante malgré les nombreux outils technologiques. Et si le cours est donné au cégep, le groupe est scindé en deux, ce qui augmente le nombre d’heures d’enseignement.

«Les profs n’y arrivent pas. Et ce n’est pas parce qu’ils ne veulent pas. On ne leur donne pas les outils pour favoriser la réussite du plus grand nombre», souligne Yves de Repentigny. Il reconnaît toutefois que certains profs, même en présentiel, font preuve d’un laisser-aller dans leur enseignement.

*Les prénoms des deux personnes qui ont témoigné dans le cadre de ce reportage ont été modifiés pour préserver leur anonymat.

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  • Par DANIELE CARBONNEAU
    26 Septembre 2020

    J'aimerais aussi rappeler que les élèves qui sont actuellement en première année de CEGEP n'ont pas reçu le même enseignement en secondaire V à cause de la pandémie qui a débuté en mars. Certains ont eu la chance d'avoir une matière à la session d'automne et d'autres, n'ont pas vu cette même matière puisqu'elle était prévue à leur session d'hiver qui a été écourtée par la pandémie. Par conséquent, ces élèves éprouvent beaucoup de difficulté à comprendre certaines matières. Je ne crois pas que les prof du CEGEP ont adapté leur enseignement à cette réalité. Ils font leur programme tel que prévu et d'autant plus qu'ils ont ce défi technologique. Ma fille qui a toujours eu plus de 90% au secondaire est en train de couler une matière au CEGEP parce qu'elle n'a pas reçu la base au secondaire V. Je ne crois pas que la cote R devrait s'appliquer cette session parce qu'il s'agit d'une période d'adaptation et d'ajustements pour les élèves et les profs. Pour les élèves, c'est très difficile d'être devant son écran et de maintenir sa concentration, d'être enfermée dans sa chambre toute la journée autant pour les cours que pour les devoirs, de n'avoir aucun contact social et aucune entraide entre élèves puisque lorsque tu entres dans un nouveau CEGEP, tu ne connais pas personne, etc.