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Les ondes électromagnétiques: enquête sur le terrain

Par Françoise Ruby et Clémence Lamarche Mise en ligne : 27 novembre 2012

Ipad 40 ans Ondes electromagnetiques

Elles sont invisibles, elles sont inaudibles, elles sont inodores. Et pourtant, les ondes électromagnétiques radiofréquences sont partout: routeurs Wi-Fi, micro-ondes, radio, Bluetooth, etc. Certains s’en inquiètent, y voyant un danger pour notre santé. Qu’en est-il?

Les ondes électromagnétiques, c'est quoi?
Nos mesures sur le terrain
Principales sources dans les domiciles visités
Peut-on faire confiance aux normes?
Impact des ondes sur la santé
L'électrosensibilité: un casse-tête médical

>> À lire aussi: notre article Faut-il avoir peur de la 5G? publié en février 2020

Le débat fait rage concernant les nouveaux compteurs d’Hydro-Québec et, plus globalement, la présence des ondes électromagnétiques radiofréquences dans notre environnement. D’un côté, des regroupements de citoyens et certains experts s’inquiètent de leurs effets sur la santé. À l’opposé, Santé Canada et de nombreux chercheurs se font rassurants.

Les Québécois sont nombreux à ne plus savoir qui croire, comme le montrent les résultats contrastés du sondage maison réalisé par Protégez-Vous sur son site à l'été 2012 (nombre de répondants: 710). Les dangers des ondes radiofréquences sont-ils suffisamment faibles pour justifier l'usage des technologies radiofréquences? À cette question, les gens ont répondu «Non» à 34 %, «Oui» à 35 % et «Ne sait pas» à 31 %.

Les ondes électromagnétiques, c'est quoi?

Qu'est-ce qu'une onde électromagnétique?

La façon la plus intuitive de se représenter une onde est d’imaginer le mouvement d’une vague dans l’eau. Une onde correspond à une succession de crêtes et de creux qui se déplacent dans le temps. La vie de tous les jours regorge de phénomènes attribués aux ondes. Par exemple, les bruits et les sons que nous entendons voyagent de leurs sources jusqu’à nos oreilles sous la forme d’une onde mécanique dans l’air. Les tremblements de terre sont également le résultat d’ondes qui se propagent à l’intérieur de la croûte terrestre.

Dans le cas des ondes électromagnétiques, ce ne sont pas l’eau, l’air ou la croûte terrestre qui oscillent, mais plutôt des champs électriques et magnétiques. La lumière, qui est une onde électromagnétique, est certainement la manifestation la plus visible de ce type d’ondes. Cependant, la lumière visible ne constitue qu’une très faible portion du spectre électromagnétique, comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous.

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Alors, qu’est-ce qui différencie les différents types d’ondes électromagnétiques, tels que la lumière visible, les rayons X et les ondes cellulaires? Réponse: leur fréquence. Pour comprendre ce qu’est la fréquence d’une onde, imaginez que vous êtes sur un rocher dans l’océan et que vous comptez le nombre de vagues qui passent par un point précis pendant une seconde. Le nombre que vous allez obtenir s’appelle la fréquence et se mesure en Hertz (Hz). Si vous pouviez faire la même chose avec les rayons X, vous compteriez environ 1019 (1 suivi de 19 zéros) «vagues» par seconde, alors que si vous pouviez faire la même expérience avec une onde de communication cellulaire, vous en compteriez seulement un milliard (109 ou 1 suivi de neuf zéros).

Frequence

Qu'est-ce qu'une onde électromagnétique radiofréquence?

Les ondes radiofréquences correspondent à une plage de fréquences du spectre électromagnétique comprise entre 3 kHz (3 000 Hz) et 300 GHz (3 x 109 Hz). Une foule d’appareils communs fonctionnent avec des ondes radiofréquences. Plusieurs systèmes de communication utilisent également ces ondes, tels que les systèmes de communication militaires et ceux des services d’urgence.

Rayonnement ionisant et non ionisant: quelle est la différence?

Plus la fréquence d’une onde électromagnétique est élevée, plus l’énergie transportée par cette onde est élevée. Ainsi, les rayonnements dont la fréquence est plus élevée que celle de la lumière visible (les rayons gamma, les rayons X et, dans une moindre mesure, les rayons UV) sont dits ionisants, car ils possèdent assez d’énergie pour arracher des électrons aux atomes ou aux molécules. À l’inverse, les rayonnements de plus basse fréquence, dont ceux des ondes radiofréquences, sont dits non ionisants, car ils ne possèdent pas l’énergie suffisante pour arracher des électrons. De par leur nature, les rayonnements ionisants sont plus dangereux pour les êtres vivants, car ils peuvent, entre autres, modifier l’ADN et causer toutes sortes de maladie, dont des cancers. Cependant, l’utilisation judicieuse des rayonnements ionisants a mené à plusieurs applications intéressantes, notamment en médecine, où on utilise par exemple des rayons X pour faire des radiographies.

Effets thermiques: de quoi s'agit-il?

Ce n’est pas parce qu’un rayonnement est non ionisant qu’il est automatiquement sans danger. Par exemple, mieux vaut ne pas mettre votre animal domestique préféré à l’intérieur d’un four à micro-ondes, même si les fréquences de cet appareil ne sont pas ionisantes! Un four à micro-ondes provoque une augmentation de température des tissus: c’est ce qu’on appelle les effets thermiques des ondes électromagnétiques. Même si certains pensent que d’autres effets (effets non thermiques) existent lors de l’interaction entre les ondes radiofréquences et les êtres vivants, tous les organismes de réglementation internationaux jugent que seuls les effets thermiques affectent les êtres humains.

La question de la densité de puissance

Pourquoi séjourner à l’intérieur d’un four à micro-ondes est-il plus dangereux que d’utiliser un dispositif Bluetooth? Après tout, les deux appareils utilisent exactement la même fréquence. La différence provient de la puissance du rayonnement, qui n’est pas la même. Si on reprend l’exemple des vagues, on peut imaginer deux situations où on pourrait compter le même nombre de vagues par seconde passant par notre rocher, mais dans un cas on compterait de toutes petites vagues alors que dans l’autre cas, les vagues seraient très hautes. L’énergie d’une onde dépend de sa fréquence mais aussi de son intensité (la hauteur ou l'amplitude des vagues). Cela dit, une onde non ionisante ne pourra jamais devenir ionisante, même si son intensité est très élevée.

En pratique, on ne mesure pas la hauteur des vagues, mais plutôt l’énergie de l’onde transportée par seconde, répartie sur une surface d’un mètre carré (débit d’énergie). C’est ce qu’on appelle la densité de puissance de l’onde, qui est calculée en watt par mètre carré (W/m2). La densité de puissance est une mesure de la «puissance» du rayonnement électromagnétique – on peut imaginer cela comme une mesure de la «quantité d’ondes» présentes à un endroit.

Quels règlements régissent ces ondes?

Les organismes de réglementation déterminent, pour chaque fréquence, quelle est la densité de puissance maximale pouvant être tolérée sans risque pour la santé. Le gouvernement canadien, comme d’autres instances dans le monde, spécifie les limites qui doivent être respectées. Elles sont présentées sur le graphique ci-dessous.

Le gouvernement fédéral attribue les fréquences aux nouveaux utilisateurs selon leurs besoins et s’assure que les utilisations du spectre sont compatibles, c’est-à-dire qu’il n’y a pas d’interférence entre les différentes applications. Le spectre des ondes radiofréquences est limité, et la multiplication des appareils de communication à distance fait en sorte que chaque fréquence doit être attribuée de la meilleure façon possible.

Nos mesures sur le terrain

Que ce soit dans notre maison, au travail ou dans la rue, les ondes électromagnétiques radiofréquences font partie de notre environnement. Elles proviennent des antennes de téléphonie, de télévision ou de radio, mais aussi d’appareils domestiques comme notre four à micro-ondes, notre routeur Wi-Fi, nos accessoires Bluetooth ou, depuis peu, notre compteur intelligent. À quelle intensité d’ondes sommes-nous exposés ? Ces expositions respectent-elles les normes? Et d’où viennent ces ondes qui nous entourent? Pour le savoir, Protégez-Vous et l’École polytechnique de Montréal ont visité 23 demeures et 34 lieux publics à l’été 2012 dans plusieurs régions du Québec.

1er constat: Toutes nos mesures sont très en dessous des normes

Les 130 mesures que nous avons prises sont toutes très en dessous des normes canadiennes et internationales. La donnée la plus élevée recueillie dans un domicile (0,001 watt/mètre carré) est 2 000 fois plus faible que la norme canadienne et la moyenne des mesures maximales prises dans les maisons (0,0002 W/m2) est 10 000 fois plus faible que la norme canadienne.

2e constat: Les ondes proviennent majoritairement des antennes

L’intensité des ondes mesurées dans les maisons provient majoritairement de l’environnement extérieur (antennes de radio, antennes de télévision, antennes de téléphonie cellulaire) et non des appareils que nous possédons. La donnée la plus élevée de notre test a d’ailleurs été recueillie au sommet du parc du Mont-Royal, à 25 mètres de la base de l’antenne de radio FM. À cette position, 75 % du signal mesuré provient de la radio FM. La densité de puissance (0,12 W/m2) était 16 fois plus faible que la norme canadienne.

3e constat: Parmi les appareils domestiques, le four à micro-ondes émet le plus d’ondes

Même si tous les appareils que nous avons évalués émettent un rayonnement bien en dessous des normes canadiennes, les fours à micro-ondes sont de loin ceux qui émettent le plus d’ondes radiofréquences avec une moyenne des densités de puissance de 0,06 W/m2, soit 155 fois plus faible que la norme canadienne.

Principales sources dans les domiciles visités

Voici les principales sources d'ondes électromagnétiques radiofréquences dans les domiciles visités.

Fours à micro-ondes 64 700 µW/m2 = 155 fois plus faible que la norme canadienne. Même si tous les appareils producteurs d’ondes que nous avons évalués émettent une densité de puissance bien en dessous des normes canadiennes, les fours à micro-ondes sont de loin ceux qui en émettent le plus.
- À noter: les résultats de nos tests montrent qu’il n’y a pas de lien entre la puissance en watts du four à micro-ondes indiquée par le fabricant et la densité de puissance obtenue. Ni l’âge des fours ni leur fabricant ne semblent influencer les résultats.
- Distance de l’appareil: les mesures ont été prises à 30 cm de la porte des fours à micro-ondes lorsqu’ils fonctionnaient à puissance maximale.

Moniteurs pour bébé 500 µW/m2 = 4 000 fois plus faible que la norme canadienne
- À noter: les différents terminaux de moniteurs pour bébé communiquent entre eux en utilisant les ondes radiofréquences.
- Distance de l’appareil: nous avons pris des mesures près de l’émetteur lorsque celui-ci était en fonction.

Routeurs sans fil 300 µW/m2 = 35 000 fois plus faible que la norme canadienne
- À noter: dans un réseau sans fil, chaque appareil (ordinateur portable, tablette, téléphone intelligent) est à la fois émetteur et récepteur. Vous êtes ainsi exposé plus ou moins à la même densité de puissance d’ondes quel que soit l’appareil utilisé.
- Distance de l’appareil: nous avons pris des mesures à environ 30 cm du routeur.

Téléphones sans fil 90 µW/m2 = 60 000 fois plus faible que la norme canadienne
- À noter: il existe des téléphones plus puissants mais nous n’en avons pas vu lors de nos visites.
- Distance de l’appareil: nous avons positionné notre antenne le plus près possible de la tête de la personne ayant une conversation téléphonique.

Télécommandes pour téléviseurs ou jeux vidéo 70 µW/m2 = 28 000 fois plus faible que la norme canadienne
- À noter: les manettes de jeux vidéo et télécommandes pour téléviseurs que nous avons testées communiquent par ondes radiofréquences (d’autres utilisent plutôt l’infrarouge).
L’utilisation des ondes radiofréquences offrent plusieurs avantages: grâce à elles, il n’est pas nécessaire de viser directement l’appareil, le signal peut passer au travers de petits obstacles et la portée est plus grande.
- Distance de l’appareil: nous avons effectué plusieurs mesures en positionnant notre antenne le plus près possible de la tête de la personne jouant à un jeu vidéo ou changeant les postes de télévision dans le cas des télécommandes.

Téléphones cellulaires 50 µW/m2 = 28 000 fois plus faible que la norme canadienne
Nous avons mesuré la densité de puissance reçue par une personne qui envoie un message texte et nous avons aussi simulé le cas d’un individu «coincé» entre plusieurs personnes ayant des conversations téléphoniques. En revanche, nous n’avons pas pris de mesures lors d’une conversation téléphonique, car le type de mesure que nous effectuons n’est pas approprié lorsque l’appareil est trop près du corps. Pour prendre des mesures en pareil cas, il faudrait mener une batterie de tests sur des mannequins reproduisant les propriétés électriques du corps humain, afin de déterminer le DAS (débit d’absorption spécifique ) de chaque appareil. Cet indice indique la quantité d’énergie transférée à l’usager par un téléphone lorsque ce dernier fonctionne à pleine puissance, dans les pires conditions d’utilisation. Au Canada, le DAS limite pour la tête est de 1,6 W/kg. Comme ces tests sont difficiles et coûteux à réaliser, nous n’avons pu les mener. À noter: le gouvernement canadien oblige les fabricants à mener leurs essais de DAS. Il est possible de trouver les DAS de chaque modèle de téléphone cellulaire sur Internet, notamment sur le site d’Industrie Canada. Vous trouverez également cette information dans les documents qui accompagnent les téléphones à l’achat. AJOUT: Lisez notre article Faut-il avoir peur de la 5G? publié en février 2020.

Compteurs intelligents 50 µW/m2 = 130 000 fois plus faible que la norme canadienne
- À noter: nos mesures sont similaires à celles publiées par Hydro-Québec. Elles sont en dessous des limites fixées par le gouvernement canadien, tant au chapitre de la densité de puissance des ondes qu’à celui de l’intensité du champ électrique.
- Distance de l’appareil: nous avons positionné notre antenne à un mètre de distance du compteur.
- Chaque compteur enregistre la consommation d’énergie du client et la transmet à un autre compteur, qui la transmet à son tour à un autre compteur, et ainsi de suite, jusqu’à ce que la donnée arrive à un routeur, puis à un collecteur, pour finalement être acheminée vers un système de gestion de données qui fait le lien avec le système de facturation d’Hydro-Québec. Les compteurs n’émettent pas en continu. Ils envoient une ou deux impulsions de radiofréquence par minute, chacune durant environ 50 millisecondes (0,05 seconde), un peu comme une lumière qui clignote. Les normes canadiennes indiquent que la densité de puissance moyenne sur six minutes doit respecter les mêmes normes que les champs sans impulsions, et que la valeur maximale de l’intensité instantanée du champ électrique ne doit pas dépasser 100 kilovolts par mètre (100 000 volts par mètre). Nous avons mesuré une valeur maximale de l’intensité du champ électrique de 0,004 kV/m, soit 2 500 fois plus faible que la norme.

Bluetooth 7 µW/m2 = 1 500 000 fois plus faible que la norme canadienne
- Distance de l’appareil: nous avons positionné notre antenne à une distance normale d’utilisation.

Téléviseurs 3 µW/m2 = 600 000 fois plus faible que la norme canadienne
- À noter: si les anciens téléviseurs à écran cathodique émettaient des ondes radiofréquences, les nouveaux appareils à écran mince n’en émettent quasiment plus.
- Distance de l’appareil: nous nous sommes positionnés à 30 cm de l’écran des téléviseurs.

Clés intelligentes 2 µW/m2 = 1 300 000 fois plus faible que la norme canadienne
- À noter: les nouvelles clés intelligentes communiquent avec l’auto via des ondes radiofréquences.
- Distance de l’appareil: nous avons positionné notre antenne à une distance normale d’utilisation.

Souris et clavier sans fil 1 µW/m2 = 1 300 000 plus faible que la norme canadienne
- Distance de l’appareil: nous avons positionné notre antenne à une distance normale d’utilisation.

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GRAPHIQUES CI-DESSUS:
µW/m2 = Microwatt par mètre carré. 1 W = 1 000 000 µW.
À noter: nous avons observé une plus grande densité d’ondes dans les domiciles situés dans des environnements densément peuplés. De même, les appartements montrent une plus grande présence d’ondes radiofréquences que les maisons unifamiliales. À quelques exceptions près, on constate que le rayonnement augmente lorsqu’on monte les étages, tandis qu’il diminue dans les sous-sols.

Peut-on faire confiance aux normes?

Au Canada, c’est le Code de sécurité 6, établi par Industrie Canada, qui fixe les limites d’exposition aux ondes radiofréquences. Ce code suit les recommandations de Santé Canada. Les seuils varient en fonction de la fréquence des ondes. Ainsi, pour les ondes comprises entre 30 MHz et 6 GHz, ils varient de 2 à 10 W/m2.

Les normes canadiennes sont semblables aux recommandations de la Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants (CIPRNI). Ces standards sont appliqués par voie réglementaire dans de nombreux pays: Allemagne, Espagne, Finlande, France, Argentine, Brésil…

D’autres pays les ont adoptés sous forme de recommandations, comme le Danemark, l’Irlande, les Pays-Bas, le Royaume-Uni ou la Suède. Quelques pays comme la Grèce et l’Italie ont des normes un peu plus sévères. Plusieurs pays de l’ancien bloc de l’Est (Bulgarie, Lituanie, Pologne, Russie…) ont adopté des normes basées sur le temps d’exposition, qui sont difficilement comparables aux normes internationales. Dans certaines situations, on peut conclure qu’elles sont plus restrictives.

Depuis 1996, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) souhaite que des normes internationales uniformes soient adoptées afin de faire cesser la confusion. À cette fin, l’OMS a publié en 2006 des lignes directrices: ce document fournit une base de travail aux pays souhaitant fixer eux-mêmes leurs normes plutôt que d’adopter celles de la CIPRNI. Jusqu’à présent, les efforts d’harmonisation de l’OMS n’ont pas porté fruit. Elles n’aboutiront pas, selon Kenneth Foster, professeur de bio-ingénierie à l’Université de Pennsylvanie et expert international des champs électromagnétiques: «Les autorités russes ne manifestent aucun désir de changer leur approche. Mais leurs normes très strictes sont-elles respectées? On peut se poser la question, car les Russes aiment les téléphones cellulaires autant que tout le monde.»

Sur quoi reposent les normes?

Les experts de la CIPRNI, ainsi que ceux des agences de santé de chaque pays, font un suivi continu des études publiées sur les ondes radiofréquences. Ils tiennent compte du nombre d’études, mais surtout de leur qualité: nombre de participants, mesures complètes, présence d’un groupe témoin, puissance statistique des résultats, résultats confirmés ou non par d’autres essais, etc.

Présentement, seul l’effet dit «thermique» est reconnu comme dangereux pour la santé humaine. Il s’agit de l’augmentation de la température des tissus du corps observée à une puissance d’onde élevée. C’est en se basant sur cet effet que les experts ont fixé les normes. Ainsi, les experts de Santé Canada, après avoir examiné plusieurs études portant sur des animaux, des cellules et des tissus humains ainsi que des modèles numériques, ont déterminé qu’une puissance d’onde de quatre watts par kilogramme de poids corporel entraîne un réchauffement des tissus du corps d’un degré Celsius. À cette puissance, ils ont appliqué un facteur de sécurité de 50 pour fixer à 0,08 W/kg de poids corporel la limite d’exposition pour les Canadiens. Ils ont ensuite converti cette exposition maximale en différentes limites applicables pour chaque fréquence du spectre radio. Santé Canada, tout comme d’autres agences de santé dans le monde, examine aussi les études portant sur les effets non thermiques, mais actuellement ces données ne sont pas concluantes.

Les normes sont-elles à jour?

Le Code de sécurité 6 a été publié en 1999 et reconduit tel quel en 2009 par Industrie Canada, après analyse des données scientifiques les plus récentes. D’autres organisations étaient arrivées au même constat. Par exemple, en 2009, la CIPRNI a fait une revue exhaustive (PDF) des données, prenant en compte les nombreuses études publiées depuis 1998 au sujet des effets des champs électromagnétiques sur la santé.

Conclusion de la Commission: les seuils fixés en 1998 pour les champs de 100 kilohertz (kHz) à 300 gigahertz (GHz) n’ont pas besoin d’être modifiés. La CIPRNI considère que le facteur de sécurité déjà appliqué en 1998 reste largement suffisant. «Les niveaux d’exposition attribuables aux antennes de télécommunication cellulaires sont généralement 10 000 fois plus bas que la limite prévue par nos lignes directrices», affirme notamment la CIPRNI dans sa déclaration de 2009. De 2009 à septembre 2012, plusieurs pays d’Europe et d’Amérique latine ont également évalué les données scientifiques et conclu que leurs normes, basées sur celles de la CIPRNI, sont sécuritaires. Le Code de sécurité 6 est mis à jour tous les trois ans: il est donc actuellement en cours de révision.

Les normes sont-elles adéquates?

• Les «contre» : Non, selon une poignée de chercheurs, qui affirment que de plus en plus de gens réagissent à des niveaux d’ondes radiofréquences inférieurs aux limites fixées. «Les normes qui se basent uniquement sur l’effet thermique des ondes radiofréquences ignorent des milliers de données scientifiques qui prouvent qu’il existe d’autres effets néfastes», affirme Magda Havas, professeure agrégée en études environnementales à l’Université de Trent, en Ontario.

«Des études indiquent qu’habiter à moins de 300 mètres d’une antenne cellulaire augmente le risque de cancer. Et de plus en plus de personnes habitant près de ces antennes ou dont les maisons sont munies de compteurs intelligents souffrent de symptômes d’électrosensibilité. Les ondes radiofréquences sont dangereuses pour la santé, même à très faible intensité, insiste-t-elle. Et ce n’est pas parce qu’on ne connaît pas les mécanismes qui engendrent ces effets qu’ils n’existent pas.»

• Les «pour»: Oui, selon la grande majorité des experts. «Les normes en vigueur aux États-Unis, au Canada et en Europe de l’Ouest nous protègent très bien contre les risques connus des ondes radiofréquences, affirme le Pr Foster. Après des décennies de controverse, le seul danger reconnu est celui du réchauffement des tissus, c’est-à-dire l’effet thermique. Les agences de santé admettent que des incertitudes persistent et continuent de scruter les données scientifiques. Cependant, elles concluent que les études sur les effets non thermiques des ondes radiofréquences sont loin de prouver qu’il existe un danger pour l’humain. Malgré leur grand nombre, ces études présentent des failles. Par exemple, plusieurs d’entre elles portent sur des niveaux d’exposition beaucoup plus élevés que ceux présents dans notre environnement quotidien.

D’autres ont été réalisées dans l’ancien bloc soviétique et leurs standards de qualité sont inacceptables. En ce qui concerne les effets non thermiques à des niveaux d’exposition ordinaires, les agences de santé s’intéressent aux résultats d’études bien menées, dans la mesure où ils ont été confirmés par d’autres recherches fiables. C’est la norme en science.»

Le débat est très polarisé: chaque côté accuse l’autre de faire de la désinformation auprès du public. «L’évaluation d’un risque pour la santé repose en dernier ressort sur un jugement humain, ce qui explique pourquoi certaines opinions peuvent être très différentes, explique le Pr Foster. Pour bien prendre en compte ces divergences, les agences de santé réunissent des experts d’horizons variés pour fixer les normes. Mais il y aura toujours des "électrons libres" dans le débat sur les radiofréquences», conclut-il.

Pour des informations complémentaires, consultez les fiches de Santé Canada: Tours de téléphonie cellulaireCompteurs intelligents; Wi-Fi

Impact des ondes sur la santé

Dans le coin gauche, les agences de santé publique et la majorité des chercheurs nous assurent que les ondes électromagnétiques radiofréquences sont sécuritaires. Dans le coin droit, quelques chercheurs n’en démordent pas: ces ondes présentent des dangers pour la santé et il faut y réduire notre exposition. Le combat est féroce! Chaque camp prétend détenir la vérité et accuse l’autre de ne pas voir clair.

Les données scientifiques sur les ondes électromagnétiques radiofréquences sont régulièrement passées au peigne fin par des comités d’experts mandatés par des gouvernements. Elles l’ont notamment été en 2009 par Santé Canada et par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) (PDF) en France. En 2010, plusieurs pays d’Amérique latine ont également fait l’exercice et, en 2012, ce sont les agences de santé du Royaume-Uni, de la Suède (PDF) et de la Norvège (PDF) qui se sont prononcées.

Bien que tous ces comités reconnaissent que les recherches doivent se poursuivre, leurs conclusions sont unanimes: les données actuelles ne permettent pas de conclure que les ondes radiofréquences sont dangereuses pour la santé des individus. D’une part l’exposition des populations est très inférieure (de 100 à 1 000 fois) aux normes fixées, d’autre part, les études qui pointent vers des effets potentiellement néfastes sur l’organisme humain sont loin d’être convaincantes.

Des voix discordantes

Des chercheurs sonnent cependant l’alarme depuis plusieurs années et considèrent que les preuves sont suffisantes pour revoir les normes d’exposition gouvernementales. Ils soutiennent que les ondes radiofréquences sont cancérogènes et qu’elles affectent notamment les systèmes reproducteur, cardiovasculaire, nerveux et hormonal. «Nous avons de nombreuses preuves que ces ondes sont néfastes pour la santé à des niveaux bien inférieurs à ceux fixés par les autorités canadiennes. Les comités scientifiques sont biaisés: ils sont très diligents pour critiquer ces preuves, mais ne remettent pas en question les recherches qui concluent à l’absence d’effet», affirme Magda Havas, professeure agrégée en études environnementales à l’Université de Trent, en Ontario. «De plus, certains sont financés par l’industrie des télécommunications.»

«Les bases sur lesquelles reposent les réglementations sont ridicules et complètement dépassées», ajoute le professeur David Carpenter, directeur de l’Institute for Health and the Environment de l’Université de l’État de New York à Albany. «Mais les gouvernements sont aveuglés par les impacts économiques énormes qu’aurait la reconnaissance d’effets nuisibles. Il y a un parallèle à tracer avec le débat qui a fait rage au sujet de la toxicité du tabac: ceux qui évaluaient les dangers de la cigarette étaient des fumeurs et ne lisaient pas les études correctement, insiste-t-il. Il est vrai que certaines données ne sont pas solides et que nous n’avons pas toutes les réponses, mais on en sait assez pour constater que les ondes radiofréquences sont néfastes.»

Kenneth Foster, professeur de bio-ingénierie à l’Université de Pennsylvanie et expert des ondes électromagnétiques depuis 1971, réfute ces arguments. «Certes aux États-Unis, les acteurs de l’industrie participent aux consultations concernant les normes de sécurité, mais ce n’est pas le cas en Europe. Pourtant, la plupart des pays européens ont fixé les mêmes limites d’exposition aux ondes radiofréquences qu’en Amérique du Nord. La théorie d’un complot piloté par l’industrie ne tient pas la route dans ce dossier, où des centaines d’experts sont actifs.»

«Un scientifique financé par l’industrie ne peut pas faire partie des groupes d’experts mandatés par l’Organisation mondiale de la Santé, l’Union européenne ou de la Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants», confirme Maria Feychting, professeure d’épidémiologie au Environmental Medicine Institute de Stockholm, en Suède. «De plus, négliger un réel effet des ondes radiofréquences sur la santé aurait des conséquences économiques beaucoup plus importantes que n’importe quel impact sur l’industrie des télécommunications. Je ne vois donc pas pourquoi les autorités de santé et les chercheurs publieraient des données biaisées», poursuit-elle.

Des hypothèses non soutenues

Selon le Pr Foster, les déclarations et les publications des Prs Carpenter et Havas ne reposent que sur des hypothèses non vérifiées. Un avis que partage Richard Leonelli, professeur titulaire au département de physique de l’Université de Montréal: «Actuellement, on n’a pas le commencement du début d’une preuve que les ondes radiofréquences ont, par exemple, un effet sur l’ADN qui générerait des cancers. Donnez-moi des preuves qu’il y a un effet, et je vais essayer de trouver le mécanisme qui le provoque. Et si les ondes des technologies sans fil sont si dangereuses, que penser de celles émises par les antennes de radio et de télévision, qui sont beaucoup plus puissantes et qui sont installées depuis des lustres?», poursuit le physicien.

Pour le Pr Foster, les ondes radiofréquences ne constituent pas un enjeu de santé publique. «Les gens inquiets pour leur santé devraient se concentrer sur d’autres risques clairement définis comme le lien entre le tabagisme et le cancer ou celui entre l’alimentation et les maladies cardiaques. Quant à l’utilisation des technologies sans fil, le seul réel danger que j’y vois est lié à l’invasion de notre vie privée.»

Les téléphones cellulaires: cerveau en danger?

Parmi les sources d’ondes électromagnétiques radiofréquences, ce sont les téléphones cellulaires qui font l’objet des études les plus ambitieuses. Or jusqu’à présent, la majorité des données accumulées concernant une augmentation du risque du cancer du cerveau ne sont pas concluantes. AJOUT: Lisez notre article Faut-il avoir peur de la 5G? publié en février 2020.

• L’étude Interphone: L’étude de cas témoin Interphone a été menée dans 13 pays, dont le Canada. La comparaison entre plus de 5 000 personnes atteintes de cancers du cerveau et 5 000 sujets non atteints n’a pas révélé de lien entre l’utilisation d’un téléphone portable pendant 10 ans et un risque plus élevé de cancer. Une tendance a certes été constatée concernant un risque légèrement plus élevé de gliome chez 10 % des plus gros utilisateurs, mais les auteurs précisent que certaines faiblesses de l’étude ne permettent pas de conclure à un lien de cause à effet.

• Des études contestées: Une étude de cohorte menée au Danemark suit depuis plus de 15 ans 420 000 abonnés à des services de téléphonie cellulaire et compare le taux de cancer de ces sujets à celui du reste de la population. Aucun lien n’a été établi jusqu’à présent, mais un groupe de chercheurs suédois considère que ces résultats ne sont pas fiables, car ils sont basés sur une évaluation inadéquate de l’exposition des sujets, un élément qu’a aussi soulevé l’ANSES dans son rapport de 2009. Les études menées par le groupe de chercheurs suédois mentionné plus haut concluent quant à elles à un risque 2,7 fois plus grand de tumeur du cerveau (gliome) en cas d’utilisation du téléphone cellulaire ou sans fil pendant plus de 10 ans. «Ces conclusions sont douteuses, car elles ne sont pas confirmées par une augmentation de ce type de cancer en Suède», affirment les Prs Leonelli et Feychting.

• Le cas des enfants: L’agence de santé des Pays-Bas s’est penchée sur les effets des ondes radiofréquences sur le cerveau des enfants. Selon son rapport (PDF), publié en 2011, les données actuelles ne permettent pas de conclure à un danger pour les enfants, mais l’agence encourage fortement de poursuivre la recherche étant donné l’utilisation de plus en plus répandue du téléphone portable par les jeunes.

Plusieurs études en cours: Comme l’usage du téléphone portable ne cesse d’augmenter et qu’un cancer se développe sur une longue période, la recherche se poursuit afin de récolter des données à long terme. Deux études épidémiologiques d’envergure sont notamment en cours. Dans le cas de l’étude de cohorte COSMOS, cinq pays européens prévoient suivre l’évolution de la santé de 250 000 utilisateurs de téléphones cellulaires et de technologies sans fil durant 25 ans. Et comme les jeunes utilisent de plus en plus les cellulaires, l’étude de cas témoin MOBI-KIDS a été lancée en 2009 par 13 pays, dont le Canada. Les chercheurs souhaitent déterminer si l’usage de ce type de téléphone est lié ou non à un risque accru de cancer du cerveau chez les jeunes de 10 à 24 ans.

Les compteurs intelligents: inoffensifs ou dangereux?

Les compteurs intelligents sont des dispositifs sans fil qui transmettent aux services publics des données sur la consommation d’électricité (ou d’eau, ou de gaz) d’une habitation ou d’une entreprise. Tout comme les routeurs sans fil et les téléphones cellulaires, ils émettent des ondes électromagnétiques radiofréquences. La Coalition québécoise de lutte contre la pollution électromagnétique (CQLPE) et des regroupements de citoyens (Villeray refuse, par exemple) s’opposent à l’installation de ces compteurs au Québec au motif qu’ils représentent une menace pour la santé publique.

Devant le tollé déclenché par ces compteurs, le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec a publié un avis de santé publique en mars 2012. «Les compteurs intelligents émettent des ondes de fréquence extrêmement faibles mesurées en millionièmes de watt plutôt qu’en milliwatts», explique l’auteure de cet avis, Monique Beausoleil, de la Direction de santé publique de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal. C’est nettement inférieur à ce qu’émettent les téléphones cellulaires et les routeurs, par exemple. La contribution de ces compteurs à notre exposition moyenne quotidienne aux ondes radiofréquences est négligeable et ne constitue pas un danger pour la santé», poursuit Mme Beausoleil.

Cet avis est partagé par 60 scientifiques québécois ayant signé une lettre ouverte publiée en mai 2012. Ce document en appelait à un débat basé sur la science plutôt que sur la méconnaissance des ondes électromagnétiques et la méfiance envers les organismes de santé publique. Une réplique incendiaire a été signée par le Pr Carpenter et 50 scientifiques convaincus du contraire. «Si le Pr Carpenter détient des preuves que les compteurs intelligents sont dangereux, j’aimerais les voir et les agences de santé aussi, afin d’agir en conséquence», a répondu le Pr Foster à cette réplique.

Le principe de précaution

Certains scientifiques et associations affirment qu’en vertu du principe de précaution, les normes d’exposition aux ondes radiofréquences devraient être révisées à la baisse. Mais en quoi consiste ce principe?

«Lorsque des activités humaines risquent d’aboutir à un danger moralement inacceptable, qui est scientifiquement plausible mais incertain, des mesures doivent être prises pour éviter ou diminuer ce danger»: c’est la définition de base du principe de précaution, selon la Commission mondiale d’éthique des connaissances scientifiques et des technologies (COMEST), qui a publié un rapport détaillé sur le sujet en 2005.

«Le principe de précaution ne se fonde pas sur le "risque zéro", mais a pour but de parvenir à un niveau plus bas ou plus acceptable de risques ou de dangers. Il ne repose pas sur l’inquiétude ou l’émotion, c’est une règle de décision rationnelle […] », précise la COMEST. «Pour que le principe de précaution soit invoqué, il faut qu’une évaluation des données scientifiques permette de définir le danger contre lequel on essaie de se protéger», explique Kenneth Foster, professeur de bio-ingénierie à l’Université de Pennsylvanie. «Or, jusqu’à présent ce danger n’a pas été défini dans le cas des ondes radiofréquences auxquelles nous sommes exposés au quotidien.»

Le rapport BioInitiative

Publié en 2007, ce volumineux rapport international a fait grand bruit et constitue la bible des scientifiques et des associations soutenant la thèse du danger des ondes radiofréquences. En invoquant le principe de précaution, il préconise un abaissement radical des normes d’exposition à 0,01 microwatt/cm2 (0,614 volt/m). Ce rapport a fait l’objet de nombreuses critiques: biais de sélection des études présentées, faible qualité des articles scientifiques cités, absence de coordination et de consultation entre les différents auteurs des chapitres et… conflits d’intérêts. En effet, Cindy Sage, coéditrice du document, est aussi propriétaire de Sage EMF Design. Cette entreprise spécialisée dans l’étude des environnements électromagnétiques vend des services d’évaluation et de réduction des ondes électromagnétiques.

«Le rapport BioInitiative est un document activiste plutôt qu’un document scientifique», souligne Kenneth Foster, professeur de bio-ingénierie à l’Université de Pennsylvanie. Par ailleurs, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (France) précise, dans une mise à jour publiée en 2009, que le rapport BioInitiative fait un amalgame inadéquat entre les effets des ondes électromagnétiques de très basse fréquence (50-60 Hz) et ceux des ondes radiofréquences (de 3 kHz à 300 GHz environ). Un amalgame qu’ont également fait les Prs Havas et Carpenter au cours des entrevues qu’ils nous ont accordées et que dénoncent les Prs Foster et Leonelli. «C’est comme dire: parce que les rayons X sont cancérogènes, il est démontré que les ondes radiofréquences le sont aussi. C’est complètement farfelu», insiste le Pr Leonelli.

La classification 2B de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS)

Autre argument brandi par les chercheurs et associations convaincus de la dangerosité des ondes radiofréquences: en 2011, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’OMS a ajouté les ondes radiofréquences au Groupe 2B, qui contient tous les agents considérés comme «peut-être cancérogènes pour l’homme». Voilà qui semble inquiétant, mais le CIRC précise que cette classification repose sur des données limitées concernant le risque de tumeur au cerveau (gliome et neurinome), chez les personnes utilisant les téléphones cellulaires depuis au moins 10 ans et de façon régulière (au moins 30 minutes par jour). De plus, toujours selon le CIRC, les données concernant les autres cancers et les ondes radiofréquences sont insuffisantes pour conclure à un lien.

«Bien que certains considèrent la classification 2B comme une preuve que les ondes radiofréquences sont cancérogènes, ce n’est pas l’interprétation qu’en fait le CIRC», affirme Maria Feychting, professeure d’épidémiologie au Environmental Medicine Institute de Stockholm, en Suède. «De plus, les membres du comité ayant travaillé sur ce sujet n’étaient pas unanimes. Certains soulignaient notamment le fait que l’incidence du cancer n’avait pas augmenté depuis le lancement des téléphones cellulaires sur le marché. Des études publiées depuis l’avis du CIRC ne corroborent pas le lien entre l’exposition aux ondes radiofréquences et le cancer.»

Dans le Groupe 2B, on trouve actuellement 275 agents. Y figurent notamment des produits chimiques, quelques médicaments, les gaz d’échappement des moteurs à essence ainsi que… le café et les légumes marinés!

L'électrosensibilité: un casse-tête médical  

L’électrosensibilité, aussi appelée hypersensibilité électromagnétique, est très controversée. Tant sur le plan scientifique que sur le plan médical, elle fait débat.

Les personnes touchées souffrent de malaises qu’elles associent aux ondes électromagnétiques, le plus souvent dans la fourchette des ondes électromagnétiques radiofréquences. Ces symptômes surviennent à des niveaux d’exposition très faibles, qui n’entraînent aucun effet chez la majorité des gens.

«La difficulté d’établir un diagnostic vient du fait que ces troubles ne sont pas spécifiques et peuvent découler de plusieurs maladies. Les patients souffrent, à des degrés divers, de maux de tête, de palpitations cardiaques, de vertiges, d’acouphènes, de problèmes de peau, de difficultés de concentration, etc. Nous devons donc procéder par élimination, afin de ne pas passer à côté d’autres pathologies», explique le Dr Patry, directeur de la Clinique interuniversitaire de santé au travail et de santé environnementale du Centre universitaire de santé McGill.

Une quinzaine de personnes se disant électrosensibles ont été dirigées vers cette clinique à la suite d’inquiétudes au sujet des compteurs intelligents. «Avec un si petit nombre de patients présentant des symptômes variables, il est très difficile de dégager un portrait type, souligne le Dr Patry. Actuellement, nous ne pouvons pas établir de lien de cause à effet, ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas rester vigilants.»

Une vie chamboulée

Dominique Brillon, de Québec, et Hélène Keyser, de Montréal, attribuent l’apparition de leurs symptômes d’électrosensibilité à l’installation de compteurs intelligents dans leur maison. En excellente santé avant ce changement, elle ont d’abord mis leurs malaises sur le compte d’autres raisons: stress, surcroît de travail, début de ménopause, etc. Les médecins et spécialistes consultés ont été très surpris par l’intensité de leurs symptômes et n’en comprenaient pas la cause.

Pour ces deux femmes, le déclic s’est fait lorsqu’elles ont lu sur l’électrosensibilité et adopté une première mesure très simple. «Lorsque j’ai recouvert le compteur avec du papier d’aluminium, mes maux de tête ont disparu», explique Dominique Brillon, dont le compteur est installé sur le balcon de sa résidence.

Hélène Keyser a fait la même chose avec le compteur installé dans sa salle de travail, au sous-sol: «J’entendais très mal depuis des mois. En 24 heures, j’ai récupéré mon audition et j’ai cessé d’avoir des étourdissements.» Cette mesure n’a cependant pas suffi, car d’autres symptômes persistaient, notamment une fatigue chronique et des pertes de mémoire. Les deux femmes ont fait faire des travaux majeurs dans leur maison pour se protéger des compteurs et des routeurs de leurs voisins.

Pour José Levesque, de Saint-Colomban, technicien en télécommunications d’affaire avec et sans fil, c’est l’exposition professionnelle aux technologies sans fil qui a été l’élément déclencheur de son électrosensibilité. «En 2006, après plus de cinq ans dans ce domaine, je me suis mis à souffrir de maux d’oreilles et de tête, de vertiges et d’acouphène. Après 18 mois de questionnements et de visites chez différents spécialistes, je me suis rendu compte que mes symptômes se manifestaient seulement lorsque j’étais à proximité d’appareils sans fil. «Je vais bien lorsque je ne suis pas exposé. Les acouphènes persistent, mais leur intensité est nettement moindre et ils sont moins fréquents», affirme-t-il.

L’effet nocebo?

Ces symptômes ne seraient pas causés par les ondes électromagnétiques radiofréquences, selon Kenneth R. Foster, professeur de bio-ingénierie à l’Université de Pennsylvanie. «Je ne nie pas l’existence de ces symptômes, mais jusqu’à présent, les études à double insu démontrent qu’une personne se disant électrosensible n’est pas capable de faire la différence entre une exposition à des ondes réelles ou simulées», poursuit cet expert actif depuis 1971 dans le domaine des ondes électromagnétiques. «C’est la crainte des ondes électromagnétiques qui affectent ces personnes, pas les ondes elles-mêmes. C’est ce qu’on appelle l’effet nocebo.»

L’effet nocebo est l’inverse de l’effet placebo. On parle d’effet placebo lorsqu’une personne se sent soulagée par un produit qui est pourtant inactif. Ce soulagement s’explique parce qu’elle s’attend à ce que le traitement fonctionne. Dans le cas de l’effet nocebo, une personne qui croit être exposée à quelque chose de dangereux ressentira des symptômes et son état se détériorera.

Que l’effet soit placebo ou nocebo, le patient n’invente pas ses symptômes. Ils sont réels, mais causés par des convictions et non par des facteurs extérieurs identifiés. Les auteurs d’études montrant que l’électrosensibilité serait attribuable à l’effet nocebo insistent généralement sur l’importance de prendre les patients en charge avec un traitement approprié, même si les causes de leurs symptômes ne sont pas définies.

«Les résultats de ces études ne sont pas concluants, car leur protocole ne tient pas compte de deux points importants», rétorque Magda Havas, professeure au département d’études environnementales de l’Université de Trent, en Ontario. Les personnes électrosensibles ne réagissent pas toutes aux mêmes niveaux de fréquences et ne réagissent pas toutes immédiatement à ces fréquences, explique-elle. Cela peut prendre de 20 à 30 minutes. Les données sont donc faussées.»

Reste que l’Organisation mondiale de la Santé a conclu en 2005 que les données scientifiques actuelles ne permettent pas d’établir de lien de cause à effet entre les ondes électromagnétiques et les symptômes d’électrosensibilité. Une synthèse de 29 études, publiée en 2011, arrive à la même conclusion: des sujets se disant sensibles aux fréquences des réseaux 3G (1 950 MHz) n’ont pu faire la différence entre les périodes de 32 minutes durant lesquelles ils étaient exposés ou non à ce type de fréquences; les mesures objectives de battement cardiaques et de respiration n’ont pas non plus révélé de différence.

Des mesures pour soutenir les personnes électrosensibles

Au Canada, il n’existe à notre connaissance aucune mesure gouvernementale pour accompagner les personnes électrosensibles. Toutefois, la Clinique environnementale du Women College Hospital de Toronto s’intéresse de près à ce syndrome. Au cours d’un atelier-conférence tenu en mai 2012, la Dre Riina Bray, directrice médicale de la clinique, a souligné qu’il est important de sensibiliser les médecins à l’électrosensibilité afin qu’ils puissent mieux comprendre et aider leurs patients.

Pour le moment, la Suède est seul pays où l’électrosensibilité est officiellement reconnue comme un handicap. Bien que les autorités ne reconnaissent pas de lien entre ce handicap et les ondes électromagnétiques, différentes mesures sont financées par le gouvernement pour permettre aux personnes touchées de réduire leur exposition. En avril 2012, l’association médicale autrichienne a publié des lignes directrices pour aider les médecins à diagnostiquer et à traiter les troubles liés aux ondes électromagnétiques.

En Suisse, dans le cadre d’un projet pilote, un réseau de médecins et de spécialistes a été mis en place pour soutenir les personnes souffrant d’hypersensibilité électromagnétique. En France, une étude pilote a été lancée en février 2012: elle vise à mettre au point un protocole de prise en charge des patients hypersensibles aux ondes électromagnétiques.

 

Méthodologie

À l’été 2012, avec une équipe de l’École polytechnique de Montréal, Protégez-Vous a visité 23 demeures et 34 lieux publics dans plusieurs régions du Québec (notamment à Montréal, à Québec, à Laval, en Montérégie et dans les Laurentides) afin de mesurer les densités de puissance des ondes électromagnétiques radiofréquences.

Les mesures ont été prises en collaboration avec l’École polytechnique de Montréal mais la supervision du travail et l’analyse des résultats ont été faites en toute indépendance par Protégez-Vous, qui n’a reçu aucun financement externe pour les mener à bien. Toutes les données ont été recueillies avec le Narda SRM-3006, un analyseur de spectre bien adapté à ce type de mesures.  Notre appareil avait été calibré par le National Institute of Standards and Technology (NIST). Nous vous présentons les moyennes de nos mesures, car elles sont représentatives de l’ensemble de nos mesures.

Mesures dans les lieux publics, bureaux et domiciles

Lors de nos visites à domicile, nous avons systématiquement appliqué le même protocole dans chaque demeure:
• Ouvrir tous les disjoncteurs de la maison et mesurer la densité de puissance des ondes électromagnétiques dans chaque pièce; cette étape permet d’estimer la contribution de l’environnement extérieur;
• Fermer les disjoncteurs de la maison et remesurer la densité de puissance des ondes dans chaque pièce pour connaître la contribution des appareils de la maison.

Visites à domicile: appareils domestiques

Emplacement: comme l’intensité des ondes électromagnétiques diminue rapidement lorsqu’on s’éloigne de la source, l’endroit où on prend la mesure est très important. Lors de nos tests, nous avons installé l’antenne de notre appareil de mesure à l’endroit où pourrait se placer un utilisateur, par exemple à 30 cm de la porte du four à micro-ondes.

Durée: la norme canadienne précise de mesurer chaque appareil producteur d’ondes pendant six minutes. Nous nous sommes conformés à cette exigence, lorsque cela était possible, par exemple dans les cas des fours à micro-ondes, des routeurs, des téléphones sans fil et des compteurs intelligents. Pour les appareils ayant une durée d’émission très courte, comme la télécommande du téléviseur ou la clé d’auto intelligente, il n’a pas été possible de remplir cette condition. Nous avons alors mesuré l’intensité maximale instantanée.

>> À lire aussi: notre article Faut-il avoir peur de la 5G? publié en février 2020

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