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Cycle de vie des produits de consommation: tour d'horizon

Par Rémi Maillard Mise en ligne : 07 Juin 2008

Photo: courtoisie du CSMOE et du CEMR

Vaut-il mieux rouler dans une voiture électrique ou à essence? Acheter du jus de fruits dans un contenant en plastique, en verre ou en carton? S’éclairer avec des ampoules à incandescence ou fluocompactes?

Même pour un consommateur averti, la bonne réponse n’est pas forcément évidente. Pourtant, à l’heure où la population et la consommation s’accroissent à un rythme tel que, prévient le Programme des Nations Unies pour l’environnement, nous aurons besoin de quatre planètes pour subvenir à nos besoins d’ici à la fin du siècle, faire des choix plus «verts» s’impose.

Un outil pourrait nous y aider: l’analyse du cycle de vie (ACV), une méthode en pleine ascension. La pratique de l’ACV est encadrée par l’Organisation internationale de normalisation (ISO) depuis 1997. Selon la série des normes ISO 14040, elle se décompose en quatre étapes:

  • définition des objectifs et du champ de l’étude;
  • inventaire du cycle de vie;
  • évaluation des impacts sur l’environnement;
  • interprétation des résultats.

Toute étude qui ne se réfère pas à ces standards peut être considérée comme douteuse, car sa validité scientifique (rigueur, transparence, reproductibilité) est difficile à démontrer.

Déjà utilisée par de très grandes entreprises comme Airbus, Volvo, DuPont, Alcan, Cascades, Desjardins, Rona et Hydro-Québec, cette méthode standardisée selon les normes ISO évalue et comptabilise les impacts environnementaux générés par un produit ou un service «du berceau au tombeau». C’est-à-dire, dans le cas d’un produit, depuis l’extraction des matières premières jusqu’à la fin de vie (recyclage ou traitement des déchets), en passant par la fabrication, l’emballage, les transports, la distribution et l’utilisation.

Comment? En calculant les entrées et sorties de matière et d’énergie à chaque étape de son cycle de vie et en transformant ces données en impacts potentiels sur l’environnement. «On obtient ainsi un portrait global et un bilan écologique, ce qui aide à prendre des décisions plus éclairées», explique Daniel Normandin, directeur exécutif du Centre interuniversitaire de recherche sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG), basé à l’École polytechnique de Montréal.

Séparer le bon grain de l'ivraie

Cette approche permet notamment de démasquer les fausses bonnes idées et de voir si un nouveau produit ou une nouvelle politique énergétique procurent un gain environnemental réel ou s’ils ne font que déplacer la pollution d’une étape du cycle à une autre, d’une région géographique ou d’un milieu (air, sol, eau) à un autre. «Lorsque le Canada a décidé de développer les biocarburants, on ne s’est pas vraiment demandé si leur bilan environnemental était bon sur l’ensemble du cycle de vie, note Daniel Normandin. Or aujourd’hui, on s’aperçoit que s’ils sont fabriqués à partir de maïs, par exemple, cela génère toutes sortes d’impacts qui n’existaient pas avec l’essence.»

 

En France, les tickets de caisse de deux supermarchés du groupe Leclerc indiquent déjà le bilan carbone de 20 000 produits alimentaires.

Destinée à sensibiliser les consommateurs, cette pratique pourrait devenir obligatoire à l’échelle nationale à partir de 2011.

Produire mieux avec moins

Une entreprise qui réduit ses impacts environnementaux devient aussi plus compétitive sur le plan économique, «puisqu’elle produira autant, sinon plus, tout en utilisant moins de matières premières et d’énergie», affirme par ailleurs Mihaela Andronescu, ingénieur à Environnement Canada. À l’heure de l’épuisement programmé de certaines ressources et de la flambée du prix des matières premières, trouver des solutions de rechange, améliorer des procédés de fabrication et créer des mécanismes de récupération après usage deviennent des atouts décisifs.

«D’où l’intérêt de fabriquer des produits "écoconçus", plus faciles à recycler en fin de vie», souligne Xavier Guillaud, directeur développement des affaires de l’Institut montérégien d’écoconception. De toute façon, estime-t-il, les entreprises n’auront d’autre choix que d’appliquer une approche cycle de vie pour répondre à la demande des consommateurs en quête de produits «responsables» et, surtout, pour satisfaire aux normes internationales toujours plus sévères, spécialement dans les pays de l’Union européenne.

Home Depot et Rona

Déjà, par exemple, les géants de la rénovation Home Depot et Rona annoncent avoir réduit l’empreinte écologique de leurs activités et proposent des centaines de produits plus «verts». Un autre signe ne trompe pas: les investissements en capital de risque étasuniens et européens dans le secteur des technologies propres sont passés de 350 millions de dollars US en 2000 à 3,6 milliards en 2006. D’après la firme Cycle Capital, ils pourraient atteindre 19 milliards d’ici à 2010.

 

Rona veut devenir «LA référence écoresponsable de l’industrie de la construction et de la rénovation au Canada».

Pour y parvenir, la chaîne québécoise a signé un accord de partenariat avec le CIRAIG afin de développer une ligne de produits plus «verts» baptisée Rona Éco.

Celle-ci est conçue selon une approche cycle de vie et tient compte de quatre indicateurs: changements climatiques, santé des écosystèmes, ressources naturelles et santé humaine.

 

Home Depot propose déjà 1500 produits «écologiques et innovateurs» pour la maison et le jardin.

Identifiés par le logo Options Éco, ils «doivent avoir moins d’impact sur l’environnement que les produits conventionnels et/ou procurer un changement environnemental positif», explique le géant étasunien.

 

Le siège de bureau Think, de Steelcase, est un bon exemple d’écodesign. Fabriqué avec un nombre limité de matériaux, dont plus de 40 % sont recyclés, il ne pèse que 15 kg et son emballage a un volume réduit, ce qui diminue la consommation d’énergie durant le transport.

Quand on veut s’en débarrasser, on peut le démonter en quelques minutes et il est recyclable à 99 %.

Pour optimiser sa durée de vie, les coussins de l’assise et du dossier, les accoudoirs, les soutiens lombaires et la têtière sont amovibles et peuvent être remplacés.

Les limites de l'ACV

L’exercice a toutefois des limites. D’abord, ses résultats varient selon la zone géographique d’où proviennent les données, car il faut tenir compte des réalités locales (climat, démographie, sources d’énergie, etc.). Une ACV détaillée requiert également une masse considérable d’informations. «Le plus important, ce sont les données. Or, elles sont souvent difficiles à obtenir de la part des entreprises», regrette Daniel Normandin.

La longueur du processus – de quelques semaines à deux ans – et son coût élevé – des dizaines, voire des centaines de milliers de dollars par produit ou par concept – sont un autre frein à la généralisation de l’ACV et, pour l’instant, seules de grandes entreprises peuvent se permettre un tel investissement. Enfin, l’outil ne tient pas compte des facteurs sociaux, en particulier des conditions dans lesquelles un produit a été fabriqué (santé et sécurité du travail, exploitation des enfants, etc.).

Professeur à l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal et membre du CIRAIG, Jean-Pierre Revéret constate néanmoins que cette dimension est de plus en plus présente. Heureusement, se réjouit-il, car «lorsqu’on parle de développement durable, avoir un volet environnemental sans volet social n’a pas beaucoup de sens».

 

L’équipe de Jean-Pierre Revéret au CIRAIG a étudié le parcours d’une tomate de serre produite et consommée au Québec, de la recherche et développement (R&D) jusqu’à la table.

Surprise: les activités de R&D, de production et de traitement des graines se font… en Europe et en Chine. Celles-ci sont ensuite expédiées vers le lieu de culture des semis, en Ontario, qui seront enfin acheminés au Québec.

Si on y ajoute les fertilisants, pesticides et autres insecticides utilisés pour sa culture, les dimensions internationales de ce produit «local» augmentent de façon exponentielle, précise le CIRAIG.

De l'ACV aux écolabels

Mais comment informer les consommateurs du résultat d’une ACV? C’est ce que font déjà certains écolabels comme la «fleur» de l’Union européenne ou l’écolabel officiel français NF Environnement. Dans ce domaine, malheureusement, le Canada accuse du retard. «Pour la plupart des produits courants, l’information n’est pas disponible, reconnaît Daniel Normandin. Cela dit, on peut faire confiance aux logos attribués par des organismes tiers tels qu’Energy Star, le Forest Stewardship Council ou l’Association canadienne de normalisation, même s’ils n’intègrent pas l’ensemble du cycle de vie.»

Consommer mieux

En attendant une éventuelle législation qui obligerait les fabricants à apposer sur leurs produits un tableau de leur «empreinte», Daniel Normandin croit qu’il est quand même possible de faire de meilleurs choix de consommation.

«En appliquant une approche cycle de vie, on peut, jusqu’à un certain point, avoir une influence sur l’environnement. Par exemple, si vous achetez une voiture ou un réfrigérateur, c’est-à-dire un produit "actif" qui utilise de l’énergie en phase de fonctionnement, prenez celui qui en consomme le moins, quitte à le changer plus souvent pour bénéficier des progrès technologiques.

Au contraire, pour des produits "passifs" comme les meubles, les vêtements ou certains appareils électroniques qui utilisent peu ou pas d’énergie, visez la qualité afin de les conserver le plus longtemps possible. Et privilégiez les entreprises responsables qui récupéreront le produit en fin de vie.»