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Québec se lance dans le biogaz

Par Jean-François Gazaille
Québec se lance dans le biogaz

Dans 10 ans, vous ne mettrez plus n’importe quoi dans vos poubelles. Il sera interdit d’enfouir les matières organiques. On les compostera ou les transformera en biogaz qui sera ensuite employé dans la production d’électricité et de chaleur, ou comme carburant automobile.

Il y a un an, Québec et Ottawa se sont engagés à subventionner conjointement à hauteur de 650 millions de dollars la construction d’usines de biométhanisation et de compostage à Montréal, Laval, Longueuil, Québec et Rivière-du-Loup. Dès 2013, Montréal et Québec prévoient respectivement détourner de l’enfouissement 230 000 et 85 000 tonnes de matières organiques par année.

Les groupes environnementaux comme Équiterre, l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique et le Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets ont tous salué l’initiative.

Selon Geneviève Martineau, ingénieure et analyste au Centre interuniversitaire de recherche sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG), il est clairement avantageux de tirer de l’énergie des matières résiduelles. «On les détourne des sites d’enfouissement et on réduit notre consommation de combustibles fossiles, et donc la production de gaz à effet de serre.»

>> À lire aussi: Mieux et moins consommer, les lecteurs de Protégez-Vous témoignent

Grand ménage dans nos poubelles!

La nouvelle politique québécoise de gestion des matières résiduelles prévoit interdire:

• l’enfouissement du papier et du carton d’ici à 2013
• l’enfouissement des matières organiques putrescibles et encourager leur valorisation par la biométhanisation et le compostage d’ici à 2020.

Elle vise aussi à ce que, d’ici à 2015, les Québécois:

• recyclent 70 % du papier, du carton, du plastique, du verre et du métal résiduels
• traitent 60 % des résidus putrescibles par des procédés biologiques comme le compostage et la biométhanisation
• recyclent ou valorisent 80 % des résidus de béton, de brique et d’asphalte.

Efficacité

Capter des gaz générés par la fermentation des déchets putrescibles n’est pas en soi une technique nouvelle. La plupart des sites d’enfouissement du Québec sont équipés de bioréacteurs, sortes de puits destinés à la récupération du méthane. «Mais la digestion anaérobie en autoclave permet de contrôler le processus et d’obtenir une extraction maximale du gaz», dit Geneviève Martineau.

La municipalité de Saint-Hyacinthe n’a d’ailleurs pas attendu l’aide d’Ottawa et de Québec pour se lancer, en janvier 2010, dans la biométhanisation des boues issues du traitement des eaux usées. Elle a acquis trois digesteurs anaérobies au coût de neuf millions de dollars, mais a réduit de 1,2 million de dollars les frais annuels de manutention et de transport des déchets.

La centrale générera probablement plus de gaz qu’il n’en faut pour alimenter la flotte des 125 véhicules municipaux, indique le directeur général de la Régie intermunicipale d’Acton et des Maskoutains, Réjean Pion: «La Ville va pouvoir amortir à moyen terme le coût de ses installations et faire de l’argent à long terme en vendant du gaz et de l’engrais extrait du digestat.»

La biométhanisation

La biométhanisation, aussi appelée digestion anaérobie, est un procédé de biodégradation des matières putrescibles (résidus de table, boues d’épuration des eaux usées et autres résidus organiques) qui, contrairement au compostage, se déroule en l’absence d’oxygène. Cette biodégradation produit un digestat et du biogaz, essentiellement composé de méthane et de gaz carbonique.

Le digestat est un résidu solide composé d’éléments organiques non dégradés, de minéraux et de bactéries. Une fois déshydraté et composté, il peut être employé comme amendement organique. Quant au gaz, il peut servir à la production d’électricité ou de vapeur, être utilisé comme carburant ou être acheminé directement vers le réseau de distribution gazier.

Québec en retard

Ailleurs dans le monde, la biométhanisation fait déjà partie du paysage énergétique. La technologie est particulièrement populaire en Chine où l’on compte 17 millions de digesteurs, essentiellement en milieu agricole, qui fournissent du gaz à 50 millions de personnes. Depuis la fin des années 1990, plus de 5 000 usines de biogaz ont été inaugurées en Europe et fournissent de l’électricité à plus de 1,5 million de foyers.

Plus près de nous, les projets de centrales de biométhanisation se multiplient. Selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie, il y a actuellement 20 centres de biométhanisation agricole au Canada et leur nombre devrait presque tripler d’ici à trois ans. La firme Stormfisher, spécialisée dans la production de biogaz, implantera trois usines dans la grande région de Toronto.

Un certain flou entoure cependant les projets de biométhanisation subventionnés par Ottawa et Québec.

À Montréal et à Québec, on ignore encore où seront implantées les usines. Robert Coutu, maire de Montréal-Est, où l’industrie pétrochimique se meurt, s’est dit intéressé à accueillir une usine de méthanisation. Certains résidants de Tétreaultville, le quartier qui borde à l’ouest le parc industriel de Montréal-Est, craignent, le cas échéant, d’en faire les frais.

«On ne peut pas s’opposer à ce que Montréal traite ses déchets dans l’île, mais il faudrait qu’il y ait un peu plus d’équité territoriale, dit Émilie Guérin, porte-parole de Solidarité Mercier-Est. Pour l’instant, nous ne sommes ni pour ni contre. Mais on se demande si cela ne risque pas d’augmenter le volume de camionnage et la pollution de l’air dans un quartier où la population est déjà durement affectée par les maladies pulmonaires.»

Les citoyens de Mercier-Est craignent aussi que les futurs digesteurs, où fermenteront du lisier, du fumier et des déchets d’abattoirs, ne diffusent des odeurs nauséabondes. «Il serait souhaitable que les impacts sociaux et environnementaux de ces projets fassent l’objet d’un examen public», dit Mme Guérin.

Mais comme il s’agit de projets de «valorisation» et que leur production énergétique sera inférieure à 10 mégawatts, ils sont soustraits à l’analyse du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement.

Occasions d'affaires

Pour plusieurs entreprises de gestion des matières résiduelles, la biométhanisation pourrait être fort lucrative si elles réussissent à garder la main haute sur la chaîne d’approvisionnement, de la collecte des ordures à la vente d’énergie. Elles seraient payées une première fois pour collecter les déchets, puis une seconde fois en vendant leur électricité à Hydro-Québec.

Et c’est sans compter leur part des subventions fédérales et provinciales. Combien d’entreprises privées sont sur les rangs? En septembre dernier, le ministère québécois de l’Environnement, du Développement durable et des Parcs disait examiner «une vingtaine de projets de centrales de biométhanisation», dont plusieurs émanant de sociétés privées.

En décembre 2009, Hydro-Québec dévoilait les huit soumissions retenues dans le cadre d'un appel d'offres pour l'achat d'énergie produite par cogénération à la biomasse. Parmi les soumissionnaires choisis: RCI Environnement, une entreprise de la famille Rémillard, propriétaire de la chaîne de télévision V. Le projet? Produire de l'électricité par biométhanisation dans deux usines, à Longueuil et Anjou.

Dans l’éventualité où RCI produirait de l’énergie pour la vendre à Hydro-Québec, verserait-elle aux municipalités une redevance ou une ristourne sur les matières premières fournies par elles? «Ça reste à voir, nous n’avons pas encore défini le cadre», dit Daniel Granger, porte-parole de l’entreprise.

Du coup, certains se demandent s’il ne faudrait pas revoir le modèle économique qui sous-tend la gestion des matières résiduelles. «À partir de quand la matière résiduelle cesse-t-elle d’être un déchet et devient-elle une ressource monnayable?» demande Geneviève Martineau, du CIRAIG.

Selon Pierre-Olivier Pineau, professeur à HEC Montréal, cette révision n’est pas pour demain, puisque le gaz naturel coûte environ 10 fois moins à extraire du sol qu’à produire à partir de la biométhanisation: «Au prix actuel du gaz naturel, environ 14 ¢ par mètre cube, la vente de méthane rapporterait moins de 17 $ la tonne pour des coûts de 180 $ la tonne. C’est donc dire qu’aucun producteur (privé ou public) ne pourra faire de l’argent avec le biométhane à moins de bénéficier de subventions gouvernementales.»

Il faut par ailleurs prévoir l’effet rebond de la biométhanisation sur la consommation et la réduction à la source des déchets domestiques, ajoute Geneviève Martineau: «Il se peut que tout cela finisse par donner bonne conscience aux gens et les incite à la surconsommation. Si je sais que mes emballages souillés peuvent servir à produire de l’énergie, je n’ai pas à m’inquiéter de continuer de consommer comme avant.»

Des déchets prometteurs

Polystyrène

Plus de 25 millions de tonnes de polystyrène expansé et non expansé sont produites dans le monde chaque année. Cette matière plastique ultralégère, communément appelée styromousse, sert notamment de matériau de rembourrage et entre dans la fabrication de barquettes alimentaires, de panneaux isolants et de verres. Au Québec, on en enfouit 17 900 tonnes par an, selon le Centre de transfert technologique en écologie industrielle (CTTEI), à Sorel-Tracy.

Le hic, c’est qu’il n’est pas biodégradable et que, en raison de sa faible densité, il occupe beaucoup d’espace dans les sites d’enfouissement. Il est pourtant bel et bien recyclable. Une poignée de recycleurs en achètent, mais ils ne veulent que du polystyrène récupéré auprès de fabricants et de commerces – notamment parce que le polystyrène post-consommation, provenant essentiellement d’emballages alimentaires, est souillé.

L’industrie du plastique a avivé l’espoir d’une réutilisation du styromousse post-consommation avec l’ouverture, à la fin de 2008, d’une usine en banlieue de Toronto par l’Association canadienne du recyclage du polystyrène. Cependant, comme la faible densité du polystyrène fait que son transport est extrêmement coûteux, l’usine n’a pas suscité l’intérêt des centres de tri québécois. Même avec sa clientèle ontarienne, l’entreprise n’a pas su faire ses frais. Elle a définitivement cessé ses activités au printemps 2010.

Le polystyrène post-consommation trouvera-t-il un jour preneur chez les recycleurs? Un comité institué par Recyc-Québec se penche sur la question depuis novembre 2009. Aucun échéancier n’a cependant été fixé. Du reste, le CTTEI tente d’améliorer un procédé de récupération par dissolution déjà utilisé au Japon et en Floride. Le solvant – du limonène, un sous-produit d’agrumes – absorbe non seulement le polystyrène, mais il en détache aussi les impuretés et les souillures. Le polystyrène est ensuite récupéré par évaporation.

Cartons de jus et de lait

La brique de lait est constituée de carton recouvert d’une mince pellicule plastique. Les contenants de jus multicouches (de type TetraPak) sont, eux, composés de 70 % de carton, de 24 % de polyéthylène et de 6 % d’aluminium. Dans les deux cas, la superposition de matériaux en fait des emballages parfaitement aseptiques… mais complique le réemploi.

Les emballages multicouches ont trouvé occasionnellement preneur auprès de rares usines de recyclage en Ontario et en Colombie-Britannique, qui séparent la pulpe de carton du plastique et de l’aluminium.

Selon Recyc-Québec, 72 100 tonnes de contenants multicouches ont été mises en marché au Québec en 2005. La collecte sélective permet d’en récupérer bon an, mal an quelque 10 000 tonnes – les éboueurs en ramassent autant.

Comme les quantités de récipients multicouches traitées dans les centres de tri sont relativement faibles – 3 % du tonnage des cartons et papiers –, il faut en accumuler pendant des mois avant d’en avoir suffisamment pour charger un camion.

Le Groupe RCM, un atelier de recyclage de Yamachiche, en Mauricie, a peut-être trouvé un moyen de traiter efficacement les emballages multicouches. Avec le Centre de recherche industrielle du Québec, cette entreprise québécoise d’économie sociale a développé un procédé permettant de fondre les emballages multicouches et les sacs et pellicules en plastique en une résine industrielle.

Alors qu’une résine de plastique vierge vaut 1 500 $ la tonne, celle que produit le Groupe RCM a été évaluée à 450 $ la tonne. Mais déjà, «notre premier acheteur est prêt à nous offrir 700 $ la tonne», dit Michel Camirand, directeur général de l’entreprise. La résine industrielle est prisée par les fabricants de pots de fleurs, de traverses de chemin de fer, de plastibois, etc.

Le Groupe RCM prévoit transformer 525 tonnes de cartons multicouches et 2 100 tonnes de sacs et pellicules en plastique au cours de la prochaine année. La production devrait quintupler d’ici à deux ans. «Et cette résine est recyclable à l’infini», dit Michel Camirand.

Verre

Du verre dans le béton? Voilà l’une des solutions étudiées à l’Université de Sherbrooke pour valoriser les quelque 250 000 tonnes de verre mises chaque année au rebut, dont les trois quarts proviennent des ménages.

Près de la moitié du verre prend le chemin des sites d’enfouissement. C’est encore trop, puisque la nouvelle politique québécoise de gestion des matières résiduelles vise un taux de recyclage de 70 %.

L’essentiel du verre alimentaire est aujourd’hui destiné à la firme Unical. Une fois nettoyé et débarrassé des matières «contaminantes» (métal, aliments, peinture, etc.), le verre est broyé en une fine poudre appelée calcin, qui sera mélangée à du sable, de la chaux et du carbonate de calcium.

Fondu, le calcin entre dans la fabrication de récipients, de matériaux isolants, de carreaux de céramique ou de comptoirs. Il peut aussi être employé comme abrasif.

Or, les chercheurs de la Chaire en valorisation du verre mixte de l’Université de Sherbrooke proposent un débouché pour le verre mixte, qui a une moins grande valeur ajoutée et qui est plus difficile à recycler que le verre incolore. Il s’agit de remplacer par du verre mixte une fraction du ciment ou encore des granulats qui entrent dans la composition du béton.

Broyé en une poudre blanche ayant l’aspect de la farine, le verre brut accroît l’imperméabilité du béton. Cette technologie sera exploitée sous licence par le centre de tri Tricentris, à Lachute, dans les Laurentides. L’entreprise construira une usine de transformation du verre qui devrait démarrer d’ici à deux ans. Elle pourra traiter 87 000 tonnes de verre par année.

Déchets électroniques

Trop de déchets électroniques et informatiques finissent au dépotoir. C’est l’avis de Sylvie Castonguay, directrice générale du Réseau québécois des Centres de formation en entreprise de récupération (CFER), un regroupement de 21 ateliers-écoles, dont la moitié récupèrent et démantèlent les vieux ordinateurs, imprimantes et autres équipements du genre.

Les CFER ont démantelé près de 1 000 tonnes de matériel en 2009-2010. Les pièces en plastique et en métal récupérées sont vendues à des recycleurs. Les écrans sont acheminés à une fonderie du groupe Xstrata, au Nouveau-Brunswick, qui en extrait le plomb.

Recyc-Québec estime que chaque citoyen jette 1,3 kilogramme de déchets électroniques par année. Là-dessus, à peine 100 grammes aboutissent au recyclage. Les appareils électroniques et les ordinateurs renferment de grandes quantités de matières récupérables ou potentiellement toxiques: résine époxy, fibre de verre, BPC, PVC, plastiques thermodurcissables, plomb, étain, cuivre, silicone, béryllium, carbone, fer et aluminium. Des tonnes de métaux précieux s’entassent dans les dépotoirs de la planète!

Le géant minier australien Xstrata profite déjà de cette manne, en traitant à sa fonderie de Rouyn-Noranda, en Abitibi, des milliers de tonnes de déchets électroniques et informatiques provenant surtout des États-Unis.

Les experts du domaine fondent beaucoup d’espoir sur la Responsabilité élargie des producteurs (REP), un instrument qui a notamment favorisé l’émergence d’une industrie du recyclage des vieilles peintures.

Cette politique qui devait être en place cette année prévoit que les producteurs devront offrir des points de collecte de déchets informatiques et électroniques partout au Québec. «Mais ça tarde à venir. On en discute depuis 2003», déplore Mme Castonguay. Cependant, un partenariat établi depuis 2007 avec la chaîne Bureau en gros, qui récupère pour les CFER les appareils dont les consommateurs ne veulent plus, démontre aux fabricants «qu’une fois que la règle sera instituée, la récupération fonctionnera».

L’ONU prédit que d’ici à 10 ans les déchets informatiques de l’Afrique du Sud et de la Chine seront de 200 à 400 % supérieurs aux niveaux de 2007; en Inde, ils bondiront de 500 %! Et c’est sans compter l’exportation pas
toujours légale de déchets électroniques vers l’Asie.

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  • Par john simon
    05 Janvier 2012

    Le biogaz est en plein essor en ce moment

  • Par Gilberte Gélinas
    05 Janvier 2012

    Il n'y a pas de Mots pour décrire mon étonnement. Super!